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Franck Leroy, président du Conseil régional du Grand Est « Nous voulions aussi redonner de la fierté aux éleveurs »

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À l’automne dernier, la région Grand Est a lancé, avec les chambres d’agriculture, son programme « Ambition éleveurs » afin d’accompagner la modernisation de 1 600 exploitations. Doté de 8,3 millions d’euros en 2024, ce plan court jusqu’à fin 2028.

Comment est né le plan « Ambition éleveurs » de la région Grand Est ?

L’élevage dans la région Grand Est, c’est 11 000 exploitations, 52 % de la SAU régionale. C’est un des piliers de notre agriculture, avec une caractéristique forte, la polyculture-élevage, qui est confrontée à des enjeux extrêmement importants : la recherche de compétitivité, une conjoncture fluctuante, l’adaptation au réchauffement climatique et l’évolution du comportement des consommateurs. De nombreux acteurs s’interrogent sur l’avenir. Dans ce moment de renouvellement des générations d’agriculteurs, nous avons voulu repenser le modèle de polyculture-élevage, avec les chambres d’agriculture. Un modèle différent qui inclut les énergies renouvelables, la dimension numérique, la préservation de la qualité des sols ou encore l’optimisation de la ressource en eau.

Concrètement, comment fonctionne ce programme ?

Nous avons construit un démonstrateur constitué de 60 fermes de démonstration. Nous les accompagnons dans leur modernisation et elles vont servir d’« appartement témoins », de lieux inspirants pour enclencher une dynamique positive. En tout, nous voulons embarquer 1 600 fermes d’ici fin 2028. Nous avons déjà reçu 600 candidatures d’éleveurs qui veulent s’inscrire dans le programme. Le programme commence par un diagnostic à 360° des forces et des faiblesses de l’exploitation, réalisé par les équipes des chambres d’agriculture. Puis vient la phase d’accompagnement proprement dite.

Un accompagnement qui va jusqu’à l’aide à l’investissement…

Oui, qui dit diagnostic dit réorientation et donc accompagnement à l’investissement, à travers les programmes européens et régionaux. Au-delà d’« Ambition éleveurs », l’enveloppe de soutien à l’investissement agricole représente 54,5 millions d’euros en Grand Est (région et fonds européens), toutes productions confondues. Nous voulions sortir de la logique classique de guichet, basée uniquement sur des aides et des conditions d’accès. Le programme « Ambition éleveurs », c’est d’abord se poser les bonnes questions, prendre les bonnes orientations, afin d’accompagner les exploitations dans une logique de modernisation, avec en ligne de mire la transmission. En intégrant les énergies renouvelables, la préservation de l’eau et des sols, on donne aussi une image davantage en adéquation avec celle qu’ont en tête les jeunes candidats à la reprise.

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Quels sont les premiers retours des bénéficiaires ?

Nous avons recueilli des témoignages d’agriculteurs qui ont adoré cette phase de diagnostic. Ils doutaient de leur modèle et avaient besoin d’être confortés. Grâce à cette réflexion, ils ont trouvé une direction nouvelle pour leur exploitation. Le plan participe aussi à une réflexion plus large sur le métier d’éleveur, parfois discrédité par certains mouvements. Quand ils rentrent dans une telle démarche, les éleveurs se sentent moins montrés du doigt. Quand un élevage s’arrête, c’est une perte de biodiversité énorme, le retournement des prairies, la fermeture des milieux, etc. Il y a une communication positive à porter sur l’élevage dans notre pays, et ce programme vise aussi à redonner de la fierté à nos éleveurs.

Quelle suite envisagez-vous ?

Au-delà de l’élevage, on constate déjà que d’autres secteurs sont intéressés et sont demandeurs de plans similaires. On se pose la question en fruits et légumes, par exemple. Eux aussi ressentent le besoin d’avoir cette réflexion stratégique. Il va très vite y avoir d’autres plans « Ambitions » dans d’autres grandes filières. La démarche plaît, elle est pertinente et construite avec les agriculteurs. Et nous sommes à un moment où beaucoup d’agriculteurs ont le souci de faire le point sur leur activité, afin d’investir pour transmettre dans de bonnes conditions.

« Nous avons voulu repenser le modèle de polyculture-élevage »

« Il va très vite y avoir d’autres plans dans d’autres filières »