Onze mille viticulteurs du Languedoc-Roussillon (7 500 selon la police) ont défilé le 25 mai à Nîmes, à l’appel des syndicats de vignerons de tous les départements qui organisaient la manifestation. Ils réclamaient des mesures d’urgence pour faire face à la chute des cours du vin et proclamaient leur refus de l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui. Quelques manifestations de colère ont éclaté ensuite. Dominique Bussereau a rappelé le même jour les engagements de son ministère et annoncé un point d’étape début juillet.
Si les chiffres des organisateurs sont exacts, c’est la manifestation la plus importante depuis le début de la crise. Cette fois encore, tous les syndicats (toutes tendances confondues) et toutes les organisations professionnelles, ont participé.
En tête du cortège, un cercueil portait l’inscription « Ci-gît le dernier vigneron », surmonté d’une couronne de fleurs aux couleurs de l’UE. Les viticulteurs ont marqué leur intention de voter non au référendum concernant le traité constitutionnel européen.
Derrière ce cercueil, défilaient plusieurs élus, sénateurs et députés, suivis de délégations du Gard, de l’Hérault, des Pyrénées-Orientales et de l’Aude, ainsi que de nombreux vignerons venus des Côtes du Rhône. Les viticulteurs venaient exprimer leur « inquiétude et leur désarroi » face à l’effondrement des cours et la mévente de leurs produits.
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Les responsables syndicaux ont rencontré le préfet et lui ont remis une motion réclamant un allégement des charges sociales, une exonération des impôts fonciers, une reprise des vins invendus à 3,80 euros le litre pour la distillation, et que les 3 000 euros d’aide promis aux jeunes agriculteurs soient versés à tous.
Les magasins de hard-discount pris pour cible
Un important dispositif policier et de gendarmerie était mobilisé pour éviter les débordements, notamment en fin de manifestation. La circulation était interdite en centre ville. Les bars étaient fermés, sur recommandation de la préfecture. Quelques rares incidents ont émaillé la manifestation qui s’est dispersée peu après 18 heures. Plus tard, des viticulteurs de retour de Nîmes ont organisé une opération « péage gratuit » sur l’A9, selon la préfecture du Vaucluse. Des wagons de marchandises ont été pris pour cible dans la gare de triage de Nîmes et un chargement de bois a pris feu. A Pézenas (Hérault), en milieu de soirée, entre trente et quarante personnes ont saccagé les caisses d’un magasin Lidl et brisé des bouteilles de vin étranger, selon le journal Le Monde. Un peu plus tard, toujours à Pézenas, une trentaine de personnes a forcé un magasin Aldi. A Béziers, les forces de l’ordre se sont opposées à des manifestants de retour de Nîmes qui s’apprêtaient à prendre pour cible un magasin hard-discount. Les manifestants ont jeté des boulons en direction des forces de l’ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Une distillerie de Montferrier, près de Montpellier, a également été prise pour cible dans la soirée.
Point d’étape réunion début juillet
Alors que la manifestation commençait à Nîmes, un communiqué du ministère de l’Agriculture annonçait qu’une réunion sera organisée début juillet pour « dresser un point d’étape » dans l’application des mesures décidées par les instances professionnelles de la viticulture en juillet 2004. Cette réunion se tiendra avec l’Onivins et l’INAO. Le communiqué rappelait l’ensemble des mesures déjà prises pour le secteur viticole. Tout d’abord « 100 M d’euros, dont 45% pour le Languedoc-Roussillon ont été mobilisés et les premiers dossiers d’aide directe sont mis en paiement ». Pour le ministre, « si les vins d’appellation d’origine bénéficient d’un contingent de distillation de crise de 1,5 Mhl à 3,35 euros le degré/hl obtenu auprès de la Commission européenne, les vins de pays et vins de table pourront bénéficier dans le cadre de l’Organisation commune de marché de la distillation dite “alcool de bouche” sans limitation de volume à un prix de 2,48 euros le degré/hl dès le début de la campagne ». D’autre part, « 7 M d’euros viendront soutenir l’effort des entreprises viticoles qui exportent. Par ailleurs, bassin par bassin, des réponses adaptées aux situations viticoles régionales se dessinent. Pour le Languedoc-Rousillon, elles seront remises par les professionnels au ministre en juillet », poursuit le communiqué.