Christophe Bonduelle, président de Bonduelle, fait le point sur les comptes de l'exercice écoulé. Outre l'annonce d'une petite acquisition, il indique que le groupe a retrouvé une bonne capacité d'endettement pour réaliser des opérations de croissance externe. Il revient aussi sur l'activité de la branche champignons.
Après un bon premier semestre, l'ensemble de l'exercice a-t-il été conforme à vos attentes ?
Les résultats sont très corrects à nos yeux dans le contexte actuel, avec une très belle progression du chiffre d'affaires, qui à taux de change constants frise les 2 milliards d'euros. Avec une accélération du deuxième semestre sur le premier. Malheureusement, cette performance est amoindrie par les effets de change, puisqu'en données publiées, les ventes ressortent à 1,921 milliard d'euros, soit une progression de seulement 1,5 %, ce qui veut dire que 4 points de croissance ont été mangés par les effets de change. Au passage, cette sensibilité aux devises témoigne de notre exposition internationale. Mais ce n'est pas très grave dans la mesure où nous n'avons pas souffert en compétitivité. Le plus souvent en effet, nous produisons là où nous vendons, l'impact devises que nous subissons n'est donc lié qu'à la consolidation. Sur le plan de la rentabilité, nous observons un peu le même phénomène, avec une belle progression de notre rentabilité opérationnelle courante qui passe de 105,6 millions d'euros en 2012/2013 à 109 millions d'euros. Malheureusement, compte tenu des effets de change, ce chiffre ressort en publié à seulement 102,7 millions d'euros. Une fois encore, nous sommes pénalisés par les devises. Mais c'est le lot de l'internationalisation qui reste bien sûr vertueuse.
Cette croissance s'est faite de manière équilibrée ?
Notre chiffre d'affaires s'est accéléré au second semestre avec en données comparables une progression annuelle de 1,8 % en France, de 2,8 % dans les autres pays d'Europe, ce qui constitue un vrai redressement après la décroissance de l'exercice précédent, et surtout de 12,4 % hors d'Europe, une zone qui reste très dynamique. Cette croissance est à peu près équilibrée entre marques propres et MDD, de même qu'en retail et food services.
À quoi peut-on attribuer cette reprise en Europe ?
Très clairement au succès d'un certain nombre d'innovations. Dans la conserve, c'est principalement le succès de notre gamme vapeur, qui après la France a été déployée dans toute l'Europe. Elle affiche une très belle performance avec une progression de 18 % cette année, après 26 % l'année précédente, avec des volumes plus importants. D'autres nouveautés prennent le relais, comme les poêlées en conserve qui, grâce à cette nouvelle technologie vapeur, permettent l'absence de liquide dans la boîte. Les innovations alimentent également Cassegrain qui continue de très bien se porter. La marque est d'ailleurs devenue la première marque de conserve en France en 2013, avec moins de 5 % en part de marché volume et 10 % en part valeur. Un succès de la marque qui ne se dément pas et qui fait que nous avons décidé de lancer Cassegrain en restauration avec des boîtes de 2kg. Même chose dans notre branche surgelé, avec une progression de nos marques, contrairement au marché, grâce aux légumes vapeur précuits, un concept que nous déployons également en Europe. Et dans le frais, nous avons d'importantes innovations, en particulier en traiteur-snacking, avec les formules repas, un plateau comprenant des légumes, une protéine animale et un dessert en co-branding avec Andros. Lancée en avril, cette gamme a très bien démarré. Nous avons décidé d'investir sur ce segment, parce qu'il affiche les meilleurs taux de croissance. De zéro en 2011, il pèse aujourd'hui 4 500 tonnes.
Où en sont vos projets d'acquisitions ?
Maintenant que le groupe a digéré les trois acquisitions réalisées en 2012, nous avons retrouvé notre capacité d'endettement. Après une pointe à 3,52 % en 2011/2012, le ratio dette nette sur Ebitda (1) est descendu à 2,95 %, notre meilleur score depuis cinq ans. Nous sommes donc prêts pour saisir des opportunités.
Nous avons signé le 26 septembre un projet de reprise d'une usine de légumes surgelés à l'ouest du Canada pour 6 millions de dollars canadiens, auprès du distributeur Sobeys. Cette usine, en très bon état, d'une capacité de 15 000 tonnes est située en Alberta, à l'opposé de nos usines qui sont, elles, à l'est du pays. Cette acquisition est assortie d'un contrat d'exclusivité sur l'ensemble du Canada avec Sobeys. L'ouest du Canada sera ainsi plus rentable dans la mesure où nous optimiserons les coûts logistiques et nous consolidons notre relation avec Sobeys, notre deuxième client sur place.
