Le Conseil régional des Hauts-de-France, les filières agroalimentaire et métallurgie, Pôle Emploi et Opcalim ont mis en place de nouveaux dispositifs de recrutement qui valorisent la polyvalence, les compétences et la formation aux savoir-être des futurs salariés. Avec des premiers résultats encourageants.
Le 11 juin, la Mission Proch'Emploi, lancée par la Région des Hauts-de-France en 2016, organisait une matinée sur le thème "comment mieux recruter dans l'agroalimentaire et la métallurgie", deux des principaux secteurs industriels régionaux avec respectivement 50 000 salariés dans 1 000 entreprises et 123 000 salariés dans 4 200 sociétés. Comme au plan national, ces deux secteurs connaissent des difficultés de recrutement. "L'an dernier, 49% des établissements agroalimentaires régionaux avaient des projets correspondant à 3 300 recrutements, soit 60% des besoins nationaux. Mais 45% de ces entreprises ont eu des difficultés à les concrétiser. En 2019, les prévisions tablent sur 76 000 postes ouverts en France, dont 5 000 dans notre région", explique Philippe Hincelin, directeur d'Agrosphères, association régionale des entreprises agroalimentaires et agence de développement économique. "Nous constatons aussi que les jeunes en recherche d'emploi ne connaissent pas la filière agroalimentaire et ses métiers, en ont une image tronquée voire dévalorisée", poursuit-il.
Expérience réussie chez Bigard et ABCD Nutrition
Les métiers les plus recherchés sont surtout les conducteurs de ligne et de machine ainsi que les techniciens de maintenance industrielle. Ils concernent bien d'autres filières, dont la métallurgie ou l'automobile, d'où l'opportunité de favoriser les passerelles intersectorielles. C'est l'un des objectifs visés par le dispositif Proch'Emploi qui implique la métallurgie et l'agroalimentaire, Pôle Emploi et Opcalim et propose de nouvelles approches de recrutement depuis 2018. S'adressant aux grands comptes, mais aussi et surtout aux ETI et PME, elles visent à valoriser les compétences existantes et renforcer les savoir-être.
"Au sein de Bigard, nous déployons déjà beaucoup de formations internes, mais nous connaissons un taux de conversion en CDI de nos recrutements de seulement 30%, ce qui est nettement insuffisant. Nous subissons par ailleurs un déficit d'attractivité de la filière viande alors même que nos métiers ont beaucoup évolué avec moins de bouchers et plus de conducteurs de machine. Ainsi, notre site de Flixecourt ne compte qu'un seul boucher sur 300 salariés, car les postes ont été automatisés", assure Frédéric Savary, directeur de cette unité Bigard dans la Somme.
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Pour recruter autrement et améliorer ce taux de conversion, la société a décidé, avec l'accompagnement amont de Pôle Emploi et d'Opcalim, de former les candidats sur des savoir-être définis dans un cahier des charges reprenant le référentiel CléA. "Nous travaillons avec l'organisme de formation Nemos qui, pendant deux mois, met les candidats en situation dans des mini entreprises virtuelles et les évaluent régulièrement tout au long de la formation. Les personnes qui proviennent de candidatures spontanées ou sont repérées par Pôle Emploi ou les missions locales ont des profils très différents", détaille Martine Villain, RRH de Bigard à Flixecourt. A l'issue des deux mois de formation, Bigard sélectionne 10 candidats qui suivent ensuite 3 semaines de stage en immersion avec un tuteur. "À l'issue de cette première vague de formation, nous avons embauché les 10 candidats en CDD de 4 mois, plus un onzième qui avait suivi le même dispositif pour une autre entreprise. Tous ont déjà renouvelé leur premier CDD et le but est désormais de les passer en CDI. L'intérêt de ce nouveau dispositif est d'offrir un suivi d'intégration qui n'existe pas dans un recrutement classique", poursuit-elle. L'autre avantage, selon Frédéric Savary, est d'instaurer avant même l'embauche un esprit d'équipe parmi la dizaine de candidats qui suivent la même formation et se retrouvent ensemble dès leur intégration dans l'entreprise qui devient, dès lors, plus rapide et efficace.
Essaimer en France
Même satisfecit chez ABCD Nutrition à Noyon (190 salariés). "L'an dernier, nous avons intégré notre nouveau site de 12 000 m2 qui regroupe toutes nos productions sans gluten. Nous n'avions pas le temps d'expliquer nos activités aux futurs recrutés et ce dispositif, qui impliquait également Bonduelle, Saint Louis et les Rillettes de l'Ermitage, a permis de le faire dans les meilleures conditions. Sur 32 personnes formées en tout, dont plusieurs éloignées de l'emploi ou de l'agroalimentaire, nous nous sommes engagés à en recruter quatre qui ont achevé leur formation mi-juin", prolonge Audrey Duquesne, RRH d'ABCD Nutrition.
Après une première session lancée fin 2018 ayant permis de former 16 personnes avec un taux d'insertion exceptionnelle de 97%, quatre autres groupes (un dans la métropole lilloise, un dans les Flandres et les deux derniers dans la Somme) ont suivi la même voie début 2019 (60 personnes). "Cinq autres groupes représentant 50 à 70 personnes suivront d'ici à la fin de l'année avec l'ambition de former et accompagner 130 personnes en 2019", avance Martine Allard, directrice territoriale d'Ocapiat (ex-Opcalim). L'objectif est désormais d'essaimer ce dispositif à d'autres secteurs d'activité et dans d'autres régions. A suivre...