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Agriculture biologique Nouveau décollage pour le bio

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Ce n’est pas un hasard si de plus en plus de grandes marques se mettent au bio. Comme le montre la dernière étude de l’Agence Bio, les produits issus de l’agriculture biologique sont en plein essor : leur consommation a progressé de 25 % l’année dernière pour atteindre 2,6 milliards d’euros, alors qu’entre 2006 et 2007 elle n’avait progressé que de 13 %. Les produits bio détiennent désormais 7 % du marché de l’alimentation et tous les circuits sont concernés, notamment les grandes surfaces alimentaires (GMS + hard discount) dont le chiffre d’affaires du rayon bio a progressé de 39 % l’année dernière, et a ainsi atteint 1,09 milliard d’euros. L’ensemble du secteur agroalimentaire suit le mouvement : depuis le début 2009, en moyenne 11 agriculteurs par jour se mettent au bio, et en 2008, l’Agence Bio a chiffré à 5 626 le nombre d’entreprises ayant réalisé des opérations de transformation et de conditionnement de produits bio. La restauration collective n’est pas en reste avec plus d’un tiers des restaurants servant des produits issus de l’agriculture biologique. Seule ombre au tableau : les approvisionnements, les Français consommant 30 % de produits bio importés, soit une hausse de 25 % par rapport à 2007. La forte augmentation de la consommation ne profite donc pas encore complètement aux producteurs français, qui ont du mal à suivre l’essor considérable du bio.

Le marché des aliments bio a réalisé un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros en 2008, soit une hausse de 25 %, alors qu’entre 2006 et 2007 il n’avait progressé que de 13 %. « Nous sommes face à un nouveau décollage du bio », se réjouit Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio. Ce marché a augmenté de 10 % chaque année de 1999 à 2005, puis a accéléré à partir de 2006. Ces trois dernières années, il a gagné un total d’1 milliard d’euros. Désormais la part de marché des produits bio s’élève à 1,7 % du marché de l’alimentation contre 1,1 % en 2005. 42 % des ventes ont été réalisées dans les supermarchés, hypermarchés, hard-discount et 27 % dans les magasins spécialisés. Dans les grandes surfaces alimentaires, le chiffre d’affaires du rayon bio a progressé de 39 % l’année dernière, pour atteindre 1,09 milliard d’euros. La progression est forte également dans le circuit spécialisé bio, dont le chiffre d’affaires a augmenté en 2008 de 36 % pour s’établir à 1,4 milliard d’euros.

Une progression dans tous les secteurs

Tous les secteurs sont concernés par cette croissance. Par exemple, en trois ans la consommation de lait bio et d’œufs bio a doublé. En 2008, la consommation de porc bio a progressé de 20 %, celle des produits traiteurs de 110 %, et celle des produits de la mer de 220 % ! Les orientations sont relativement différentes entre les différents circuits de distribution. En GMS et hard discount, le rayon crémerie représente 34 % du chiffre d’affaires des produits issus de l’agriculture biologique, et distance largement l’épicerie (15 %), les viandes carnés (14 %), les fruits et légumes (11 %) et le pain (11 %). A l’inverse, dans les magasins spécialisés bio, les produits secs d’épicerie dominent largement (29 % des ventes), devant les fruits et légumes (21 %), les produits carnés y étant sous-représentés (6 %).

Des importations en forte hausse

Pour le moment, les producteurs français n’arrivent pas encore à répondre complètement à cette forte demande. En moyenne, 30 % des produits bio consommés en France sont importés, soit une progression de 25 % en 2008. Les importations de viandes sont quasi inexistantes, à part pour la charcuterie-salaison et la viande porcine. Par contre dans le secteur du lait par exemple, 25 % de la consommation de produits bio est importée alors qu’auparavant les importations étaient très faibles dans ce secteur. « Ces importations sont uniquement liées à des variables conjoncturelles et ne vont pas durer », assure Elisabeth Mercier. Au total, plus du tiers des importations sont des produits exotiques (agrumes, café, thé, cacao) et ne pourront donc pas baisser dans les prochaines années. Le deuxième tiers des importations concerne des produits pour lesquels la France n’a pas de vocation particulière (soja, aquaculture, légumes méditerrannéens notamment). Le dernier tiers concerne par contre des productions dans laquelle la France est spécialisée mais manque pour le moment des volumes suffisants, par exemple en céréales, lait, viande, fruits et légumes tempérés. Elisabeth Mercier voit le bon côté des choses : « Ces fortes importations prouvent aux producteurs français que la demande est croissante et cela les encourage donc à se mettre à l’agriculture biologique ».

