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Jérôme Genevray et Franck Victor, scénaristes du film La Nuée « Nous souhaitions ouvrir la réflexion sur l’écologie »

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Jérôme Genevray: « La dimension fantastique nous permettait d’aller plus loin dans la métaphore »

Jérôme Genevray et Franck Victor sont les scénaristes du film La Nuée, sorti en salles le 16 juin. Cette œuvre fantastique dépeint le quotidien d’une agricultrice reconvertie dans l’élevage de sauterelles, qui se donne corps et âme à son nouveau travail.

On voit fleurir de nombreux films sur l’agriculture ces dernières années, auxquels s’ajoute la Nuée. Pourquoi ce choix ?

Franck Victor : Le choix milieu rural est intrinsèque à l’idée de départ qu’a eue Jérôme : une exploitation d’insectes. Le film devait donc forcément se dérouler dans une ferme ou dans une usine. En l’occurrence, comme Jérôme voulait traiter au départ d’une femme seule, il a choisi une agricultrice, dans une ferme.

En ce moment, beaucoup de films sont axés sur le milieu rural car ce secteur connaît une véritable crise. Le monde paysan résonne pour beaucoup d’entre nous car nous venons tous de la terre. Nous avons tous des origines familiales rurales, même le plus Parisien des Parisiens. Nous connaissons les difficultés du monde paysan. Ça nous plaisait d’en parler.

Pourquoi avoir choisi l’élevage d’insectes à destination de l’alimentation animale ?

Jérôme Genevray : Car comme mentionné dans différents articles traitant de l’agriculture, l’élevage d’insectes est une voiz pour diminuer notablement l’empreinte carbone, la consommation d’eau par rapport à l’élevage de bovins. Même si dans certains pays, les insectes sont plutôt quelque chose qui nous rebute, ils semblent être une partie de la solution. Il était important de mettre cet antagonisme en scène, à l’échelle d’une personne : une agricultrice qui ne s’en sort pas avec l’élevage traditionnel. Autant par défi, par besoin que par conviction écologique, cette agricultrice se lance dans l’entomologie. Nous souhaitions ouvrir la réflexion sur l’écologie, sans avoir la prétention de proposer des solutions.

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Franck Victor : L’éleveuse est dans une logique capitaliste. Les paysans sont obligés de rentrer dans une logique ultra-capitaliste. C’est ce qui écrase les paysans aujourd’hui, les pousse à la ruine et au désespoir. L’éleveuse est obligée de faire du rendement pour nourrir sa famille, gagner sa vie. C’est une allégorie de l’écologie. La logique ultra-capitaliste est la destruction de l’environnement.

Pourquoi avoir ajouté une dimension fantastique au scénario ?

Jérôme Genevray : La dimension fantastique nous permettait d’aller plus loin dans la métaphore. Ces sauterelles représentent tout pour l’éleveuse, presque son nouveau bébé. En créant ce lien fantastique et fictionnel entre elle et les sauterelles, nous pouvions aller au bout de la faiblesse et de l’obsession de ce personnage. La dimension fantastique permet de mieux filer la métaphore : l’éleveuse se saigne au sens propre à son travail pour le bien de ses bêtes et pour augmenter son rendement.