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Négociations agricoles de l’OMC Paris demande à Pascal Lamy de rester « neutre »

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Selon Pascal Lamy, Paris a une position « excessivement défensive » dans les négociations agricoles du cycle de Doha. Réaction immédiate du ministre français de l’agriculture, Dominique Bussereau : le directeur général de l’OMC « ne doit pas oublier qu’il doit être neutre ».

Si les pays membres de l’OMC veulent conclure comme prévu le cycle de négociations de Doha avant la fin de l’année, « l’Europe doit progresser sur les tarifs agricoles, les Etats-Unis sur la réduction de leurs subventions internes aux agriculteurs, et le G20 (pays émergents) sur les droits de douane pour les produits industriels et les services », a réaffirmé M. Lamy dans un entretien publié par le quotidien Le Monde daté du 25 février.

Interrogé sur la position française dans les pourparlers agricoles de l’OMC, le directeur général de l’organisation a jugé celle-ci « excessivement défensive ».

« L’offre européenne (dans ce domaine) est certainement à améliorer », estime M. Lamy, avant d’ajouter : « Ce n’est pas à moi de dire ce que les Européens doivent faire, mais je peux rappeler que la politique commerciale se décide à la majorité qualifiée au sein de l’Union ».

Observant que la France exporte 40 % de sa production agricole, « dont les trois quarts sur le marché intérieur européen », le directeur général de l’OMC considère que c’est ce marché, « avec ses 400 millions de consommateurs », qui constitue « l’enjeu stratégique » pour les Français.

M. Bussereau très remonté

La France « n’est pas sur une position défensive », a rétorqué M. Bussereau le 26 février sur la chaîne de télévision Public Sénat.

« M. Lamy ferait bien de s’occuper de l’OMC et de ne pas juger les États. Il est dans une position dans laquelle il doit être neutre. Il peut oublier qu’il est Français. Il ne doit pas oublier qu’il doit être neutre », a déclaré le ministre français de l’agriculture.

Selon M. Bussereau, le cycle de Doha « n’a pas pour but que quelques multinationales au Brésil et en Argentine viennent déverser leurs excédents dans notre pays alors qu’ils ne sont pas capables de nourrir leur population dont ils laissent vivre une partie sous le seuil de pauvreté ».

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M. Mandelson juge insuffisantes les « promesses » américaines

L’UE « n’envisage pas de revoir son offre agricole (à l’OMC), à l’intérieur du mandat de négociation existant, à moins qu’il y ait quelque chose de significatif et de positif sur la table en retour » de la part de ses partenaires, a répété Peter Mandelson le 27 février à Birmingham lors de la conférence annuelle du syndicat britannique NFU Voir n° 3045 du 27/02/06.

« Pendant trop longtemps, alors que l’Europe mettait en œuvre ses réformes, découplant les dépenses de la production et réduisant les restitutions à l’exportation, les Etats-Unis ont continué de sur-subventionner leur production de riz et de blé, dans le seul but de se débarrasser des excédents sur les marchés mondiaux sous forme d’aide alimentaire », a notamment fait valoir le commissaire européen au commerce.

« Une promesse du gouvernement américain selon laquelle le Congrès réduira le soutien interne et aux exportations en agriculture sur une base non quantifiée et à un point non précisé ne fournit pas une réponse suffisante à nos appels aux changements », a-t-il insisté.

« Il en va de même pour l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande pour ce qui est de leurs monopoles à l’exportation », a ajouté le principal négociateur de l’UE.

Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l’agriculture, a entamé le 28 février une tournée d’une semaine en Australie et en Nouvelle-Zélande, afin, notamment, d’« insister auprès des deux pays pour qu’ils réforment les spécificités anti-concurrentielles des organismes chargés de superviser les exportations, parallèlement à la diminution des aides européennes à l’exportation », selon un communiqué de la Commission de Bruxelles.

Ce communiqué cite l’Australian Wheat Board (comité australien pour le blé) et Fonterra, qui regroupe 11 600 producteurs de lait néo-zélandais.

Canberra et Wellington rejettent ces accusations.