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Marchés mondiaux Nouvelle flambée estivale des matières premières agricoles

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Cela devient presque une habitude : les cours des matières premières agricoles se sont envolés sur les marchés mondiaux cet été. Cette fois, c’est la sécheresse qui frappe les Etats-Unis, et notamment les productions de maïs et de soja qui est à l’origine de la flambée. Et les prix pourraient encore grimper si la Russie, elle aussi touchée par une sécheresse, venait à restreindre ses exportations de blé.

Les prix des matières premières agricoles ont connu des flambées cet été en Europe et à la Bourse de Chicago (maïs +24% en juillet, blé +25%, soja +17%). Principale cause de cette envolée : la sécheresse qui sévit aux Etats-Unis et qui a détruit une part importante de la récolte de maïs mais aussi de soja. Sur un marché déjà tendu, cette situation a enflammé les cours de ces deux matières premières. Et mécaniquement ceux du blé ont suivi. La campagne de commercialisation à venir va être marquée par des prix exceptionnellement élevés. Certains craignent déjà une crise comme celle de 2008 qui avait entraîné des émeutes de la faim dans de nombreux pays en développement. Mais la situation actuelle est différente : les disponibilités en blé et en riz, principales céréales consommées dans le monde, sont supérieures et les prix du riz sont stables. C’est ce qui explique que le Forum de réaction rapide (1), mis en place dans le cadre du G20, n’a pas encore été activé.
Des températures records au mois de juillet, le plus chaud jamais enregistré dans le pays depuis le début des relevés météorologiques en 1895, ont fortement dégradé les cultures de maïs et de soja aux Etats-Unis. La production mondiale de céréales pour 2012 a encore été revue à la baisse, le 23 août, par les experts du Conseil international des céréales (CIC). La production globale de céréales s’établirait à 1 776 millions de tonnes (contre 1 810 le mois dernier) alors qu’elle était de 1 849 millions l’an passé. Pour le maïs, le CIC table désormais sur une production de 838 Mt contre 864 Mt le mois dernier et 875 Mt l’an passé. Les prévisions de récolte de blé sont elles aussi revues à la baisse (662 contre 665 le mois précédent et 696 Mt en 2011).

La production de maïs US au plus bas

D’après le dernier rapport mensuel du département américain à l’agriculture (USDA) sur l’offre et la demande mondiales agricoles (du 6 août), la production de maïs aux Etats-Unis serait inférieure de 100 Mt aux prévisions formulées en juin. En juin dernier l’USDA prévoyait encore que la récolte américaine atteindrait un record historique de 376 Mt. La production de maïs est projetée à 274 Mt soit 40 Mt de moins qu’en 2011 (-15 %). Elle serait la plus faible depuis 2006/2007, alors qu’à l’époque les utilisations de maïs pour l’éthanol n’étaient que de 54 Mt contre 114 Mt projetées pour 2012/13 (2). Le maïs américain représentait 36 % de la production et 46 % des exportations mondiales en 2011/12. Pour sa part, la production de soja aux États-Unis devrait chuter de près de 10 Mt, à 73,3 Mt.
Et depuis la publication de ce rapport, la situation a continué de se dégrader. Dans son relevé hebdomadaire sur l’état des cultures, arrêté au 26 août, l’USDA estime que seulement 22% des plants de maïs sont dans un état « bon à excellent », contre 23% la semaine précédente et bien loin des 54% enregistrés l’an dernier à la même période. Pour ce qui est du soja, 30% des cultures sont jugés bonnes à excellentes, contre 31% la semaine passée et 57% l’an dernier. « Malgré quelques pluies, les plantations semblent endommagées de manière irréversible », constate l’USDA dont les experts devraient être contraints d’abaisser de nouveau leurs prévisions de récolte lors de la publication de leur prochain rapport, le 12 septembre.

L’Europe aussi subit une sécheresse

Une sécheresse affecte également l’Europe de l’Est. Ce qui a conduit l’USDA à réduire de 3 Mt la prévision de récolte de maïs en Ukraine. La Russie a également revu à la baisse ses prévisions de récolte de céréales. Le 23 août, le ministre de l’agriculture russe, Nikolaï Fedorov, a indiqué que la récolte devrait se limiter à 75 Mt contre 92 l’an dernier. En 2010, année où le pays avait été touché par une sécheresse et une canicule sans précédent, la récolte s’était établie à 60 Mt ce qui avait conduit la Russie à mettre en place un embargo sur ses exportations. Malgré la volonté affichée du gouvernement russe d’éviter les mesures de restriction à l’export – le ministre russe se disant « catégoriquement contre des mesures qui limiteraient et détruiraient le marché mondial » – cette année encore, il y a des craintes que Moscou limite ses exportations. En effet, la production russe de blé est actuellement estimée à 43 Mt par l’USDA (contre 56 Mt l’an dernier), soit un niveau à peine plus élevé que celui atteint en 2010/11 lors de l’embargo (41,5 Mt). De plus le niveau de stock en début de campagne était plus faible cette année qu’en 2010. Mais l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis le 22 août (3) rend néanmoins difficile ce type de décision. Selon FranceAgriMer, « les exportations pourraient atteindre 9 Mt (contre 21,6 Mt l’an passé) si le volume de production de 43 Mt est confirmé ».
La Commission européenne a publié le 27 août des prévisions de rendements de grandes cultures en baisse par rapport à ses estimations du mois dernier du fait de la sécheresse qui frappe le Sud-Est de l’UE. Ce sont surtout les estimations de rendement de maïs qui subissent les conséquences de ces mauvaises conditions météorologiques avec un recul de 17,7% par rapport à l’année dernière et de 6,5% par rapport au mois dernier. La Roumanie, la Bulgarie et le Hongrie sont les principaux pays touchés (respectivement -42%, -37% et -36%).

Des compensations en Amérique du Sud

Mais la situation n’est pas aussi critique partout dans le monde. La production totale de céréales en Amérique latine devrait atteindre 200 millions de tonnes en 2012, soit une hausse de 4% par rapport à 2011. Pour le maïs, les pertes américaines devraient donc être en partie compensées par des chiffres meilleurs qu’attendus en Argentine, au Brésil et en Chine. En ce qui concerne le soja, le manque à gagner sera partiellement compensé par la production de l’Argentine, revue à la hausse de 3 Mt, à 81 Mt par l’USDA. Même si la production mondiale de soja 2012-2013 est estimée en chute de plus de 7 Mt à 260,5 Mt, elle s’annonce largement supérieure aux estimations 2011-2012 (236 Mt).
D’autres facteurs pourraient également venir atténuer la hausse des cours. D’une part, l’économie mondiale reste en berne (l’économie américaine est en récession, tout comme une partie de l’UE, la croissance se tasse en Chine…), et d’autre part le marché du fret est très bas contrairement à ce qui avait été observé en 2008.

(1) et (2) Voir encadré
(3) Voir même numéro

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