Deux semaines et demie après l’annonce de la fin des NNI en betterave, des milliers d’agriculteurs ont afflué le 8 février à Paris pour protester contre les restrictions d’usages de produits phytosanitaires. Dans le même temps, les initiateurs du mouvement ont été reçus par le ministre de l’Agriculture.
Quelque 600 tracteurs et entre 2 000 et 3 000 manifestants se sont rassemblés le 8 février sur le rond-point du Bleuet de France, à Paris, répondant à l’appel de la FNSEA, de la CGB (betteraviers) et de plusieurs FDSEA et fédérations locales des JA. Le mot d’ordre : protester contre les restrictions d’usage de produits phytosanitaires et la multiplication « des contraintes réglementaires de tous ordres », comme l’a rappelé la FNSEA.
Les manifestants mettent en avant un risque de baisse de production de la Ferme France, et une distorsion de concurrence avec les États membres de l’UE et les pays tiers. À titre d’exemple, Franck Sander avait cité auprès d’Agra Presse l’utilisation d’un néonicotinoïde en traitement foliaire – l’acétamipride – par l’Allemagne, une molécule interdite en France depuis 2016.
La CGB incite les planteurs à semer des betteraves
À l’origine de la manifestation, la fin des dérogations accordées aux néonicotinoïdes par enrobage des semences dans les cultures de betteraves sucrières annoncée par le gouvernement fin janvier, à la suite d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Pour rappel, l’Union européenne avait interdit en 2018 l’usage de trois néonicotinoïdes (clothianidine, thiaméthoxame et imidaclopride), accusés d’accélérer le déclin massif des colonies d’abeilles. Face aux pertes de rendements dues à la jaunisse de la betterave, onze États membres avaient néanmoins adopté des dérogations, dont la France qui s’apprêtait à renouveler la sienne pour la troisième année. Avant que la CJUE ne lui barre la route par un arrêt le 19 janvier. Pour la CGB, cette interdiction prononcée à quelques semaines des semis a été « une immense déception ». Elle rappelle au passage que la jaunisse avait entraîné « une perte moyenne de rendement de 30 % au niveau national en 2020, les exploitations les plus touchées ayant perdu jusqu’à 70 % de leur récolte ».
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Peu avant la manifestation, une rencontre s’est tenue entre le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau et les représentants de plusieurs filières céréalières et horticoles afin d’évoquer la remise en question des produits phytosanitaires « sans solutions de remplacement ». À la tribune, le président de la CGB annonce que « le ministre de l’Agriculture s’est engagé publiquement à ce que l’ensemble des pertes dues à la jaunisse soient prises en charge sans franchise ni plafond ». Il « incite les agriculteurs à semer des betteraves pour éviter la fermeture de nos usines et la perte d’emploi dans nos territoires ». Une exhortation également faite par Marc Fesneau à l’occasion d’un point presse le lendemain. Le ministre a annoncé partir « sur le principe d’une indemnisation des pertes en cas de jaunisse » tout en ajoutant devoir « entrer dans le détail technique de cette indemnisation », afin d’éviter « les écueils du processus d’indemnisation lancé en 2020 ». Et d’ajouter au passage qu’ils disposent encore « de quelques semaines pour caler ce dispositif ». Une réunion technique se tiendra dès le 10 février.
La goutte d’eau qui fait déborder le vase
Mais dans la foule des manifestants la veille, les premières annonces n’ont pas suffi à éteindre la grogne des nombreux agriculteurs venus à Paris. Aux yeux des initiateurs du mouvement, l’interdiction de la dérogation accordée aux néonicotinoïdes n’est jamais que « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». « Nous subissons des retraits de molécules les uns après les autres », s’alarme ainsi Damien Greffin, président de la FNSEA Grand bassin parisien, auprès d’Agra Presse. Or « ces interdictions répétées condamnent la production agricole et favorisent les importations massives de produits étrangers, mettant en péril la souveraineté alimentaire de la France », soutiennent les organisateurs de la manifestation. Tous espèrent que l’État leur apportera des solutions là où ils soutiennent ne pas en avoir.