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Entremont Pas de modèle pour l’association Sodiaal et Albert Frère

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Par l’ampleur des sommes en jeu mais aussi du fait du croisement entre intérêts privés et coopératifs, la reprise d’Entremont par Sodiaal et Albert Frère ne correspond à rien de connu aujourd’hui. Même si les partenariats entre coopératives et acteurs privés se font de moins en moins rares.

Annoncée le 31 août par le ministre de l’Alimentation Bruno Le Maire, la reprise d’Entremont par Sodiaal et Albert Frère n’a rien d’une opération de routine. Actuellement détenue à 63,5 % par le financier Albert Frère et à 33,5 % par la coopérative Unicopa, Entremont fonctionne aujourd’hui comme une société privée. Celle-ci va devoir se rapprocher d’un groupe coopératif, sachant que la structure finale devra inclure Albert Frère… soit des intérêts privés. Une opération complexe et inhabituelle, car elle concerne la collecte de lait, métier de base de la coopérative Sodiaal. Or, généralement, ce type d’opération mêlant intérêts coopératifs et privés touche le secteur de la transformation.
Des reprises qui n’affectent pas en direct les coopérateurs
Même s’il s’agissait également d’une opération de grande ampleur, la reprise de Socopa par Bigard s’inscrit dans cette catégorie classique. Détenue initialement par huit coopératives, Socopa est entrée dans le giron de Bigard depuis le 1er janvier. Celui-ci en possède 51 %, les anciens actionnaires n’en ayant plus que 34 %. Mais ce rachat n’a affecté que de loin les agriculteurs adhérents des coopératives actionnaires. Même chose lorsque Sodiaal a décidé de se rapprocher de Bongrain en ce qui concerne ses activités fromagères ou lorsque Coopagri Bretagne a choisi de travailler avec Bonduelle sur ses produits surgelés. Les rapprochements peuvent prendre la forme d’une association dans une nouvelle entité mais aussi d’un rachat pur et simple ou encore d’une prise de participation progressive. C’est cette dernière stratégie qu’a par exemple employé Euralis vis-à-vis du groupe Stalaven. La coopérative détient désormais plus de la moitié des parts du producteur de plats cuisinés.
Des alliances avec le privé qui aident les coopératives à se développer
Pour Yves Le Morvan, directeur de Coop de France, « l’alliance des coopératives avec le privé peut leur permettre de lever des capitaux, d’accéder à des savoir-faire et de s’ouvrir à des marchés extérieurs ». Car leur statut ne leur permet pas d’accroître comme elles le souhaitent leurs fonds propres et il limite leur développement territorial. Elles ont donc intérêt à créer des filiales qui fonctionnent en droit privé et peuvent travailler en partenariat avec d’autres acteurs. Et lorsqu’elles s’unissent avec le privé sur leur métier de base, l’opération est en général plus simple que dans le cas Entremont/Sodiaal/Albert Frère. Au moins sur le principe. Quand Union SDA a repris Béghin Say en 2002 à Edison, celui-ci s’est totalement désengagé du groupe qu’il cédait. La coop a ainsi pu gérer seule l’intégration des betteraviers livrant à Béghin Say. Dans le cas d’Entremont, Sodiaal devra tenir compte des souhaits d’Albert Frère.

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