Agdatahub, Suez et Orange préparent une offre de service numérique commune, quelques mois après celle présentée par le groupe InVivo. Le français Agdatahub se met en ordre de marche pour répondre à un appel d’offres de la Commission européenne visant à la création d’un « data space » agricole, mais il n’est pas attendu avant 2023. Parallèlement, un groupe de travail français sur l’agriculture s’est monté pour alimenter les travaux du consortium européen Gaïa X.
La plateforme de données agricoles Agdatahub (initiée par les instituts techniques agricoles et les chambres d’agriculture) vient de signer un partenariat avec Orange Business service (filiale dédiée aux entreprises d’Orange) et le groupe Suez, en vue de proposer des solutions techniques communes au monde agricole (coopératives, chambres d’agriculture, sociétés de conseil), notamment pour la commercialisation de services environnementaux, comme l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Une offre de service similaire est proposée aux coopératives par le groupe InVivo et sa filiale Smag depuis quelques mois.
Agdatahub met à disposition ses services de gestion du consentement, Orange son réseau bas débit, ses outils de stockage et gestion de données, et Suez ses connaissances dans le pilotage de données environnementales. « Dans le cas du carbone, il existe des méthodes de calcul développées par exemple par l’Institut de l’élevage ou Arvalis, que nous pouvons intégrer dans un module complet, comprenant une gestion du consentement, et qui serait commercialisé sur une plateforme qui pourrait être opérée par Suez, explique le directeur d’Agdatahub, Sébastien Picardat. Nous ne touchons pas aux algorithmes. Nous distinguons bien le contenu du contenant. »
Un groupe agricole Gaïa X en France
Parallèlement, dans le cadre du consortium européen Gaïa X, qui doit porter des projets d’infrastructures numériques souveraines et des propositions de réglementation à la Commission européenne pour son projet de Data gouvernance act, un groupe de travail sur l’agriculture a été créé en France en février. Sa préfiguration a été confiée, à titre personnel, à Jean-Marc Bournigal, actuellement directeur de l’AGPB et auteur en 2017 d’un rapport sur les données agricoles. Émanation du French Gaïa-X Hub créé par le Cigref (grandes entreprises françaises du numérique), ce groupe de travail sectoriel inclut notamment la DGE (Bercy), les structures Numalim (plateforme de données agroalimentaires), Numagri (projet de standardisation des données agricoles), l’Acta (instituts techniques agricoles) ou Digitag (institut convergence agriculture numérique), explique Jean-Marc Bournigal à Agra Presse.
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À l’instar d’autres groupes de travail sectoriels (santé, finance…), cette instance a pour objectif de faire remonter les besoins en infrastructures numériques et en régulation, avec pour idée de détecter des besoins communs aux différents secteurs. Trois axes feraient d’ores et déjà consensus dans le groupe : le besoin d’interopérabilité entre les différentes plateformes européennes ; le besoin d’une identification commune des exploitations au niveau européen, pour assurer le consentement dans l’usage des données ; et la standardisation des données. Un groupe similaire a été créé en Belgique et en Allemagne, et bientôt en Finlande. L’objectif est d’aboutir à une position européenne commune pour le secteur agricole, explique Jean-Marc Bournigal.
Appels d’offres en 2023
De son côté, la Commission européenne poursuit ses travaux en vue de modifier la réglementation (Data governance act), mais aussi de réaliser des investissements dans le secteur, notamment par des appels à projets pour la réalisation de « data spaces » sectoriels, ces infrastructures de stockage, protection et gestion de données, pour lesquels les entreprises réunies autour de Gaïa X doivent faire part de leurs besoins. La Commission européenne a prévu d’investir deux milliards d’euros dans le cadre de « stratégie pour la donnée ».
Un appel d’offres pour un « data space » agricole est donc en vue, auquel souhaite prendre part le français Agdatahub. Selon son directeur Sébastien Picardat, l’appel d’offres ne devrait pas voir le jour avant 2023. Bruxelles souhaite se laisser deux ans pour réaliser un inventaire des services existants en Europe.