L’un des fleurons de l’industrie agroalimentaire italienne, qui a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 3,468 milliards d’euros (+3 % par rapport à 2016) investit un milliard d’euros sur les cinq prochaines années pour assurer son développement industriel, commercial et géographique. Ses marchés clés que sont l’Italie, la France, l’Allemagne et les États-Unis seront les premiers bénéficiaires, notamment son marché domestique où 50 millions d’euros sont mobilisés pour l’extension de la future plus grande usine de sauce du Vieux continent, près de Parme. En dévoilant son rapport Développement durable 2017 le 5 juin à Milan, l’entreprise familiale affirme aussi ses engagements en matière de responsabilité sociale et environnementale qui guident en grande partie sa stratégie de croissance Good for you, Good for the planet. Pour y parvenir, Barilla veut mobiliser tous les maillons de la chaîne agroalimentaire, des agriculteurs aux consommateurs, en passant par la recherche et développement, la production, le transport, les emballages ou la communication. Cette façon de penser plus « verte » imprègne aussi les produits : les aliments bien-être (sans gluten, aux graines complètes, biologiques ou véganes) connaissent une forte croissance. Et même les investissements dans les start-up, un monde que Barilla commence à défricher en lançant Blu1877, son propre fonds de capital-risque.
Comment s’est déroulée l’année 2017 pour le groupe Barilla ?
2017 a été une très bonne année pour le groupe avec un chiffre d’affaires de 3,468 milliards d’euros dans le monde, en hausse de 3 % par rapport à 2016. L’activité est équilibrée entre les pâtes et sauces pour un peu plus de la moitié du chiffre d’affaires, et les pains et les biscuits pour le reste. L’Italie reste notre premier marché avec 45,3 % de nos ventes, suivie de l’Europe avec 31 % et de l’Amérique du nord près de 20 %. Tous les marchés où le groupe est présent ont progressé, notamment en Italie où nous avons eu une amélioration de la performance et en Europe où nous constatons une croissance continue.
Quelles ont été les principales sources de croissance pour Barilla en 2017 ?
Nous avons obtenu un bon équilibre entre les différentes catégories de produits, avec de très bonnes performances pour les produits à base de céréales complètes, biologiques, sans gluten, sans lactose ou végétariens. Parmi eux, les produits sans gluten ont représenté notre source de croissance la plus importante sur les marchés européens et américains. C’est une demande très claire des consommateurs, notamment aux États-Unis d’où ce mouvement est parti. Même si nous savons que les intolérants au gluten sont très minoritaires, et que le gluten est une composante d’une alimentation équilibrée, nous observons une attente forte pour ces produits de la part de très nombreux consommateurs. Le taux de progression des produits sans gluten s’est un peu ralenti récemment, mais cela reste une tendance de fond. Pour ce qui concerne nos produits phares, les sauces ont bien progressé et le marché russe a donné d’excellents résultats pour les pâtes.
Quel montant investissez-vous chaque année dans vos usines ?
Nous investissons régulièrement dans nos 28 usines dans le monde (137 millions d'euros en moyenne par an entre 2013 et 2017, NDLR), toujours en gardant à l’esprit notre démarche Good for you, good for the planet. Dans cet esprit, nous investissons un milliard d’euros sur les cinq prochaines années dans nos actifs industriels : pour 60 % au renforcement de la compétitivité et de la durabilité en améliorant les procédés et les technologies, et pour 40 % au soutien à l’innovation et à l’expansion géographique. L’Italie, l’Allemagne, les États-Unis et la France sont des marchés clés pour nous et nous allons y investir. Par exemple, nous investissons actuellement 50 millions d’euros à Rubbiano, près de Parme, dans notre usine de sauce, ce qui en fera la plus grande usine d’Europe pour ce type de produit.
Quelle est votre stratégie pour les produits bien-être ?
Les consommateurs attendent des produits plus sains et nous y répondons de façon globale. Chez Barilla, cette préoccupation ne concerne pas seulement des produits de niche comme le bio ou le sans gluten, mais l’ensemble de nos produits. Nous avons ainsi lancé dix nouveaux produits bien-être l’année dernière, des produits aux céréales complètes ou aux légumineuses. Douze recettes de sauces ont été revues pour baisser le taux de sel et/ou de sucre, et de nouvelles références de sauces sans ingrédients d’origine animale ou sans lactose ont été lancées. Nous développons aussi des produits biologiques pour les pâtes, les sauces et la boulangerie, sous les marques Barilla ou Wasa.
