Aux prises avec les prix des légumes bas au stade de la production depuis le début de l’été, les maraîchers s’exaspèrent. Plus d’une centaine d’entre eux sont allés demander, le 25 septembre à des grossistes et grandes enseignes d’Ile-de-France, des explications sur le « recours abusif » aux importations en pleine période de production française.
Cent à 150 maraîchers de la Fédération nationale des producteurs de légumes (FNPL) se sont donné rendez-vous à l’entrée du péage du marché d’intérêt national (Min) de Rungis, le 25 septembre à quatre heures du matin, attendant avec impatience des grossistes en fruits et légumes qu’ils les reçoivent dans leurs entrepôts. Après quelques minutes de bras de fer, où les producteurs semblaient déterminés, la réponse des grossistes a été positive, et la délégation des producteurs est entrée dans l’enceinte du Min. Une délégation composée en grande partie de représentants méridionaux : Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Hérault, Tarn-et-Garonne. Etaient aussi présents des professionnels de Bretagne, Pays de Loire, Bourgogne, et de l’est de la France. Moins représentés, le Nord et la région lyonnaise.
La chasse aux tomates hollandaises, espagnoles ou marocaines
Reprochant à la distribution de jouer la carte des produits importés pour faire pression sur les prix, ils ont traqué les palettes de tomates hollandaises, espagnoles ou marocaines, les fraises belges, les salades allemandes. « D’une manière générale, les produits d’importation ne brillent pas par leur qualité », leur critère principal étant leur prix, a commenté Jean-Paul Douillard, vice-président de la FNPL, lors d’un débat improvisé dans une salle, avec les grossistes. « Les producteurs vous demandent de faire un effort pour acheter davantage aux maraîchers français », a déclaré Jacques Rouchaussé, secrétaire général de la FNPL.
À cela, certains grossistes, comme cet employé aux Établissements Roux, rétorquent que les producteurs français n’ont pas toujours la marchandise demandée : « Quand il me faut 30 à 40 palettes de raisin par jour pour satisfaire la clientèle et que je n’en reçois que quatre en provenance de France, comment faire sans importer ? », a-t-il répondu à des producteurs.
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Les producteurs s’impatientent parce qu’ils perdent de plus en plus d’argent à produire, mais les grossistes ne s’estiment pas mieux lotis : « Nous étions 450 grossistes en fruits et légumes au moment du démarrage du Min de Rungis en 1969. Nous ne sommes plus que 140 », raconte Jean-Claude Reverdy, président du syndicat des grossistes de Rungis. Loïc de Féraudy, producteur de tomates dans le Vaucluse, a indiqué que l’exercice 20089 laissera des marges négatives de trois à 15 euros par mètre carré de serres.
Un avertissement à la grande distribution
Un peu plus tard dans la matinée, les manifestants ont fait irruption à Sédifrais, la centrale d’achats de Leader Price pour la région parisienne, près de Sénart (Seine-et-Marne). Lors de cette visite surprise, les manifestants ont estimé que les légumes d’importation représentent 80% des légumes commercialisés et ont averti que la prochaine fois ils seront « moins gentils ».
Après un passage à la Logidis, centrale d’achat de l’enseigne Champion, dont les producteurs dénoncent les « ventes agressives » à partir de produits fabriqués dans des conditions sociales et écologiques opposées aux règles imposées aux producteurs en France, les représentants de la FNPL ont été reçus, en nombre restreint, par Michel Cadot, directeur de cabinet de Michel Barnier. Ils ont mis l’accent sur les distorsions de concurrence entre les producteurs français et leurs homologues de l’UE et des pays tiers.