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OGM Pas d’enthousiasme en France pour la pomme de terre Amflora

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Professionnels et environnementalistes français restent sceptiques, qu’il s’agisse d’autoriser la mise en culture de la pomme de terre Amflora ou de nouveaux maïs OGM à l’importation dans l’Union. Les premiers mettent notamment en cause la liberté de choix laissée aux Etats membres, tandis que les seconds doutent de la procédure et du bien fondé de ces autorisations.

Amflora ferait-elle l’unanimité contre elle ? En dehors des semenciers, qui ont estimé que son autorisation constituait une « excellente nouvelle », syndicats agricoles et organisations environnementales françaises ont plutôt mal réagi aux décisions de la Commission européenne concernant la pomme de terre transgénique. Au Salon de l’agriculture, Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, a regretté que la Commission ait dû trancher le dossier faute de décision politique. « On va permettre aux pays moins dogmatiques que le nôtre de produire de l’amidon qui va circuler librement en Europe », a-t-il souligné. LA FDSEA de la Marne s’est pour sa part élevée contre « l’hypocrisie » que représente cette autorisation : chaque Etat membre pouvant décider ou non d’accepter la mise en culture, le ministre de l’Agriculture « cédera certainement à ceux qui semblent influencer le marché made in France, c’est à dire 100 % sans OGM », a-t-elle estimé dans un communiqué. En marge d’une conférence de presse, Christophe Terrain, président d’Arvalis et vice-président d’Orama, a quant à lui « sourit » des craintes de dissémination soulevées par certains. « Nous importons des produits OGM partout en Europe et eux aussi peuvent tomber du camion ! », a-t-il commenté.

Amflora « pas nécessaire »
La Coordination rurale s’est essentiellement inquiétée de l’ouverture des frontières européennes à l’importation de nouveaux OGM. « Ces décisions vont-elles encore faciliter les importations de maïs du continent américain et maintenir durablement le prix actuel très bas de cette céréale ? », s’est-elle questionné dans un communiqué. La Confédération paysanne a remis en cause l’indépendance de l’EFSA (Agence européenne de sécurité des aliments) tout en dénonçant la « régression » que constituait pour la nouvelle Commission cette décision hâtive. Pour elle, la pomme de terre Amflora n’est de toute façon pas « nécessaire » puisque d’autres variétés conventionnelles à haute teneur en amidon existent. Sans surprise, France Nature environnement a dénoncé « fermement » ces décisions qui reposent d’après elle sur des procédures d’évaluation « critiquées et critiquables ». Le 3 mars, les Verts ont affirmé que la France devait « interdire la culture des plants transgéniques », compte tenu notamment « des doutes sérieux qui pèsent sur l’innocuité de ce nouveau plant ».

« Non respect de l’avis des Etats membres »
De son côté, Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat en charge de l’écologie, a signalé en marge du Salon de l’agriculture le 3 mars que la Commission n’avait pas respecté les desideratas des ministres. « La France et l’ensemble des pays européens, à l’unanimité, avaient demandé en décembre 2008 à la Commission de changer de procédure, a-t-elle affirmé. Elle ne l’a pas fait. Sur le fond, on ne reconnaît pas cette expertise ». La secrétaire d’Etat ne voit pas pourquoi « accepter les incertitudes environnementales » liées aux OGM « alors qu’on ne voit pas les bénéfices ». Le sujet nécessite selon elle davantage de recherche et d’expertise.
A priori, le gouvernement français ne devrait pas prendre de décision sans l’avis du HCB (Haut conseil des biotechnologies). Au 4 mars, celui-ci n’avait pas encore été officiellement saisi. Son bureau devait se réunir le 8 mars et définir un éventuel changement de calendrier dans son planning de travail. Amflora risque en tout cas de ne pas être la dernière pomme de terre sur laquelle le HCB aura à se prononcer. Le groupe BASF a d’ores et déjà annoncé qu’il déposerait deux demandes d’homologation d’ici 2011, l’une pour une variété résistante au mildiou, l’autre pour une pomme de terre enrichie en amylopectine.

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