La levée du moratoire devrait bientôt permettre l’apparition sur le marché de nouveaux aliments — dûment étiquetés — élaborés grâce à la transgénèse. Pour autant, les deux règlements votés en seconde lecture par le Parlement européen, la semaine dernière, vont donner aux européens toutes les cartes pour faire le choix de leur alimentation en connaissance de cause. Et une large majorité d’entre eux persistent dans leur refus. Malgré tout, les multinationales agroalimentaires parient sur ces technologies. Elles soulignent leur capacité à élever les standards de sécurité alimentaire et à créer des « produits santé » nouveaux.
«Il va falloir vivre avec ! » Cette réaction recueillie auprès d’une lobbyiste d’Unilever relate bien l’état d’esprit des multinationales de l’agroalimentaire suite au vote, début juillet, du Parlement européen sur la traçabilité et l’étiquetage des Organismes génétiquement modifiés (OGM). Malgré tous les efforts des industriels, la « détectabilité » des OGM dans le produit fini n’a pas été retenue. Les tests en fin de chaîne ne présideront pas à la rédaction des étiquettes, comme le souhaitait la Ciaa (Confédération des industries agroalimentaires de l’UE). Tous les opérateurs, pour le marché européen, devront mettre en place une procédure de suivi de l’ensemble des ingrédients contenus dans leurs produits.
Mais l’enjeu de ce combat n’était pas la seule traçabilité : des tests scientifiques auraient permis, par exemple, à des huiles confectionnées à partir de semences OGM de ne pas être estampillées OGM sur les gondoles des supermarchés. Aucune trace de protéine modifiée grâce aux biotechnologies n’est en effet décelable à ce stade pour ces produits.
Freins
Il faudra aussi « vivre avec » la nouvelle législation et les attentes des consommateurs européens qui, à 70 %, refusent de se nourrir d’OGM selon le dernier sondage Eurobaromètre. Pour cela, Truus Huisman, responsable des Affaires européennes chez Unilever note que, quoi qu’il en soit, « l’optique est de satisfaire leurs attentes ». Encore faut-il pérenniser l’accès à des matières premières exemptes d’OGM, souligne-t-elle.
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En tout état de cause, tout est fait pour freiner le développement de cette nouvelle technologie. Voilà le constat amer établi par Simon Barber, un des responsables d’Europabio (Association européenne pour les Bioindustries). Ce groupe d’intérêt compte aussi bien Monsanto et Bayer qu’Unilever, Nestlé, Procter & Gamble, Cargill ou encore Limagrain parmi ses membres. A tel point que, si Margot Wallström, la commissaire européen à l’Environnement, estime que les consommateurs pourront à présent exercer leur « libre arbitre », les OGM n’ont pas encore investi les linéraires aux yeux de certains industriels. La grande distribution y serait hostile (voir article sur Carrefour). Et, effectivement : si les OGM favorisent ceux qui ont la plus grande force de frappe en matière d’innovation, les multinationales pourraient bien se voir renforcées. Les distributeurs risqueraient ainsi de voir croître la part de marché de leurs quelques grands fournisseurs. Ce qui ne serait pas sans impact sur leurs pratiques d’achat.
Produits traiteur et céréales
Voilà sans doute une raison pour les chercheurs de ne pas freiner leurs travaux. D’ailleurs, même en France, certaines études sont directement destinées à l’industrie agroalimentaire, essentiellement à l’intention des marchés anglo-saxons. C’est le cas d’une filiale de Limagrain appelée Biogemma. Sa porte-parole explique qu’un groupe de recherche a entrepris un programme sur la qualité de l’amidon, " en fonction des besoins d’industriels des plats cuisinés américains et britanniques ". Un autre porte sur l’amélioration du maïs destiné à la fabrication de céréales pour le petit-déjeuner.