Quels sont vos critères d'investissements ?
Nous cherchons plutôt une opération relutive assez vite, avec un apport de savoir-faire et de synergies, qui entre dans notre logique stratégique sur le légume, plutôt à l'international, qu'en France ou en Europe. Nous sommes plutôt dans une optique opportuniste et nous sommes à l'affût si nous voulons être capables de continuer sur notre rythme passé, qui est d'une acquisition par an, en moyenne, ces dernières années. Nous étudions en permanence 3 ou 4 dossiers, il s'agit souvent de PME, avec une marque locale forte, souvent à capitaux familiaux.
année 2013 difficile pour le secteur… Un mot sur le champignon, après la sanction de la Commission Européenne et une
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L'affaire champignon est terminée. Elle a été sanctionnée par une amende de 30 millions d'euros, à laquelle s'ajoutent 2 millions de frais de procédure. A ce titre, nous poursuivons notre plainte auprès du vendeur (Butler Capital NDLR) pour dol et nous espérons récupérer une partie de ce que nous avons payé au départ. Ce dossier est clos du côté des Autorités de la Concurrence. Le comble est d'être sanctionné sur un marché dont les prix n'ont cessé de baisser ces dernières années. En rythme annuel, cela représente 15 millions d'euros de baisse pour nous, ce qui est énorme. Heureusement dans le même temps, nous avons amélioré nos coûts de production d'à peu près ce montant. Mais nous sommes revenus à la case départ. La société qui était à l'équilibre quand nous l'avons rachetée, est toujours à ce niveau. Nous espérons que les prix vont remonter, tout en continuant à baisser nos coûts. Mais ce marché ne se porte pas bien. Il recule de 2 à 3 % par an en raison d'un transfert de la consommation vers les champignons frais.
Envisagez-vous de sortir du champignon ?
Non, non. Mais nous avons une exigence de résultat. Si structurellement, nous devions continuer à employer des capitaux sans redressement, nous nous poserions des questions.
Comment a démarré la campagne de production estivale ?
Plutôt bien, contrairement à celle de l'année dernière qui avait été catastrophique en termes de météo, avec des inondations au printemps suivies d'une sécheresse en été, puis de gelés précoces. Au final, c'est 1 700 hectares que nous n'avions même pas semés. Et sans parler de l'inflation sur les matières premières, sur le blé notamment. Cette année est tout-à-fait correcte, avec une bonne météo pour nos légumes.
Comment se passe vos relations avec la grande distribution ?
Nous n'en sommes qu'au premier round des négociations, mais il est certain que nous sommes inquiets de voir ce qui se passe et notamment cette guerre des prix entre distributeurs, dont on sait qu'il y a un risque qu'ils se tournent vers les fournisseurs pour la financer. Il est encore un peu tôt pour en parler, mais ce qui se passe est forcément inquiétant. Il est clair que dans un marché atone, personne ne veut perdre de part de marché, ni de volume de vente, donc tout se joue sur les prix. Mais on ne peut pas descendre plus bas que plus bas. J'ai envie de dire, qu'il faut choisir entre le pouvoir d'achat et l'emploi. Heureusement chez nous, l'activité en France ne représente plus qu'un tiers de notre chiffre d'affaires, ce qui nous permet malgré tout de relativiser.
Quelles sont vos perspectives sur l'exercice 2013/2014 ?
Toujours à taux de change et périmètre constants, donc hors acquisitions et effets de changes imprévisibles, nous devrions continuer notre progression en termes de résultat et de chiffre d'affaires. En raison de l'incertitude sur le niveau de la consommation en Europe, nous escomptons prudemment une progression de 1 à 2 % du chiffre d'affaires. Par contre au niveau de la rentabilité opérationnelle courante, la croissance devrait être de 3 à 6 %, soit entre 106 et 109 millions.
(1) hors éléments non récurrents
Comme le groupe l'avait laissé entendre dès juillet dernier, « l'affaire des champignons » a pesé sur son résultat net annuel. Après prise en compte de l'amende de la Commission Européenne au titre de pratiques anticoncurrentielles sur le marché du champignon en conserve aux marques distributeurs en Europe, le bénéfice net de Bonduelle a fondu à 15 ,2 millions d'euros en 2013/2014, contre de 51,9 millions un an plus tôt. Compte tenu de ses perspectives de croissance de la rentabilité courante et en dépit de cette baisse du résultat net, lié à un élément non récurrent, le groupe prévoit de maintenir son dividende à 0,375 euro par action.