Arvalis a organisé le 13 avril à Paris son 19e
> colloque sur les orges brassicoles, montrant « une filière solidaire qui s’adapte ». L’Institut du végétal a souhaité un dialogue renforcé, même si les opérateurs ont témoigné de multiples échanges entre eux pour surmonter une moisson 2016 désastreuse. Des voix se sont élevées chez les exploitants, qui jugent les prix insuffisamment rémunérateurs.
« On n’est pas très bien armés pour donner des infos aux clients » sur la récolte, a déclaré Luc Pelcé (Arvalis). Sa proposition : « Organiser collégialement un rendez-vous, le 10 juin pour l’orge d’hiver, le 1er juillet pour l’orge de printemps ». À cette date, le rendement et la qualité sont connus de manière assez fiable, d’après lui. Arvalis propose d’ailleurs de telles estimations aux collecteurs. Mais l’idée de Luc Pelcé est de garder cette connaissance de la récolte en amont de la filière. « Trouvons un équilibre en disant ce qu’il faut pour prévenir tout en limitant les fuites d’informations en aval », a-t-il insisté.
Chez Seine Yonne, de nombreuses rencontres ont eu lieu entre la coopérative et ses clients pour trouver des accords après la moisson catastrophique de l’année dernière, a raconté Matthieu Berlin. Un gros travail a été effectué sur le grain. Mais une fois calibré, son taux de protéines était plus élevé, contrairement à d’habitude. « Si on avait su que le grain calibré n’avait pas la même réaction, on l’aurait travaillé plus tôt, a-t-il dit. Le triage, le calibrage doivent être anticipés autant possible car cela se traduit en coûts de transport, d’électricité. »
Communiquer, mais pas trop
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Côté Malteries Soufflet, la réaction durant la moisson 2016 a été de dialoguer avec les organismes stockeurs pour définir les règles de réception et de tri, a témoigné Jean-Philippe Jelu. Les craintes de fusariose ont pu être écartées : « Le calibrage faible a permis, en nettoyant, d’éliminer les petits grains à risque », a-t-il dit. Des échanges ont également eu lieu avec les brasseurs internationaux pour les rassurer sur l’absence de problèmes technologiques et sanitaires. « On a la chance d’être reconnus pour la qualité de nos orges, a souligné Jean-Philippe Jelu. Les brasseurs ont fait des efforts pour passer le cap ». Les Malteries Soufflet aimeraient toutefois avoir une meilleure visibilité sur les mycotoxines : « Plus on connaît tôt, plus on peut rassurer ».
Trop communiquer peut toutefois s’avérer néfaste. L’IFBM, centre de recherche et de formation pour la filière de l’orge à la bière, a mis en garde : « Si l’information d’une baisse de qualité de la récolte s’était répandue, des acteurs seraient allés s’approvisionner ailleurs », a considéré Marc Schmitt. De même, Arvalis a réclamé « un dialogue renforcé » dans la filière tout en souhaitant, pour un certain partage d’informations au sein de l’amont, qu’« on se le garde pour nous », a déclaré Luc Pelcé.
D’autres avis discordants sont apparus sur le thème du colloque. « Je ne trouve pas la filière solidaire », a réagi dans la salle Dominique Chambrette, vice-président de l’AGPB (producteurs de blé) : « Cela fait des années qu’il n’y a plus de revenu pour les producteurs ». Et Didier Lenoir, producteur en Côte d’Or, d’ajouter : « L’orge est une très belle culture, indispensable dans mon exploitation, mes rotations, mais pas à n’importe quel prix ».