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Etats-Unis Nouvelle affaire de dissémination d’OGM non autorisés

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Le géant suisse de l’agrochimie Syngenta vient d’annoncer avoir vendu par erreur aux Etats-Unis durant quatre ans une variété de maïs génétiquement modifié qui n’avait pas encore reçu l’autorisation des autorités américaines. Le maïs incriminé, de la lignée Bt10, ne pose a priori pas plus de risques pour l’environnement ou la santé que son cousin Bt11, leur protéine modifiée, la bactérie Bacillus thuriengiensis (Bt), étant la même. Mais cette affaire est une preuve de plus pour les opposants aux OGM que l’industrie ne maîtrise pas ses propres technologies.

«Au cours de tests poussés, Syngenta a très récemment découvert la présence non intentionnelle de l’événement génétique Bt10 dans un petit nombre de lignées de maïs aux Etats-Unis, essentiellement en phase de développement pré-commercial », a indiqué le groupe suisse dans un communiqué le 21 mars. « Immédiatement informés », le département américain de l’agriculture (USDA), l’Agence américaine pour les aliments et les médicaments (FDA) et l’Agence de protection de l’environnement (EPA) ont « confirmé la sécurité du Bt10 tant au niveau de l’alimentation humaine ou animale que de l’environnement », puisque « la protéine Bt produite par ces lignées Bt10 est identique à celle produite par les lignées Bt11, complètement approuvées et commercialisées », poursuit Syngenta. Le communiqué ajoute que « l’ensemble des plantations et des stocks de semences contenant cet événement génétique a été identifié, puis détruit ou isolé en vue d’une destruction prochaine ».

15 000 hectares plantés par erreur en maïs Bt10

Selon la revue scientifique Nature, près de 150 km2, soit 15 000 hectares, auraient ainsi été plantés en maïs Bt10 de 2001 à 2004, ce qui représente 0,01 % de la récolte américaine. L’erreur, découverte par un semencier client de Syngenta qui voulait effectuer des expériences de multiplication sur des semences Bt11, aurait été révélée aux autorités américaines « en fin d’année dernière ». Le groupe suisse aurait ensuite négocié pendant plusieurs mois avec Washington pour établir un plan de retrait de toutes les semences et récoltes concernées et déterminer une date pour informer le public. Syngenta n’a par ailleurs pas fourni de liste des pays qui auraient pu recevoir des semences Bt10 par erreur, indique Nature.

Le maïs Bt11, résistant à la pyrale du maïs, a été autorisé à la culture et à la consommation aux Etats-Unis en 1996, en alimentation humaine et animale au Japon en 1996 et dans l’Union européenne en 1998.

Il y a quatre ans, une première affaire de contamination des récoltes américaines par un maïs transgénique jugé impropre à la consommation humaine, le StarLink d’Aventis, avait porté un premier coût aux thèses sur la sécurité des cultures génétiquement modifié défendues par l’industrie des biotechnologies.

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« Scandale » pour les écologistes

Pour les analystes, cette affaire reflète l’absence de véritable système de contrôle des produits génétiquement modifiés dans la chaîne de distribution américaine et risque de soulever de nouvelles questions dans les pays qui importent des produits agricoles américains.

Pour l’organisation Les Amis de la Terre Europe (FoEE), elle est la preuve que « l’industrie n’est pas sous contrôle ». « Pendant quatre ans, Syngenta n’a pas été capable de remarquer qu’il vendait aux agriculteurs des semences génétiquement modifiées non autorisées. Comment les consommateurs et les agriculteurs sont-ils supposés lui faire confiance ?, a commenté Adrian Bebb de FoEE. Cette affaire est un désaveu total pour le système américain de réglementation des cultures OGM. Et pour couronner le tout, le gouvernement est au courant de l’accident depuis des mois et a décidé avec Syngenta de garder le secret jusqu’à maintenant. C’est un vrai scandale».

Les Amis de la Terre ont demandé à la Commission européenne de vérifier « d’urgence » si le maïs Bt10 n’a pas été importé illégalement en Europe et d’insister auprès des Etats-Unis pour qu’ils retirent tout le maïs suspecté être contaminé. Selon les informations disponibles auprès de la Commission le 24 mars, seulement 100 kg de maïs Bt10 auraient été exportés vers la France et l’Espagne, uniquement à des fins de recherche.