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Produits laitiers/Acquisition/Résultats Parmalat rejette l’offre de Lactalis, qui lève le voile sur ses comptes

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L’OPA de Lactalis sur Parmalat, autorisée par l’autorité boursière italienne, aura lieu du 23 mai au 8 juillet (sauf prolongation éventuelle). Mais la proposition du groupe lavallois, à 2,60 euros par action, a été rejetée par le groupe italien qui ne précise pas pour autant quelle valorisation il juge adéquate. En attendant, Lactalis s’est vu obligé de dévoiler ses comptes dans le cadre de la procédure d’OPA. Principaux enseignements : sans surprise, le groupe est très endetté ; si les résultats sont bons, ils ne sont pas non plus aussi exceptionnels que ce que l’on a pu penser ; Emmanuel Besnier est l’actionnaire majoritaire du groupe ; Lactalis a commencé à s’intéresser à Parmalat dès 2008.

Lactalis a dû donner un certain nombre d’éléments dans le cadre de son OPA sur Parmalat, une première pour ce groupe non coté qui est toujours resté très discret sur ses résultats financiers. En 2010, le résultat opérationnel de Lactalis a crû de 2,3 %, à 624 M EUR, alors que le chiffre d’affaires progressait de 11 %, à 9,4 Mds EUR et le bénéfice net de 9 % à 308 M EUR. Ces résultats portent la marge opérationnelle du groupe à moins de 6 %. A titre de comparaison, celle de Bel atteint 8 % et celle de Bongrain ne dépasse pas les 4 %. Mais en 2008, à 7 %, la marge opérationnelle de Lactalis a dépassé celle de Bel et Bongrain (respectivement 4,3 % et 2,4 %). Les chiffres fournis par Lactalis ne remontent malheureusement pas au-delà. Difficile donc de savoir, sur le long terme, si Lactalis, connu pour saturer ses outils industriels grâce à la fabrication des MDD, est plus profitable que ses concurrents ou pas.

Un endettement élevé, mais que l’acquisition de Parmalat doit améliorer
Autre enseignement de l’offre fournie par Lactalis, et ce n’est pas une surprise après des années riches en croissance externe, le groupe est endetté. Au 31 mars, la dette nette atteint 3,6 Mds EUR, soit plus de 3,5 fois l’Ebitda (994 M EUR), un ratio que le groupe s’engage à abaisser dans un avenir proche. Dans le cas où Lactalis prendrait 55 % des parts de Parmalat (condition de réussite de l’OPA), le rapport entre position financière nette et Ebitda du nouveau groupe se trouverait nettement amélioré, à 2,6, du fait de la bonne santé financière de Parmalat. Il ne devrait, dans ce scénario, emprunter que 1,4 Md EUR supplémentaires. Dans le cas où tous les actionnaires accepteraient l’offre de Lactalis, l’endettement du nouvel ensemble dépasserait 7 Mds EUR et le ratio atteindrait 4,1, avec un besoin en financement de 3,5 Mds EUR. Un pool de banques a déjà été constitué pour financer ce scénario (Crédit agricole, Société générale, Natixis, HSBC). En tout état de cause, Lactalis a affirmé vouloir maintenir la cotation de Parmalat à la bourse de Milan et s’est engagé « à restaurer si nécessaire le flottant minimum permettant une cotation régulière des actions de Parmalat ». D’où un scénario intermédiaire. A 67 %, le besoin en financement atteindrait près de 2 Mds EUR et le ratio endettement net / Ebitda se situerait à 3.

Parmalat rejette l’offre de Lactalis
Ces chiffres donnés par Lactalis correspondent à une offre à 2,60 euros par action. Offre rejetée le 17 mai par le conseil d’administration de Parmalat qui a indiqué avoir « décidé à l’unanimité (...) que le prix offert ne représente pas la valeur du capital économique de Parmalat dans le cadre d’une prise de contrôle ». Mais le groupe italien n’indique pas quel prix il jugerait acceptable. La veille, Antonio Sala, président de la filiale Italie de Lactalis avait fermé la porte à tout relèvement de l’offre. Les 2,60 euros sont moins élevés que les 2,80 euros payés aux fonds Zenit Asset Management AB, Skagen AS et Mackenzie Financial Corporation pour leur participation de 15,3 %, opération qui avait permis à Lactalis de monter à 29 % du capital de Parmalat en mars dernier. L’OPA de Lactalis étant volontaire et n’ayant pas été imposée par l’autorité boursière, le français n’a aucune obligation de relever son offre, qui devient vraiment hostile en raison du rejet de Parmalat. Lactalis rappelle que le prix de 2,60 euros représente une prime de 21,3% par rapport au cours moyen de l’action Parmalat durant les douze mois ayant précédé l’annonce de l’offre. Pour les analystes, le rejet de Parmalat ne devrait pas dissuader les actionnaires de vendre leurs titres. Les syndicats, eux, prennent le parti de Lactalis. Suite à une rencontre avec les dirigeants du groupe lavallois, les syndicats FLAI-CGIL, Uila-UIL et FAI-CISL (les branches agroalimentaires des trois grandes confédérations syndicales italiennes) ont exprimé dans une déclaration commune leur accord de principe au rachat de Parmalat par Lactalis, estimant notamment que cette opération allait avoir des répercussions positives en termes d’emploi.

Emmanuel Besnier contrôle seul la multinationale laitière
Autre enseignement du document publié, c’est Emmanuel Besnier qui contrôle le groupe. Il détient environ 50 % de BSA, le holding principal. Son frère et sa sœur sont actionnaires minoritaires. La famille détient tout le capital, sans aucun apport extérieur. Enfin, le document donne des éléments plus précis que ce qui était communiqué jusqu’à présent sur le détail de l’activité de Lactalis. En termes d’activité, le chiffre d’affaires provient à 46 % des fromages, 17 % du lait, 14 % des produits frais, 11 % des activités beurre crème et 12 % d’autres produits. En termes de zones géographiques, la France pèse 39 % des ventes, suivie de l’Italie avec 13 % des ventes. L’Espagne n’est sans doute pas très loin derrière. L’Europe (hors France et Italie) pèse 33 % des ventes, contre 8 % pour les Amériques, 5 % pour l’Afrique et le Moyen-Orient et 2 % pour l’Asie et l’Océanie. A noter, Lactalis gagne bien sa vie sur le Vieux Continent. Pour rappel, la Canada et l’Australie sont deux zones très importantes chez Parmalat, qui viendrait donc équilibrer la répartition géographique des ventes.

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