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Institution/Stratégie Pacte d’avenir pour la Bretagne : une copie décevante pour beaucoup

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Le Pacte d’avenir pour la Bretagne a été présenté le 4 décembre en conseil des ministres par Jean-Marc Ayrault. Le chef du gouvernement devait venir le signer le 13 décembre à Rennes, à l’issue des débats que le conseil régional de Bretagne devait lui consacrer en assemblée plénière, les 12 et 13 décembre. Quoi qu’il en soit, il suscite toujours autant de passion.

Les membres du Conseil économique et social régional (CESER) de la Bretagne ont émis un avis favorable sur le Pacte d’avenir pour la Bretagne qui leur a été soumis pour consultation, mardi, en séance plénière exceptionnelle. Sans réelle surprise, le résultat du vote a été partagé (52 voix pour, 16 voix contre et 42 abstentions). Le Pacte d’avenir pour la Bretagne, document stratégique de quatre-vingt-huit pages, repose sur trois piliers : des mesures d’accompagnement aux salariés ayant perdu leur emploi ces derniers mois ; un plan agricole et agroalimentaire pour la Bretagne ; des mesures de soutien à la compétitivité des entreprises et des territoires, notamment par le renforcement du dialogue social. Il a pour objectif de maintenir la Bretagne comme grande région productive et maritime européenne.
Au final, le Pacte d’avenir apparaît trop général. Toutes les parties prenantes à l’économie régionale, que ce soit les chefs d’entreprise, les syndicats de salariés, les associations environnementales, etc. considèrent qu’il ne va pas assez loin, reste trop imprécis, ou manque d’ambition. Beaucoup lui reprochent de compiler des mesures déjà annoncées par le passé. Et de mélanger des aides futures de l’Europe, de l’Etat, des collectivités territoriales, de BPIfrance. L’État parle d’un plan à 2 milliards € dont 1 milliard pour l’agriculture et l’agroalimentaire en Bretagne. Il précise que le plan agricole et agroalimentaire s’inscrit « dans le nouveau contexte européen cconsécutif à la réforme de la Pac », qui donne notamment aux régions le soin de piloter le Feader. Le collectif à l’origine du mouvement des Bonnets Rouges, « Vivre, décider et travailler en Bretagne » y voit plutôt de « l’enfumage ».
Le Pacte d’avenir pour la Bretagne a été décidé le 30 septembre, en réponse à la montée des inquiétudes dans une région frappée par la succession de plans sociaux et fermetures d’usines, la plupart du temps situés dans des zones rurales (Doux, Gad, Boutet-Nicolas, Marine Harvest…). L’Etat promettait une co-construction avec les collectivités territoriales et les acteurs socio-économiques. Sous l’égide la préfecture de la région Bretagne, neuf groupes thématiques se sont réunis une trentaine de fois au total. À l’Association bretonne des entreprises alimentaires (ABEA), on regrette la méthode employée. En particulier le fait que « la concertation a été écourtée », qu’il n’y ait «pas eu de navette » entre l’Etat et les acteurs invités à formuler leurs attentes et projets, avant rédaction du Pacte. Il y a aussi ce sentiment de voir l’Etat se précipiter pour annoncer que le Premier ministre rendrait public le Pacte le 5 décembre, le soir même de la seconde manifestation des Bonnets Rouges à Carhaix-Plouguër, le 30 novembre.
 
