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Philippe Mauguin, p.-d.g. de l’Inra « Nous préserverons le patrimoine vivant et scientifique de l’institut »

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Face à l'épidémie de coronavirus, l’Inrae doit lui aussi s’organiser. Philippe Mauguin, son p.-d.g., détaille pour Agra Presse le plan de continuité d’activité de l’institut, et les apports de celui-ci dans la gestion de cette crise mondiale.

Comment l’Inrae fait-il face à la crise ?

Nous avons mis en place fin février un plan de continuité d’activité, inspiré de celui qui avait été développé en 2019 lors de la pandémie grippale. Nous sommes désormais au stade D de ce plan qui consiste à arrêter tout ce qui peut l’être, en ne conservant que les activités critiques. Pour ces activités, 600 collègues volontaires sont mobilisés avec les autorisations nécessaires, à tous les niveaux hiérarchiques.

Quelles sont ces activités critiques ?

Il y a bien sûr le gardiennage ou l’entretien du matériel de recherche, ou encore le soin de nos animaux et l’entretien de nos unités expérimentales. Mais nous devons aussi préserver nos collections végétales, animales, insectes et micro-organismes, qui représentent le patrimoine vivant et scientifique de l’institut. Par ailleurs, à l’exception des recherches sur les coronavirus, les recherches ont été suspendues et nous ne lançons pas de nouveaux projets. De nombreux chercheurs pourront cependant continuer leurs travaux d’interprétation de données et de modélisation à distance.

L’Inrae pourra-t-il apporter des solutions pour endiguer la pandémie ?

Une équipe de Jouy-en-Josas avait travaillé par le passé sur les coronavirus chez les animaux, avant de se réorienter sur d’autres virus comme la grippe aviaire. Elle a été retenue dans le cadre d’un des appels d’offres passés en urgence par le ministère de la Recherche pour un projet qui permettra de cribler des molécules thérapeutiques, en utilisant une séquence ARN du coronavirus 2 (SARS COV-2). D’autres équipes pourraient également bientôt travailler sur la mise au point de vaccins.

Le président dans son allocution du 12 mars a estimé que le coronavirus nous conduira à repenser notre sécurité alimentaire. Comment l’Inrae pourra-t-il accompagner ces réflexions ?

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Le principal facteur de dépendance pour notre pays est la ressource en protéines nécessaires à l’alimentation animale. Bien sûr, nous y travaillons, mais il y a des enjeux de politiques publiques et de soutien aux filières qui dépassent la recherche. Il faudra porter cette question aussi au niveau européen, pour dépasser le risque de repli sur soi que l’on voit malheureusement pendant cette crise.

La crise pourrait-elle conduire l’institut à revoir ses priorités de recherche ?

Le projet stratégique Inrae 2030, pour lequel nous lancerons une consultation dématérialisée auprès de nos partenaires avant la fin de l’été, interroge déjà les effets de la mondialisation. Avec ce projet, nous voulons notamment poursuivre la réduction des intrants, sans pour autant désarmer l’agriculture face aux bioagresseurs que le changement climatique favorise. Une de nos priorités est l’approche « One Health » avec les recherches sur les zoonoses, pour comprendre leur émergence et leurs mécanismes de transmissions entre espèces. Un des enjeux est de comprendre quelles sont les zones d’incubation à risque pour les virus, et comment des pratiques comme la déforestation peuvent les favoriser.

Est-il déjà possible de prévoir l’effet budgétaire du Covid-19 sur vos activités ?

Nous avons des contrats en cours avec l’ANR ou l’Europe, pour lesquels nous avons engagé des contractuels, que nous maintiendrons. Il faudra probablement demander des financements complémentaires pour les prolonger, mais je n’envisage pas que cette crise se traduise par un ralentissement de la recherche. Nous négocierons donc avec nos tutelles pour que tous les programmes redémarrent le plus rapidement possible.

« Je n’envisage pas un ralentissement de la recherche »