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Nouvelles perspectives pour les éleveurs grâce aux laitages fermiers

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Les laitages fermiers suscitent de nouveau l’intérêt grâce à de nouvelles formules permettant de faire coïncider la demande des consommateurs pour des produits locaux et sains, avec l’attente des éleveurs laitiers pour des revenus supplémentaires leur permettant de pérenniser leurs exploitations. « Né d’une seule ferme » est le premier projet associant des fermes et un distributeur, Intermarché, qui s’engage en distribuant les produits et en prenant une part du capital de la start-up. Invitation à la ferme, un réseau de fermes bio, et la Mémère, initiative d’Arnaud Montebourg pour lancer des glaces fermières, tentent aussi de trouver des solutions pérennes pour les producteurs de lait.

Les laitages fermiers suscitent de nouveau l’intérêt grâce à de nouvelles formules permettant de faire coïncider la demande des consommateurs pour des produits locaux et sains, avec l’attente des éleveurs laitiers pour des revenus supplémentaires leur permettant de pérenniser leurs exploitations. « Né d’une seule ferme » est le premier projet associant des fermes et un distributeur, Intermarché, qui s’engage en distribuant les produits et en prenant une part du capital de la start-up. Invitation à la ferme, un réseau de fermes bio, et la Mémère, initiative d’Arnaud Montebourg pour lancer des glaces fermières, tentent aussi de trouver des solutions pérennes pour les producteurs de lait.

Vingt-cinq mille euros : c’est la subvention annuelle que la ferme laitière Beausoleil, à Longes (Rhône) percevait depuis des années en raison de sa classification en zone de montagne. Mais une remise à plat des critères d’éligibilité lui a été fatale en 2017. La ferme perd alors la subvention qui équilibrait ses comptes. Or, l’exploitation familiale avait déjà investi l’année précédente pour mettre aux normes bien-être animal ses bâtiments accueillant les 110 vaches laitières. Il lui était donc impossible de s’endetter à nouveau pour se lancer dans une nouvelle activité pourvoyeuse d’un revenu supplémentaire. Et ce, même si le projet de fabriquer des yaourts avait traversé l’esprit de la famille qui avait commencé à investir dans une petite chambre froide, sans pouvoir aller plus loin.

La situation de la ferme Beausoleil n’est pas rare. Les éleveurs laitiers confrontés à des prix du lait trop bas ou trop volatils ont souvent des difficultés à se projeter sur le long terme et n’ont pas toujours la possibilité de s’endetter pour construire un atelier de transformation ou lancer une nouvelle activité. C’est à cette situation qu’a voulu répondre l’initiative d’André Bonnard, éleveur laitier, ancien secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL), et voisin de la ferme Beausoleil. « Il est essentiel que les éleveurs puissent valoriser eux-mêmes leur lait et que ce revenu supplémentaire reste à la ferme et ne soit accaparé par qui que ce soit », souligne cet exploitant agricole ayant lui-même diversifié son activité autour d’un troupeau de vaches laitières avec de la transformation du lait, de l’élevage de volailles et même de l’hébergement.

Son idée ? Livrer clé en main à la ferme un container dans lequel est aménagé un atelier de fabrication de yaourts de 15 m2. « Le tank de lait est directement connecté au pasteurisateur qui fait partie de l’atelier », explique André Bonnard. La capacité de transformation est de 52 000 litres par an. Une fois produits, les yaourts sont livrés à Intermarché qui les commercialise dans ses magasins les plus proches.

Pas d’investissement lourd pour la ferme

Cette formule représente plusieurs avantages pour la ferme : pas d’investissement lourd à assumer, pas de soucis de commercialisation puisque le distributeur s’engage à absorber la production, ni de recherche des ingrédients (ferments, confiture, extraits) et des emballages qui sont inclus dans le cadre du partenariat. « Cette activité correspond à une valorisation du lait transformé de 550 euros les 1 000 litres pour l’éleveur-transformateur », précise Né d’une seule ferme qui réalise à cette occasion une marge de 11 %. Les yaourts sont vendus en magasins au prix public moyen de 2,16 euros les 4 pots. En revanche, le fermier doit verser un loyer de 1 300 euros par mois pour l’atelier, s’engager à livrer le volume contractualisé et n’est pas propriétaire de la marque Né d’une seule ferme. Le nom de la ferme est noté sur chaque emballage et un QR code permet de renvoyer vers la fiche de la ferme sur le site de la marque.

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« Le but n’est pas de faire en sorte que les éleveurs deviennent des fabricants de yaourts, mais de leur apporter un revenu complémentaire et de créer de l’emploi sur la ferme », explique André Bonnard. Dans le cas de la ferme Beausoleil, la production pour Né d’une seule ferme occupe un emploi à 80 %. Les 20 % restants sont consacrés à la production de yaourts maison sous la marque de la ferme et qui sont vendus dans des magasins de producteurs des alentours.

Intermarché, de son côté, s’engage sur des volumes et des prix pour trois ans, améliore son assortiment de laitages avec des produits fermiers en circuit court et clean label (sans additifs, sans poudre de lait, sans conservateurs ni arômes artificiels) et bénéficie d’une exclusivité de distribution de la marque Né d’une seule ferme. Le distributeur souhaite disposer d’un maillage calqué sur son réseau de plateformes logistiques, de façon à avoir deux fermes pour alimenter chaque plateforme.

Intermarché est entré au capital de la start-up

Deux fermes font aujourd’hui partie de l’initiative : l’une à Cusey, en Haute-Marne, qui peut livrer 60 magasins et celle de Beausoleil qui peut livrer 65 magasins. « Nous voulons arriver à un réseau de 15 yaourteries à la fin 2020, puis 40 en 2021 et 90 dans deux ans », prévoit Bastien Debras, directeur des opérations de Né d’une seule ferme. « Nous pouvons atteindre un rythme de 50 yaourteries par an si le fabricant de containers équipés tient la cadence et si les levées de fonds sont au rendez-vous », explique André Bonnard.

Né d’une seule ferme est pour l’instant plutôt discret sur les montants en jeu. Quatre personnes sont au capital de la société créée en septembre 2019 : André Bonnard, Florence Loyer, Bastien Debras et Maximilien Rouer, créateur de la Note globale, label de notation RSE des produits alimentaires. Intermarché Alimentaire International (ITM AI) est ainsi entré récemment au capital de Né d’une seule ferme, mais pour un montant tenu secret par les parties prenantes.