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Olivier Clanchin, président d’Olga (ex-Triballat Noyal)

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Le groupe agroalimentaire breton Triballat-Noyal, récemment rebaptisé du nom de sa fondatrice Olga Triballat, est l’un des leaders du marché du steak végétal avec sa marque Sojasun. Son président Olivier Clanchin revient pour Agra Presse sur le positionnement du groupe dans le secteur des alternatives végétales aux produits animaux et la stratégie de la maison mère des marques Vrai, Petit Billy, Sojasun et Grillon d’Or à l’horizon 2035.

Triballat-Noyal vient de se rebaptiser Olga. Qu’est-ce qui a motivé ce changement de nom ?

Historiquement, il existe deux Triballat : Triballat-Rians et Triballat-Noyal. Les deux entreprises sont nées dans les années cinquante quand mes grands-parents Maxime et Olga Triballat sont arrivés à Noyal, et mon cousin Hugues Triballat est aujourd’hui à la tête de Rians. Les patrons de Rians s’appellent donc Triballat et les patrons de Triballat-Noyal s’appellent Clanchin, cela crée une confusion. Quand nous avons fait l’exercice de nous projeter à l’horizon 2035, le sujet est revenu sur la table. C’est pourquoi nous avons fait le choix de changer de nom.

À l’occasion de cette annonce, vous évoquiez une stratégie globale pour répondre aux enjeux de transition alimentaire, environnementale, sociétale à l’horizon 2035. Comment la définissez-vous ?

Il fallait qu’on sorte la tête du guidon. L’entreprise a longtemps été précurseur sur certains marchés : le bio en 1975, le végétal avec le lancement de Sojasun en 1988. Nous avons été pionniers sur des marchés qui sont aujourd’hui arrivés à maturité. Ces niches sont devenues des mass-market. Il était important pour nous de nous demander quel était le "coup d’après" pour l’entreprise et quel est le rêve commun que l’on souhaite porter à l’horizon 2035. Notre raison d’être est, aujourd’hui, d’être source de vie pour les hommes et la planète.

Vous revendiquez le premier « steak végétal » en 1998. Quel est votre positionnement sur ce marché ?

Nous avons ouvert le sillon en 1998. En 2018, une pléiade de nouveaux acteurs sont arrivés sur ce marché, et de très grands comme Nestlé. Cela nous a mis à mal, car nous étions petits dans cette activité traiteur. Depuis, nous avons innové et amené de nouvelles offres. Notre souhait est de continuer à avoir une offre qui soit très ouverte. Un relookage de la marque Sojasun est en cours pour s’ouvrir à d’autres végétaux. Concernant notre approvisionnement, nous sommes à 100 % origine France sur nos premiers ingrédients : le soja, le chanvre, l’avoine…

Vous développez justement une filière de chanvre alimentaire bio.

C’est une petite filière d’une dizaine de producteurs dans laquelle on croit beaucoup (80 tonnes d’achats sur 2022-2023, ndlr). Le chanvre est une plante qui a de nombreuses vertus pour la terre et sur le plan nutritionnel. Nous l’utilisons dans des jus, des desserts, des plats cuisinés et pour faire du tofu. Nous travaillons aussi sur les coproduits du chanvre, notamment les biomatériaux utilisés en construction.

Vous êtes spécialisés à la fois dans les produits laitiers et les alternatives végétales aux produits animaux. Allez-vous continuer à développer ces deux versants ou plutôt vous concentrer sur la diversification des alternatives végétales ?

Aujourd’hui, Olga c’est 25 filières, 18 sites de production, 1 350 collaborateurs et 335 millions d’euros de chiffre d’affaires. Quand nous sommes allés dans le végétal ce n’était pas pour s’opposer à l’animal, mais pour proposer quelque chose d’autre. Nous sommes pour les combats "pour", et contre les combats "contre". Nous sommes aujourd’hui à 50 % de chiffre d’affaires sur des activités animales et 50 % sur du végétal ; à 50 % sur du bio et 50 % sur du conventionnel et ; à 50 % en grande distribution française et 50 % sur d’autres marchés. Nous voulons porter un modèle d’entreprise régénérative.

Vous êtes présents sur le marché des produits laitiers bio en grande distribution depuis 1995 avec votre marque Vrai. Quelle est votre stratégie face au tassement de la croissance du lait bio ?

Après de belles années, la bio se retrouve dans un trou d’air et l’arrivée de nouveaux volumes de lait bio crée un effet ciseaux difficile à piloter. Nous avons mis un frein sur les nouvelles conversions, mais nous maintenons nos engagements envers les producteurs en transition. Sur le plan industriel, nous repartons dans une logique d’investissements qui, pour certains, ont été retardés par la crise Covid. Nous allons également repositionner notre marque Vrai en mettant en avant ses valeurs : des filières locales, une logique d’entreprise familiale et notre travail sur les emballages.

Le gouvernement incite les industriels et les distributeurs à renégocier pour répercuter l’inflation. Allez-vous rouvrir vos contrats avec la grande distribution ?

Heureusement, Egalim 2 a été là pour sanctuariser le coût de la matière première agricole, mais les emballages et l’énergie n’ont pas été intégrés à la loi. Quand nous avons envoyé nos tarifs, c’était avec la visibilité que nous avions en septembre 2021. La situation aujourd’hui n’est plus du tout la même. On est sur une inflation à deux chiffres. Sur la partie ultra-frais laitiers, nous estimons une revalorisation nécessaire entre 12 et 16 % par rapport à 2021. Nous échangeons avec nos clients de la grande distribution pour savoir quelle est la bonne manière de répercuter ces hausses.

Un relookage de la marque Sojasun est en cours

Le chanvre est une plante qui a de nombreuses vertus

On est sur une inflation à deux chiffres