Une aide au stockage privé va être octroyée dans le secteur du porc, où, admet Bruxelles, les prix ont fortement baissé du fait de l'embargo russe et d'une hausse de la production de l'UE.
Réclamé par plusieurs États membres (1) et annoncé le 22 février par le commissaire européen Phil Hogan lors de sa visite au Salon international de l'agriculture à Paris, le déclenchement de l'aide au stockage privé dans le secteur de la viande porcine afin de faire face à l'embargo russe et à l'augmentation de la production dans l'UE a été voté deux jours plus tard par le comité de gestion européen. L'Allemagne, l'Espagne et la Suède ont voté contre, tandis que les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la République tchèque et la Slovaquie se sont abstenus.
La dernière mise en œuvre de ce soutien date de février 2011.
Le montant de l'aide sera inférieur à celui fixé les fois précédentes, reflétant, explique Bruxelles, des taux d'intérêt et des coûts de l'énergie plus bas. Dépendant de la durée de stockage (90, 120 ou 150 jours) et de la découpe, il sera par exemple de 230, 243 ou 257 €/t pour les demi-carcasses et de 254, 266 ou 278 €/t pour les jambons.
Selon la Commission, le prix du porc dans l'UE est encore inférieur de 20 % à la moyenne des cinq dernières années, et les marges brutes du secteur de 15 % au moins. Conséquence : de nombreux producteurs sont « en situation de revenu négatif depuis plusieurs mois ».
« Les produits les plus affectés par l'embargo russe ne sont pas concernés »
Les organisations et coopératives agricoles de l'UE (Copa-Cogeca) ont salué l'ouverture du régime d'aide au stockage privé du porc de la Commission européenne, mais « regrettent fortement que les produits les plus affectés par l'embargo russe ne soient pas concernés ». Dans une lettre adressée aux attachés agricoles des Vingt-huit à Bruxelles la veille du vote du comité de gestion, elles soulignaient aussi que le dispositif devrait prévoir « la possibilité pour l'opérateur de déstocker au cours de la période de stockage privé dès que les conditions de marché s'améliorent, moyennant une réduction proportionnelle de la compensation ».
Lors d'une précédente réunion du comité de gestion européen, le 19 février, la France et l'Autriche avaient demandé que ce soutien soit concentré sur les découpes grasses, c'est-à-dire les produits qui étaient destinés auparavant à la Russie. La Commission n'avait pas encore présenté son projet, ce qui lui avait valu des critiques de ces deux États membres et d'autres (Pologne, Danemark, Hongrie, Estonie, Belgique).
« Manque de véritables alternatives à court terme »
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Le Copa-Cogeca souligne dans sa lettre que le secteur du porc est « confronté à des prix inférieurs à ceux de 2011 (-10 %), mais aussi à des volumes de production beaucoup plus faibles qui chutent depuis 2006 ». Il remarque aussi que, à la suite de l'effondrement des débouchés russe, en février 2014, biélorusse et, partiellement, ukrainien, la viande de l'UE « manque de véritables alternatives à court terme ». Plus de produits ont pu être vendus sur d'autres marchés établis (réduction de 5 % en volume comparé à 2014), mais « à des prix qui sont de loin inférieurs à ceux qui pouvaient être obtenus en Russie, avec, comme conséquence, une diminution des exportations beaucoup plus forte en valeur (7 %) ».
Dans ce contexte, les organisations et coopératives agricoles proposent « de faciliter le retrait de grandes quantités de produits de faible valeur actuellement en stock, de trouver des marchés alternatifs et supprimer les barrières sanitaires, ainsi que des mesures de promotion ».
Une chute des prix moyenne de 13 % en un an
Selon les derniers chiffres de la Commission, les prix du porc (carcasse classe E) dans l'UE sont tombés aujourd'hui à 135 €/100 kg (contre 168€/100 kg mi-juillet 2014).
Au 9 février dernier, ils avaient, sur un an, chuté en moyenne de 13 % : de 17,1 % en Belgique, 22,1 % en Bulgarie, 15,7 % en République tchèque, 18,9 % au Danemark, 8,6 % en Allemagne, 16,2 % en Estonie, 13 % en Irlande, 18,1 % en Grèce, 25,8 % en Espagne, 17,8 % en France, 10,2 % à Chypre, 19,2 % en Lettonie, 15,5 % en Lituanie, 14,4 % en Croatie, 8,9 % au Luxembourg, 9,9 % en Hongrie, 13,3 % aux Pays-Bas, 8 % en Autriche, 9,1 % en Pologne, 13,3 % au Portugal, 16,1 % en Roumanie, 4,3 % en Slovénie, 15,5 % en Slovaquie, 0,3 % en Finlande, 8,9 % en Suède, 6,4 % au Royaume-Uni (donnés non disponibles pour l'Italie et Malte).
(1) Voir n° 3485 du 23/02/15 et n° 3482 du 02/02/15
« Le stockage privé du porc annoncé par le commissaire européen est une reconnaissance de la situation de crise », affirme Guillaume Roué, président de l'interprofession porcine Inaporc. « Il devrait nous permettre de sortir plus vite de la crise », explique-t-il, soulignant surtout la capacité d'être plus compétitif à l'export. Pour l'instant, Bruxelles n'a annoncé ni les volumes ni les prix de ce stockage. Le commissaire Phil Hogan a aussi affirmé lors de sa visite sur le stand Inaporc que l'Europe était allée très loin en matière de bien-être animal et qu'il faut être prudent avant de poursuivre dans ce domaine. Il s'est dit également partisan d'une simplification des documents sanitaires pour l'export.