Alors que le protectionnisme de leur président est critiqué à l’OMC, les États-Unis rétorquent que la Chine est la cause de la crise du système commercial multilatéral et qu’eux doivent une nouvelle fois assurer le leadership pour trouver une solution.
Le 14e examen par l’OMC de la politique commerciale des États-Unis, les 17 et 19 décembre à Genève, a été l’occasion pour plusieurs délégations, celle de la Chine en premier lieu, d’exprimer leurs profondes préoccupations à l’égard de l’approche selon elles inquiétante de Washington dans ce domaine et de sa volonté de bloquer le fonctionnement de l’organe d’appel de l’OMC qui met en péril l’existence même du système multilatéral.
L’ambassadeur de l’UE, Marc Vanheukelen, a ainsi rappelé que, lors du précédent examen de la politique américaine en décembre 2016, il avait émis l’espoir que la rhétorique protectionniste de Donald Trump prendrait fin une fois celui-ci installé à la Maison blanche un mois plus tard. « Aujourd’hui, malheureusement, la rhétorique est devenue réalité et les répercussions des droits de douane et autres restrictions (des États-Unis) se font sentir au cœur de cette organisation (l’OMC), et plus généralement dans les perspectives de croissance mondiale », a-t-il déploré.
Le représentant de l’UE s’est également dit frappé par le ton du rapport du gouvernement américain qui accompagne l’examen effectué par le secrétariat de l’OMC, avec l’utilisation de termes tels « agression », « tricherie », « défense » et « menace » qui, selon lui, sont pour le moins inhabituels de la part d’un membre de l’OMC décrivant ses relations et sa stratégie commerciales.
Incapacité collective à trouver une solution
Accusés d’être responsables de la crise actuelle du système commercial multilatéral, les États-Unis ont répondu que c’est la Chine qui est en réalité à « l’épicentre » de cette crise, la situation étant aggravée par l’incapacité collective des membres de l’OMC, pendant de nombreuses années, à résoudre le problème.
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La crise est due à l’incompatibilité fondamentale du régime chinois non basé sur l’économie de marché et porteur de distorsions commerciales avec un système commercial international ouvert, transparent et prévisible, a déclaré l’ambassadeur américain, Dennis Shea. Ajoutant : « À un seul égard, les États-Unis sont à l’épicentre de la crise – nous devons une fois de plus supporter le poids du leadership pour faire face à la crise », a-t-il ajouté.
Des droits de douane faibles, sauf pour certains produits agricoles
Selon le rapport préparé par l’OMC pour le 14e examen de la politique commerciale américaine, le régime douanier normal (nation la plus favorisée, NPF) « se caractérise généralement par des taux de droits stables, le plus souvent faibles sinon nuls ». De 4,8 % dans l’ensemble, la moyenne des droits est restée pratiquement inchangée depuis le précédent examen en 2016. La franchise de droits est accordée pour 37,5 % de l’ensemble des lignes tarifaires, et 30,4 % des lignes sont frappées d’un droit inférieur ou égal à 5 %. Les droits les plus élevés, qui sont parfois supérieurs à 100 %, visent certains produits agricoles – « singulièrement les produits laitiers, les arachides et le tabac ».
L’économie des États-Unis est caractérisée par la prédominance du secteur des services (y compris les services des administrations publiques), dont la part dans le PIB a augmenté depuis 2015, note également l’OMC. « Les services représentent à présent plus de 80 % du PIB, alors que la part de l’industrie manufacturière est passée au-dessous de 12 % (11,6 % en 2017) et que la part de l’agriculture représentait moins de 1 % en 2017 ».