Récemment autorisée par le gouvernement, la mesure d’effarouchement ursine a été mise en place pour la première fois dans une estive prédatée en Ariège. Le bilan ne satisfait ni les éleveurs, ni les défenseurs de l’ours.
Le 25 juillet, la préfète de l’Ariège a déclenché une mesure d’effarouchement, après le dérochement de 61 brebis sur l’estive du Mont-Rouch, dans la nuit du 23 au 24 juillet. C’est la première fois qu’est utilisée cette mesure introduite par la feuille de route gouvernementale sur l’ours et le pastoralisme. Pour un bilan mitigé. « Aucun ours n’a été observé durant les deux nuits d’action », indique la préfecture dans un communiqué du 29 juillet. Les trois agents de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) dépêchés sur place ont tout de même procédé à un tir d’effarouchement. La préfecture a indiqué poursuivre l’opération durant la semaine du 29 juillet, tout en l’étendant « éventuellement » à « d’autres estives voisines ».
Un effarouchement déclenché dans la « précipitation », selon Ferus
Dans une lettre ouverte adressée à la préfète, Ferus, l’association de protection des grands prédateurs, dénonce la « précipitation » avec laquelle la représentante de l’État a pris cette décision, alors que la responsabilité du plantigrade n’était pas encore établie – elle le fut par la préfecture le 31 juillet. La rapidité de cette réaction est « peut-être liée à une volonté d’acheter la paix sociale », analyse l’association. L’estive du Mont-Rouch est un secteur sensible : un précédent dérochement en 2017 y avait provoqué la mort de 208 brebis. C’est le seul groupement pastoral à disposer (au 29 juillet) d’une autorisation d’effarouchement renforcé (tirs non létaux), valable deux mois. « D’autres demandes sont en cours d’instruction », précise la préfecture. En tout, onze groupements pastoraux ariégeois ont obtenu une autorisation pour l’effarouchement simple (moyens sonores, olfactifs et lumineux).
Les pouvoirs publics n’ont « aucune volonté de faire de l’effarouchement efficace », estime de son côté Franck Watts, élu en charge de l’ours à la FNO (éleveurs ovins). « L’ONCFS a huit agents en Ariège, c’est un effectif insuffisant ne serait-ce que pour constater les dommages dus à l’ours », déplore cet éleveur ariégeois. Partisan d’une « régulation de la population » d’ursidés, l’élu de la FNO est sceptique sur l’efficacité de l’effarouchement et des mesures de protection des troupeaux. Pour lui, « il n’y a que le risque de blessure ou de mort qui fera reculer l’ours. »
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Près de 200 dossiers de prédation liés à l'ours déposés en 2019
D’après la FNO, près de 200 dossiers de prédation liée à l'ours ont été déposés en préfecture depuis le début de la saison (pour environ 600 brebis tuées). Depuis plusieurs mois, les éleveurs alertent les services de l’État d’un risque de recrudescence d’attaques. M. Watts pointe « la croissance exponentielle de la population d’ours » et « l’incapacité à protéger les troupeaux ». « Il y a de jeunes oursons qui apprennent à chasser, provoquant la panique dans les troupeaux et causant des dégâts plus importants que les ours expérimentés. »
Le climat reste donc très tendu dans le département, en particulier après le dérochement de 260 brebis fin juin dans la vallée d’Aston. Signe de nervosité, l’ONCFS a annoncé le 23 juillet la suspension de ses opérations dans deux vallées des Pyrénées ariégeoises (mais pas le Mont-Rouch), tant que la sécurité de ses agents ne serait pas assurée. Lors d’une visite de terrain le 16 juillet, un véhicule de l’Office avait été incendié. « C’est le fait d’une minorité extrémiste, qui ne traduit absolument pas la tendance générale », tient toutefois à souligner Franck Watts.
Les pouvoirs publics n’ont « aucune volonté de faire de l’effarouchement efficace »