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11 nouveaux producteurs bio par jour

Outre l’essor du marché, les producteurs sont encouragés par l’Etat et bénéficient notamment d’une enveloppe de 3 millions d’euros chaque année. Ils sont donc incités à la conversion et ne s’en sont pas privés l’année dernière. En 2008, 1 830 producteurs se sont engagés dans l’agriculture biologique, ce qui monte le nombre d’exploitations agricoles à un total de 13 298, soit une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente. Les exploitations biologiques représentent désormais 2,4 % des exploitations agricoles françaises. Les surfaces bio représentent 2,12 % de la surface agricole nationale, les surfaces en conversion ayant progressé de 34,6 % en 2008. Et cette tendance s’accélère en 2009 : « Sur les quatre premiers mois de l’année, 1300 producteurs se sont mis au bio, soit un rythme de 11 par jour ! », s’enthousiasme Elisabeth Mercier. L’année dernière, le nombre d’exploitations bio a particulièrement progressé dans les DOM (+ 41 %) en Alsace (+ 30 %), et en Languedoc-Roussillon (+ 22 %). La région Midi-Pyrénées est la région française qui détient le plus de surfaces consacrées à l’agriculture biologique (67 882 ha), devant les Pays de Loire (65 884 ha).

Les transformateurs suivent le mouvement

L’attrait du bio pour les consommateurs pousse également les industriels à s’y mettre Cf Agra alimentation n°2061 du 9 avril 2009 p38. L’Agence Bio chiffre à 5626 le nombre d’entreprises réalisant des opérations de transformation et de conditionnement de produits bio en 2008 (dont 9 % étant spécialiste du bio), contre moins de 5000 l’année précédente. 60 % de ces entreprises fabriquent des produits de boulangerie pâtisserie, 7 % œuvrent dans le secteur de la viande, 4,5 % transforment des fruits et légumes, 3,2 % produisent du vin, 3,2 % travaillent dans les produits laitiers et 3,1 % se consacrent aux huiles essentielles. Contrairement aux producteurs, qui bénéficient d’aides de l’Etat lorsqu’ils se mettent au bio (qui viennent d’ailleurs d’être déplafonnées dans la plupart des régions), les transformateurs ne reçoivent pas d’aides, si ce n’est une atténuation du coût de certification dans certaines régions, un phénomène « très rare » selon Elisabeth Mercier.

La restauration collective, bonne élève du bio

La restauration collective constitue un débouché important pour les producteurs bio. Plus d’un tiers des restaurants collectifs (soit 26 000 établissements) servent des produits issus de l’agriculture biologique, et plus de 71 % le feront d’ici 2012. L’Agence Bio a présenté les résultats de sa première enquête sur le bio dans la restauration collective. Elle révèle que les actifs sont 38 % à vouloir du bio dans leur cantine d’entreprises, et 32 % dans les distributeurs automatiques de leur lieu de travail. On estime à 44 millions d’euros le montant des achats de produits biologiques en restauration collective en 2008. Les restaurants d’entreprises ont suivi la voie tracée par la restauration scolaire : 46 % des établissements scolaires utilisent des produits biologiques, ponctuellement ou régulièrement. Les restaurants collectifs sont donc de plus en plus en accord avec l’objectif du Grenelle de l’Environnement d’atteindre 20 % de bio dans ce secteur d’ici 2012. Le nord-ouest de la France est particulièrement actif, avec 78 % de ses restaurants collectifs ayant la volonté de servir des produits issus de l’agriculture biologique d’ici trois ans.