Après avoir beaucoup tergiversé, la Commission européenne a ouvert la distillation de crise au moins pour la France et l’Italie. Mais avec tellement de parcimonie au niveau des volumes et des prix que le gouvernement français a décidé l’octroi d’aides complémentaires. Mais menacé de réduire les rendements si les vignerons ne jouaient pas le jeu suffisamment.
La France et l’Italie vont pouvoir ouvrir fin juin une nouvelle distillation de crise pour le vin afin d’écouler des excédents qui se sont accumulés sur les marchés viticoles des Etats membres en raison d’une baisse des prix et d’une augmentation préoccupante des stocks.
Mais, comme le craignaient Paris et Rome, la Commission européenne n’a autorisé qu’avec parcimonie le recours à cette procédure afin de bien montrer, dans le même temps, sa volonté de réformer un secteur vinicole européen jugé trop dispendieux pour les finances communautaires. « La distillation de crise est hélas en train de devenir une des composantes régulières de notre organisation commune du marché du vin », a déploré la commissaire à l’Agriculture Mariann Fischer Boel qui doit présenter le 22 juin un projet de réforme visant à mettre fin à la surproduction et à améliorer les ventes des vins européens (arrêt de la distillation de crise, arrachage massif de vignes, assouplissement des pratiques œnologiques, aide à la promotion sur les marchés mondiaux).
3 millions d’hl au lieu de 4 M
Le « comité de gestion des vins », composé d’experts nationaux et de la Commission européenne réunis le 7 juin a réduit sensiblement les prétentions de la France et de l’Italie en termes de quantité et de prix.
La France pourra donc distiller en alcool 3 millions d’hectolitres au lieu de 4 M demandés, soit 1,5 million d’hectolitres de vin de table et autant de vin de qualité, alors qu’elle réclamait 2 millions dans les deux cas.
L’Italie pourra, elle, distiller 2,5 millions d’hectolitres de vin de table et 100 000 hectolitres de vin de qualité. Rome demandait respectivement 3 millions et 100 000 hectolitres.
La subvention versée aux viticulteurs se montera à 1,914 euro par degré d’alcool et par hectolitre pour le vin de table et à 3 euros pour le vin de qualité, alors que Paris et Rome demandaient respectivement 2,5 et 4 euros par hectolitre.
Par ailleurs, d’autres demandes de distillation de crise émanant de l’Espagne pour 300 000 hl de vin de table et de la Grèce pour 340 000 hl de vin de table et 130 000 hl de vin de qualité « sont encore à l’étude », a indiqué Bruxelles.
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D’ores et déjà les mesures annoncées coûteront 131 millions d’euros au budget agricole européen, à comparer aux 180 millions dépensés l’année dernière.
Une aide nationale complémentaire
Si Rome s’est montrée satisfaite, le ministre italien de l’Agriculture Paolo De Castro saluant « la sensibilité » de Mme Fischer Boel aux problèmes des viticulteurs, Paris a vivement critiqué cette décision. Le ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau a estimé qu’elle ignorait « la gravité de la situation de la viticulture française » et que cela nécessitait des « mesures complémentaires ». Pour le ministre français, cette décision européenne constitue « un très mauvais signal et nuira à une discussion ouverte et sereine sur la réforme de l’organisation commune de marché viticole ».
En tout cas, dès le 8 juin, le gouvernement français a pris la décision d’accorder des aides supplémentaires, en plus de celles décidées par Bruxelles, aux viticulteurs qui apporteront avant la fin août leurs surplus à la distillation communautaire. L’enveloppe exceptionnelle supplémentaire a été annoncée par Dominique Bussereau, lors du congrès des Jeunes Agriculteurs : elle devrait être débloquée avant la prochaine vendange à l’automne et coûter à l’Etat français entre 15 et 20 millions d’euros, selon les quantités apportées à la distillation.
Plus précisément, l’aide nationale supplémentaire sera plafonnée à 450 hectolitres souscrits à la distillation par exploitation pour les vins de table, et permettra de compléter la trésorerie de chaque viticulteur en atteignant un revenu équivalent à un prix de souscription de 2,90 euros/hl. Appliquée à un degré moyen de 12 degrés par hectolitre, elle représente un montant maximum par viticulteur de 5 000 euros. Pour les AOC, un plafond identique de 5 000 euros permettra de porter le niveau de revenu équivalent à un prix de souscription de 3,35 euros/hl.
Menace de réduire les rendements
Cela étant, Dominique Bussereau, qui avait été fort déçu l’an dernier de voir les viticulteurs français apporter seulement à la distillation un peu plus de 1 million d’hl alors que Bruxelles avait permis 1,5 M hl, entend être mieux suivi cette année. C’est pourquoi il a menacé d’user de l’arme de la limitation des rendements si les cuves n’étaient pas déstockées suffisamment avant la prochaine vendange.
Une grande partie de la réussite du plan de distillation va se jouer dans les appellations du Bordelais et le ministre a donnné cet avertissement : « Si la distillation des AOC devait être inefficace, le problème serait de trouver les moyens de limiter les rendements pour la prochaine campagne ».
A noter d’ailleurs que le syndicat des vins de Bordeaux et Bordeaux supérieur, principale appellation de la Gironde, a décidé le 18 avril dernier d’inciter ses adhérents, par une aide supplémentaire à celles de Paris et Bruxelles financée par un emprunt de 15 millions d’euros, à distiller 300 000 hectolitres.