Et à plus long terme ?
Nous avons pris des engagements pour 2030 : augmenter encore la gamme de produits bien-être, tels que les produits riches en fibres et en protéines qui représentent aujourd’hui 8,4 % du volume total, pour atteindre au moins 30 %. Nous allons aussi commercialiser des snacks individuels encore plus légers, en veillant à ce que 85 % de ces produits contiennent moins de 150 Kcal.
Comment travaillez-vous avec vos fournisseurs ?
Nous travaillons avec nos partenaires de façon coordonnée car c’est seulement en progressant tous ensemble que nous y arriverons. Nous travaillons par exemple de façon très étroite avec les agriculteurs italiens : 5 000 d’entre eux, qui représentent 57 % de nos achats de blé dur en Italie, ont signé des contrats pluriannuels avec nous. Et plus de 2000 agriculteurs participent à notre programme en faveur d’un blé dur plus durable, désormais étendu à la Grèce. Par ailleurs, nous achetons le blé dur à 90 % dans le pays où est implantée chaque usine de pâte, et même à 100 % pour le pain de mie Harrys. C’est vraiment une opportunité pour chaque pays qu’il y ait plus d’intégration entre l’agriculture et l’industrie. Mais nos efforts concernent aussi tous les maillons de la production : la recherche et développement, l’industrie, la logistique, l’emballage, la communication et la consommation.
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Que représentent ces investissements dans l’économie verte ?
Nous n’isolons pas ces coûts de nos investissements pris dans leur globalité. Il s’agit plutôt d’une prise en compte permanente dès que nous remplaçons un équipement industriel ou que nous réfléchissons au transport des marchandises. Le développement durable n’est pas une source de compétitivité à court terme, mais c’est un moyen d’avoir une entreprise plus forte sur le long terme. C’est un élément clé, un passage obligé pour nous, et pas une simple option. C’est important aussi pour l’image que les consommateurs ont de l’entreprise : elle reste la même à l’extérieur, son logo et la qualité de ses produits sont immuables, mais tout change derrière cette façade : notre façon de nous approvisionner, de fabriquer et de transporter nos produits.
Comment voyez-vous les attentes des consommateurs dans les différents pays où vous êtes implantés ?
Nous observons des attentes qui sont à peu près le mêmes aux États-Unis et en Europe qui sont aujourd’hui sur la même ligne sur plusieurs tendances. Même si outre-Atlantique il y a des comportements radicaux en matière d’alimentation, comme par exemple la phobie pour les glucides, que je ne partage pas. Nous prenons en compte la demande pour moins de sucre et de sel, et plus de fibres et de légumes, mais nous ne voulons pas céder à des tendances alimentaires qui ne sont pas validées par les scientifiques ou les nutritionnistes. L’alimentation n’est pas la mode, nous avons une responsabilité.
Prévoyez-vous des acquisitions dans les prochains mois ?
Aux États-Unis, de grands groupes agroalimentaires se diversifient en achetant des start-up. Toutefois, nous préférons donner la priorité à nos marques qui ont beaucoup de potentiel, même si nous n’excluons pas des acquisitions pour maîtriser de nouveaux savoir-faire ou nous implanter sur de nouveaux marchés. Nous avons d’ailleurs lancé l’année dernière notre propre fonds de capital-risque, Blu1877, qui a investi dans Regrained, une entreprise américaine qui produit des barres céréales à partir de grains utilisés pour le brassage de la bière.
Chiffres clés 2017
-Chiffre d'affaires : 3,468 milliards d'euros (+3% vs 2016)
-Ebitda : 504 millions d'euros (2016 : 513 millions d'euros)
-Bénéfice avant impôts : 364 millions (2016 : 372 millions d'euros)
-Dette financière : 418 millions d'euros (2016 : 563 millions d'euros)
-Investissements : 218 millions d'euros (2016 : 118 millions d'euros)