Les négociations euro-américaines de libre-échange, dont une nouvelle session se tient du 3 au 7 octobre à New York, devraient connaître une pause en 2017, élections obligent. Sur le fond, une vingtaine d’États membres de l’UE y restent favorables.
Conclure les pourparlers de libre-échange UE/États-Unis (TTIP) avant la fin du mandat du président américain, Barack Obama, au début janvier 2017, n’est « pas réaliste », a convenu, le 23 septembre, le ministre slovaque de l’économie, Peter Ziga, à l’issue d’une réunion informelle des ministres du commerce des Vingt-huit dont il assurait la présidence à Bratislava. « Cela semble de plus en plus improbable », a reconnu, elle aussi, la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström. « Mais les négociations se poursuivent », a-t-elle insisté. Les deux parties tiendront leur 15e session de discussions du 3 au 7 octobre à New York.
La nouvelle administration américaine devra prendre ses marques
« Au moins vingt ministres » se sont déclarés favorables à la poursuite des négociations avec les États-Unis au cours de l’échange de vues des ministres du commerce de l’UE, selon une source communautaire. Un soutien qu’avaient déjà apporté quelques jours auparavant douze États membres dans une lettre ouverte (1).
En revanche, l’Allemagne, l’Autriche, la France et les Pays-Bas ont clairement soutenu l’idée de mettre en pause les pourparlers avec Washington pour se laisser un délai de réflexion sur la suite à donner à ce vaste chantier lorsque la future administration américaine sera en place, en 2017. « C’est la première fois que des États en nombre – je pense, quasiment la moitié des États membres – ont indiqué qu’en l’état des choses, les négociations ne pouvaient pas aboutir et qu’il fallait, avec une nouvelle administration américaine, partir sur de nouvelles bases », a même affirmé le secrétaire d’État français au commerce extérieur, Matthias Fekl.
« Il serait raisonnable de mettre le TTIP complètement en sourdine et de le relancer avec un nouveau nom, une meilleure transparence et des objectifs plus clairs », a déclaré le ministre autrichien de l’économie, Reinhold Mitterlehner.
Aux États-Unis, où la campagne présidentielle bat son plein, le sujet n’est guère porteur et les élections à venir en 2017 en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas pourraient repousser la relance des discussions bilatérales à la fin de l’année prochaine.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Selon Cecilia Malmström, il faudra cinq ou six mois pour que la future administration américaine prenne ses marques, ce qui suspendra de fait les négociations. « Quand pourrons-nous reprendre ? Il est un peu trop tôt pour spéculer, tant que nous ne savons pas à quoi ressemblera (cette) administration », a estimé la commissaire européenne.
(1) Voir n° 3562 du 26/09/16
Des « distorsions parfaitement avérées », selon les producteurs de blé français
« Sans le maintien des protections actuelles aux frontières de l’UE, la céréaliculture européenne subirait de plein fouet des distorsions parfaitement avérées » de la part des États-Unis, affirme l’Association française des producteurs de blé (AGPB) dans un communiqué publié le 22 septembre. Elle souligne que les soutiens publics américains sont « très substantiellement » supérieurs aux aides européennes lorsque les prix baissent comme actuellement.
Le Farm Bill de 2014 « favorise encore plus qu’auparavant les producteurs de céréales d’outre-Atlantique grâce à deux programmes d’aides contracycliques venus s’ajouter aux assurances-chiffre d’affaires subventionnées préexistantes », explique l’AGPB. Autre source de distorsion, selon elle : des réglementations plus favorables aux États-Unis avec « un plein accès aux moyens de protection des cultures » (néonicotinoïdes par exemple) et aux biotechnologies, et une politique énergétique avantageuse.