Abonné

Interview Paolo de Castro : « Il faut de la régulation »

- - 4 min

Le président de la commission agricole du Parlement européen est net : « La crise du lait l’a montré, dit-il, il faut de la régulation ». Et il est persuadé que la majorité du Parlement européen devrait le suivre sur cette ligne. Cet ancien ministre de l’Agriculture du gouvernement Prodi a une formation d’agronome et fut un enseignant dans ce domaine à l’Université de Bologne. Il a été élu député européen en 2009 et fait partie du groupe « Alliance progressiste des socialistes et démocrates » au parlement.

Avec les nouvelles institutions vous aurez demain un pouvoir renforcé sur les politiques européennes. Pensez-vous qu’il faille changer la politique agricole commune ?
Nous ne sommes pas obligés de changer la Pac. On change une politique lorsqu’elle n’est pas bonne. En quoi celle-ci semble-t-elle défaillante ? Il faut continuer à la réformer plutôt que la remettre radicalement en cause. La crise du lait l’a montré : il faut de la régulation, des règles acceptées par tous. Dans le cas du lait, la Commission a tardé à intervenir. Alors les pays eux-mêmes ont dû eux-mêmes dépenser de l’argent pour aider leurs agriculteurs. Ce fut le cas en France comme en Allemagne. Au total, cela coûtera plus cher que si l’Europe était intervenue elle-même. Nous ne voulons pas de renationalisation de la politique agricole commune. Ce serait une mauvaise nouvelle pour l’Europe si elle se produisait. Et puis, cela provoquerait immanquablement des distorsions de concurrence.

Quels sont les rôles principaux que vous attribuez à la politique agricole commune ?
Elle doit d’abord permettre d’éviter la volatilité des prix. Le choix des instruments peut évoluer : en dehors des outils classiques tels l’intervention, il y a la contractualisation qui est défendue par le Français Bruno Le Maire ou encore, comme en Espagne, l’assurance qui fonctionne bien. Bien sûr, l’Europe doit défendre un modèle d’agriculture qui soit vertueux sur le plan environnemental, du bien-être ou de la santé animale. L’agriculture peut être aussi une solution au réchauffement climatique. Et puis elle doit jouer son rôle dans l’aménagement du territoire, c’est central. Mais il faut pour tout cela que les agriculteurs aient un revenu. Ce n’est qu’en ayant un revenu décent qu’ils pourront travailler à mettre moins de chimie dans leurs produits de même qu’à être des aménageurs du territoire. En clair, il faut tenir compte des nouvelles sensibilités des Européens mais, pour cela, il nous faut des fermiers qui vivent décemment.

Faut-il une Pac plus juste sur le plan social, répartissant différemment qu’aujourd’hui les aides publiques ?
La dimension sociale de la Pac a toujours été très minime. C’est une chose à laquelle nous devrons prêter plus d’attention à l’avenir.

Ne serez-vous pas confrontés à ceux qui veulent prendre sur le budget de la Pac pour financer d’autres politiques ?
Il nous faut effectivement d’autres politiques européennes. Mais pourquoi prendre sur le budget de la Pac ? Les pays membres n’ont qu’à augmenter leurs contributions. La crise du lait a bien montré que ce que l’Europe ne dépensait pas, les pays allaient le dépenser. Ce sont les instruments qu’il faut adapter, pas le principe qui consiste à réguler les marchés.

Le Parlement dans son ensemble ne risque-t-il pas d’être plus « budgétaire » que proche des questions agricoles.
Pas forcément. La preuve, c’est que, récemment, le Parlement en séance plénière a approuvé le projet de meilleure régulation laitière. Nous aurons, d’une manière générale, je crois, une majorité pour plus de régulation en agriculture. Les députés savent que la baisse des prix n’a jamais été une bonne technique d’allocation des ressources, surtout lorsque la demande dépasse l’offre, comme aujourd’hui sur la planète.

Êtes-vous favorable ou non à la signature d’un accord à l’OMC dans le cadre du Doha round ?
L’Europe a déjà fait beaucoup d’avancées dans ces négociations, tant en ce qui concerne nos droits de douane, nos subventions à l’exportation que nos politiques intérieures. Presque tout est dans ce qu’on appelle la « boîte verte ». En revanche les États Unis doivent encore progresser dans cette direction pour leur politique agricole. Les pays émergents doivent eux aussi faire des efforts sur leurs droits de douane. Donc, le mieux est d’attendre que nos partenaires fassent ces progrès avant de signer le Doha round.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.