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Dacian Ciolos « Nous sommes prêts à agir s’il le faut »

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« J'ai conscience que les temps sont durs pour les éleveurs, explique le commissaire européen à l'agriculture Dacian Ciolos en réponse aux questions d'Agra Presse. Et je demande à mes services de suivre de très près la situation pour agri s'il le faut. »Le commissaire européen estime néanmoins qu'il faut développer de nouveaux outils pour réduire la volatilité des prix, à la hausse comme à la baisse. Dacian Ciolos devait se rendre en Bretagne les 10 et 11 septembre pour une visite consacrée aux produits biologiques.

En quoi la réforme de la Pac que la Commission proposera en 2011 sera-t-elle « substantielle », pour reprendre le terme employé par José Manuel Barroso ?
Dacian Ciolos. Je constate tous les jours combien les défis auxquels sont confrontés les agriculteurs sont considérables. Seule une réforme substantielle permettra au secteur agricole européen d’y faire face. En ce sens, je crois que le président Barroso a parfaitement saisi l’enjeu de la réforme de la Pac pour les années à venir. Un exemple : il ne s’agit pas simplement de parler de l’environnement pour s’inscrire dans l’air du temps. Le défi majeur, c’est de concilier environnement et production pour répondre à l’exigence de sécurité alimentaire globale. La demande mondiale va exploser dans les prochaines années, il faut s’y préparer. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’augmenter la productivité au détriment de l’environnement. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore la solution pour résoudre cette équation. D’ailleurs, les rendements stagnent depuis quelques années, les superficies agricoles ne sont pas extensibles. La réforme de la Pac doit nous permettre de mobiliser toutes les énergies, toutes les agricultures, pour trouver le chemin d’une production alimentaire durable sur le plan de l’environnement et ambitieuse tant sur le plan économique que sur le plan social.

Le risque n’est-il pas que cette réforme soit surtout commandée par les contraintes budgétaires de l’Union ?
Faire une réforme dictée par les contraintes budgétaires serait une grave erreur. Et nous paierions très cher cette erreur. En tant que dirigeants nous devons tout faire pour préserver le besoin vital des Européens de s’alimenter et de le faire dans le cadre d’une utilisation raisonnable des ressources naturelles. En temps de crise, le poste alimentaire est le dernier auquel on touche. Je ne pense pas que l’Europe en soit là et que ce soit le signal que nous voulions envoyer au monde.

Que pouvez-vous faire pour atténuer les effets dévastateurs de la hausse des prix des céréales sur les élevages qui ont déjà beaucoup souffert ces dernières années ?
J’ai conscience que les temps sont durs pour les éleveurs. Et je demande à mes services de suivre de très près la situation pour agir s’il le faut. Les outils dont nous disposons aujourd’hui ont un effet sur le marché à condition d’être utilisés au bon moment. C’est aussi pour cette raison que nous devons développer de nouveaux outils pour limiter plus efficacement la volatilité excessive des prix à la hausse comme à la baisse. Nous travaillons activement sur cette question complexe, ainsi que sur celle de la volatilité des revenus. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ouvrirai fin septembre aux côtés du commissaire au marché intérieur, Michel Barnier, une audition publique sur l’encadrement des marchés financiers et des marchés de matières premières. Nous ne pouvons pas accepter que la spéculation sur les matières premières agricoles mette en péril les efforts réalisés par les producteurs.

L’agriculture biologique, qui est souvent mise en avant comme un secteur porteur, n’est-elle pas condamnée à rester une simple niche ?
Ce n’est pas moi qui fait le marché. Ce sont les consommateurs. Je constate une chose : la consommation de produits bio a augmenté de plus de 18 % en France entre 2005 et 2009. Cet engouement n’est pas limité à la France. Les Français, mais aussi les autres Européens, sont de plus en plus soucieux du contenu de leur assiette, des méthodes de production. Ce qui est une bonne nouvelle pour tous ceux qui aiment le travail de la terre. Et j’en fais partie. C’est pour cela que j’ai tenu à venir en Bretagne inaugurer la 25e édition de la foire agricole biologique, Biozone. Je n’y vais pas pour promouvoir un modèle d’agriculture contre un autre, mais pour reconnaître le travail et les efforts réalisés par un maillon de plus en plus fort de la diversité des agricultures européennes. Face aux défis que nous devrons relever dans les prochaines années, que ce soit en termes de biodiversité, de changement climatique ou tout simplement de préservation d’écosystèmes agricoles performants, nous devons encourager les agriculteurs, faciliter les échanges et le dialogue entre toutes les formes d’agriculture.

(1) et (2) Voir même numéro

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