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Autorisations Nouvelles incertitudes sur le maïs MON 810

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Après la Grèce, l’Autriche, la Pologne, la Hongrie et depuis quelques jours l’Allemagne, la France songe à présent à suspendre la commercialisation des semences du maïs MON 810 de Monsanto, l’OGM le plus répandu en Europe. Ces décisions sont ou seront prises suffisamment tard dans l’année pour ne pas perturber la campagne 2007. Les semis sont en passe d’être terminés ou tout au moins les agriculteurs ont déjà acheté les semences nécessaires. Mais ces nouveaux remous interviennent dans un contexte très porteur pour les OGM dont les surfaces mises en culture devraient plus que doubler entre 2006 et 2007, notamment en France et en Allemagne. Les bases scientifiques soulevées par l’Allemagne pour justifier la suspension de commercialisation de MON 810 sont en cours d’examen par l’EFSA, à la demande de la Commission européenne.

Décrié par les associations écologistes depuis son autorisation de mise sur le marché à des fins de culture, en avril 1998, le maïs MON 810 de Monsanto est encore une fois sur la sellette. Alors que ce transgénique est très prisé pour sa capacité de résistance aux attaques des pyrales, un parasite redouté par les maïsiculteurs étant donné sa forte capacité de nuisance, l’Office allemand pour la protection des consommateurs (BVL) a relancé la polémique en mettant directement en cause les analyses de risque fournies par le géant américain des semences.

La sécrétion de la toxine censée tuer l’insecte ravageur ne se passe pas dans les conditions exactes prévues par son fabricant, Monsanto. Berlin demande donc avant la reprise de la commercialisation la mise en place d’un « plan d’observation ». Avant leur mise sur le marché, l’ensemble des semences de maïs MON 810 devront avoir obtenu l’autorisation du BVL qui attend de la part de Monsanto des gages sur l’absence de nuisance de cet OGM sur l’environnement. De fait, les autorités allemandes ont donc décidé de suspendre la commercialisation du MON 810 et ont notifié à la Commission leur décision d’invoquer une clause de sauvegarde, comme le prévoit la règlementation communautaire. Bruxelles a confié à l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments la mission d’évaluer le bien-fondé des arguments de l’Allemagne.

« Aucun élément nouveau »

De son côté, la firme américaine estime que rien de neuf n’a été mis sur la table par Berlin pour justifier une clause de sauvegarde. « Aucun élément nouveau n’est de nature à remettre en cause tant la sécurité sanitaire et environnementale du maïs MON 810 que sa performance aux champs », rétorque Monsanto, ajoutant : « La demande du gouvernement allemand est fondée sur des résultats connus qui ont déjà été pris en compte par les autorités sanitaires européennes ». Selon le semencier, « la variabilité de plante à plante est un phénomène banal dans les systèmes biologiques et l’environnement ».

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Néanmoins, le ministre français de l’écologie et de l’aménagement durable Alain Juppé, s’est dit prêt à emboîter le pas de l’Allemagne. Sur ce dossier, a-t-il indiqué, Paris entend « s’inspirer » de son voisin d’outre-Rhin.

Surfaces en forte progression

La relance de la polémique intervient alors que le MON 810 occupe l’essentiel des surfaces plantées en semences OGM en Espagne, en France, en Allemagne, au Portugal et en République tchèque. Elles sont en forte progression ces dernières années : après avoir recensé 5 000 hectares en 2006, la France pourrait publier au mois de juin un registre des parcelles OGM pour 2007 faisant état de quelque 25 000 ha. En Allemagne aussi, les surfaces devraient doubler entre 2006 et 2007, passant de 1 000 ha à 2 000 ha.

Les évaluations de l’EFSA contestées

Pour les associations écologistes, ces nouveaux rebondissements constituent une victoire étant donné que depuis de nombreuses années, elles dénoncent les analyses menées par Monsanto et les évaluations scientifiques de l’EFSA. Cette dernière a jugé, encore récemment, que le MON 810 était « aussi sûr » qu’une semence conventionnelle d’un point de vue sanitaire mais aussi environnemental. Elle va de nouveau se pencher sur ce dossier.