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Filière œufs Œufs : la conversion vers l’alternatif s’accélère

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Pressée par les consommateurs et la distribution, la filière se convertit aux modes d’élevage alternatifs plus vite que prévu. Elle compte aussi sur le déploiement du logo "Œufs de France" plus exigeant en termes de traçabilité pour rassurer et valoriser les produits auprès des consommateurs, des industriels et des distributeurs.

Le nombre de poules élevées hors cages a bondi de 13 % entre 2016 et 2017. « Nous sommes en avance sur le planning en termes de transition vers les élevages alternatifs », estime Maxime Chaumet, secrétaire général du CNPO, l’interprofession des œufs.

Les consommateurs sont les moteurs de cette conversion accélérée aux élevages alternatifs à la cage (sol, plein-air, plein-air label Rouge, bio). Ils placent le mode d’élevage en tête de leurs critères de choix depuis plusieurs années. En 2017, la barre symbolique des 50 % d’œufs achetés en grande distribution et issus d’élevages alternatifs a été franchie pour atteindre 53 %, dont 33 % en plein air (9 % label rouge) et 16 % en bio. Pour répondre à cette demande sociétale montante, les principales enseignes de distribution se sont engagées à ne plus vendre d’œufs issus d’élevage en cages (code 3) d’ici 2020 pour leurs marques distributeurs, et 2025 pour les marques nationales, à l’exception du groupe Casino qui s’est fixé 2020 comme échéance.

Montée en gamme

D’où une accélération du côté de la filière Œufs lancée depuis octobre 2016 dans un plan visant un taux de 50 % de poules élevées dans des élevages alternatifs à la cage d’ici 2022. La part des poules élevées hors cage a doublé en quinze ans, passant de 16,5 % en 2002 à 37 % en 2017. Aujourd’hui, 20,1 % des œufs produits viennent de poules élevées en plein air (y compris label Rouge), 10,2 % d’élevages bio et 6,4 % d’élevages au sol.

Ce basculement entraîne des coûts de production plus élevés. Le CNPO estime le surcoût à 15 % pour les élevages au sol, 22 % pour ceux en plein air, 35 % pour le plein air label rouge et 113 % pour le bio.

Selon un sondage réalisé par le CNPO, 74 % des Français sont prêts à payer plus cher pour des œufs issus d’élevages alternatifs. Jusqu’à quel point ? Le sondage ne le dit pas mais pour l’instant, les consommateurs suivent : sur les neuf premiers mois de 2018, la consommation affiche une progression de 0,3 % en volume et de 2,8 % en valeur. Et à l’avenir, 98 % de Français consommant des œufs affirment qu’ils veulent maintenir ou augmenter leur consommation.

Mieux valoriser l’origine France

Pour mieux mettre en valeur l’origine France, second critère d’achat des Français selon une enquête CNPO/CSA de 2017, la filière a intégré la démarche collective de l’Association des produits agricoles de France. Le logo tricolore entourant la mention « œufs de France » d’une carte stylisée de l’Hexagone remplace la pastille « pondus en France » initiée en 2012, mais peu repérée par les consommateurs. Le logo est déployé sur les emballages depuis le 1er septembre et va bénéficier de la notoriété déjà acquise par les logos des autres filières (bœuf, agneau, veau, volaille, etc.).

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Selon Maxime Chaumet, il y « avait beaucoup moins d’engagements contraignants ». La nouvelle démarche permet à la filière de mettre en avant une garantie de traçabilité « de l’œuf à la poule et de la poule à l’œuf » avec « un suivi de traçabilité grâce à la base de données avicoles répertoriant les mouvements de bâtiments en bâtiments dès la naissance du poussin, qui intègre aussi qualité sanitaire et alimentation des animaux ». Au-delà de la réassurance des consommateurs, la démarche vise aussi à valoriser les produits auprès des distributeurs et des industriels.

Des coûts supplémentaires pour les éleveurs

« Passer de 9 millions de poules en cages à 9 millions de poules en élevages alternatifs nécessite des bâtiments supplémentaires pour compenser l’écart de production de 30 à 40 % », rappelle Maxime Chaumet. Entre conversions de bâtiments et constructions, l’interprofession a chiffré à 277 M€ la somme nécessaire pour atteindre l’objectif d’ici 2022. Quel soutien à l’investissement l’interprofession peut-elle espérer ? Lors d’un point sur l’avancée des plans de filières qui a eu lieu le 9 octobre dernier avec Emmanuel Macron, le président de la République a invité l’interprofession à se tourner vers les régions et vers le coordonnateur du volet agricole du plan d’investissement, Olivier Allain. Du côté des consommateurs, 87 % des Français sont prêts à payer 10 centimes d’euros de plus par boîte de 6 œufs pour accompagner la transition vers les élevages alternatifs, selon une étude du CNPO.

Les chiffres clés de la filière œufs

La France a produit 14,9 milliards d’œufs en 2017, une production en hausse de 4,3 % par rapport à 2016.

La consommation a atteint 15 milliards d’œufs. 49 % sont achetés par les ménages en magasins en œuf coquille, 10 % en RHD en œuf coquille, 37 % en ovoproduits par les industriels et la restauration. L’autoconsommation est évaluée à 4 %.

La France est le n°1 européen de la production d’œufs devant l’Espagne avec 13,3 milliards et l’Allemagne avec 13,2 milliards. Elle est n°2 sur le bio derrière l’Allemagne et n°2 sur le plein air derrière la Grande-Bretagne.

En France en 2017, les poules pondeuses sont élevées à 63,3 % en élevages standards, 20,1 % en plein air dont 5 % en plein air label rouge, 10,2 % en biologique et 6,4 % au sol.