Une copie trop »technocratique »
Bien qu’elle considère le Pacte comme trop « technocratique » dans son ensemble, l’ABEA partage le diagnostic de la région établi par l’Etat, dans son volet « plan agricole et agroalimentaire ». Le Pacte relève ici que l’industrie agroalimentaire bretonne, forte de 84 790 salariés (le tiers des emplois industriels de la région) et d’un chiffre d’affaires de 16 à 20 milliards dont le tiers est exporté « perd régulièrement des parts de marché, voit ses marges se réduire d’année en année et sa compétitivité décliner ou au mieux se maintenir notamment dans les viandes et le lait, filières majeures en Bretagne ». Dans cette région leader dans l’élevage en France, maillée d’un « tissu dense d’exploitations agricoles (34 000 - NDLR) ou d’IAA favorisant une dynamique régionale », il y a différentes menaces parmi lesquelles le Pacte relève « une standardisation de la filière agricole et agroalimentaire », « une taille insuffisante des entreprises régionales », « un accroissement de la concurrence internationale notamment du à l’évolution des structures agricoles au nord de l’Europe. »
Dans son plan d’action agricole et agroalimentaire, le Pacte d’avenir propose différentes actions. En agriculture, des mesures en matière de foncier, d’installation, de modernisation des bâtiments, de production d’énergies, etc., tout en respectant l’axe de la performance agro-écologique choisi par le gouvernement. En agroalimentaire, le Pacte veut soutenir « la performance et le développement d’IAA bretonnes pérennes sur tous les marchés » en engageant une politique de soutien public aux « investissements structurants », en particulier dans les « branches de l’industrie, dégageant structurellement de faibles marges et ayant un accès plus restreint au financement bancaire». En soutenant l’innovation pour monter en gamme « et s’orienter vers l’usine du futur ».
Le Plan évoque notamment sa volonté de voir émerger en Bretagne une « plateforme de recherche technologique » qui regrouperait tous les centres techniques et laboratoires de recherche dédiés à l’agriculture et l’agroalimentaire. Et de soutenir la diffusion de la R&D dans les PME et TPE. Le Pacte parle enfin l’importance pour la Bretagne agroalimentaire de conforter ses positions à l’exportation. Pour finir, il évoque la nécessité de « rénover le dialogue social aujourd’hui insuffisant » et de le porter au sein d’un « comité régional de stratégie de filière, intégrant une instance régionale de dialogie social et d’expérimentation territoriale ». En conclusion, le Plan agricole et agroalimentaire pour la Bretagne doit porter quatre ambitions : « investir plus », « innover toujours », « vendre mieux », « former autrement ». C’est exactement en ces termes que le ministre délégué à l’Agroalimentaire, Guillaume Garot, avait annoncé le lancement de la procédure de co-construction du plan, le 30 septembre à Quimper.
 
Un document « griffonné dans l’urgence »
Pour le collectif « Vivre, décider et travailler au pays », le Pacte d’avenir n’est qu’un document « griffonné dans l’urgence ». Il se présente comme « une mise sous tutelle inamicale du destin du peuple breton. » Surtout, poursuit le collectif des Bonnets Rouges, il ignore la « demande légitime » du « maintien de la gratuité de nos routes et de la suppression de l’écotaxe ». C’est ce qui avait cristallisé un mouvement multiforme rassemblant dans un même élan salariés et patrons pour défendre ensemble l’économie, et donc l’emploi du territoire. Le syndicat FO, qui n’a pas participé aux discussions en vue de la mise sur pied du Pacte d’avenir, a appelé à manifester vendredi à Rennes, lors de la visite du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui viendra signer le document.
L’ABEA, les chambres d’agriculture de Bretagne, le syndicalisme majoritaire (FRSEA et JA) et les fabricants d’aliment de Bretagne (Nutrinoé) ont formalisé leurs demandes dans une plate-forme de revendications. Titrée « Libérons le potentiel productif en Bretagne », cette plateforme donne douze propositions rassemblées autour de cinq axes « pour permettre aux exploitations agricoles et entreprises de la région de trouver une dynamique entrepreneuriale bridée à ce jour par un carcan réglementaire. » Ils parlent, sur le volet réglementaire, de simplification et de sécurisation des règles administratives, d’harmonisation des réglements nationaux, européens et transfilières, de structuration de la production. Sur le plan économique, la plateforme évoque la consolidation de l’assise financière des projets et des entreprises. Les partenaires font aussi différentes propositions en ce qui concerne le volet social et évoque des mesures spécifiques aux filières viandes blanches.
Produit en Bretagne, l’association de promotion et de défense des entreprises bretonnes souscrit aux idées de cette plateforme, en intégrant l’idée d’une « dimension locale (ou) régionale dans les appels d’offre (Breizh Small Business Act) pour permettre de choisir le mieux-disant plutôt que le moins-disant, et réserver une part significative (un tiers au moins) des appels d’offre publics aux PME locales. » L’Etat assure que ce Pacte « n’est que le début d’une démarche. (…) Les groupes de travail qui ont permis de préparer ce pacte, en particulier le plan agricole et agroalimentaire, seront maintenus ». Il fait le pari que « la préparation du futur contrat de plan Etat-Région permettra (…) de prolonger les travaux avec l’ensemble des partenaires concernés, et de poursuivre l’exploitation de l’ensemble des contributions reçues. »

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