Des bruits de fond semblent attester d’une hausse des prix en grandes surfaces. Pourtant, les observateurs ne notent aucune inflation depuis le début de la crise du Covid-19. Seul le rayon des fruits et légumes voit ses prix augmenter du fait du passage à l’origine France.
« Certaines alertes se font jour sur la hausse des prix de vente aux consommateurs », affirment les sénateurs de la commission des affaires économiques dans un communiqué du 10 avril. Les élus appellent même le gouvernement à créer une « cellule de surveillance des prix d’achat et des prix de vente en grandes surfaces ». L’objectif est de « vérifier si [les hausses] sont justifiées ou si elles relèvent d’opportunités ».
Pourtant, aucune donnée ne vient corroborer ces dires. « Les prix des denrées alimentaires sont globalement stables », estime le gouvernement dans une communication en Conseil des ministres le 8 avril. D’après ce document, les prix ont connu une augmentation de 0,01 % en mars (source Nielsen).
L’institut Iri, estime également qu’« aucune inflation n’est lisible depuis le début de l’épidémie sur les produits de grande consommation (PGC) ». Selon leur calcul, l’inflation a été négative de 0,15 % pour les PGC entre le 24 février et 22 mars, tous circuits de distributions confondus.
Et parmi les principaux intéressés, nombreux sont les distributeurs, à l’instar de Lidl, Intermarché, Carrefour ou Leclerc, à s’être engagés à bloquer les prix sur un certain nombre de produits. « Nous sommes satisfaits de voir que le travail des agriculteurs est reconnu, que les distributeurs eux aussi ont accepté de plafonner leurs marges pour qu’il n’y ait pas de surchauffe pour les coûts consommateurs », se félicite d’ailleurs Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, lors d’un point presse le 10 avril.
Une explication avancée à cette impression de renchérissement du ticket de caisse est l’augmentation des volumes achetés par les ménages. Avec la fermeture des entreprises, des restaurants et des écoles, tous les repas se prennent dorénavant à domicile, nécessitant in fine de faire plus de courses en magasin.
Les fruits français plus chers que leurs concurrents
Deux bémols malgré tout dans cette affaire. En outre-mer, « des alertes ont été exprimées », reconnaît le gouvernement, mais « aucun dérapage général des prix n’a été constaté » et « les distributeurs ont pris des engagements de maîtrise des prix ». Les autorités ont tout de même demandé « un examen détaillé de la situation […] au délégué à la concurrence en outre-mer ».
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C’est donc dans le seul rayon des fruits et légumes frais qu’une hausse des prix est effectivement constatée. « La seule hausse constatée concerne certains fruits et légumes frais » comme les fraises, les concombres, les tomates et les endives notamment en grandes surfaces, précise le gouvernement. Une hausse due, selon lui, à la différence de prix entre les origines française et étrangères, à l’insuffisance de la production française et à l’augmentation du coût du transport.
Une explication que corrobore la coopération agricole. « La perception d’un prix plus élevé par le consommateur sur certains fruits et légumes s’explique notamment par une réorientation de l’approvisionnement des distributeurs vers des produits d’origine France dont les coûts de production sont plus élevés, notamment le coût de la main-d’œuvre, par exemple deux fois plus élevé en France qu’en Espagne », explique-t-elle.
Mais l’impact de ces hausses reste toutefois « limité, au regard de la consommation mensuelle de fruits et légumes », relativise le gouvernement. « Le surcoût lié à l’achat de produits français en légumes et fruits n’est que 12 à 15 euros par ménage et par mois, c’est supportable, soutient Christiane Lambert. Manger français, ça a un prix, l’autonomie alimentaire, c’est important, la sécurité sanitaire et alimentaire aussi. »
« Aucune inflation n’est lisible depuis le début de l’épidémie »
La grande distribution poursuit sa progression (Nielsen)
La première semaine d’avril (du 30 mars au 5 avril) a de nouveau été marquée par la progression des ventes en grande distribution : +6,5 % en valeur par rapport à la même semaine l’an passé, explique Nielsen dans une note du 9 avril. Les grandes tendances de consommation restent globalement les mêmes. Le drive (+78,3 %) et les livraisons à domicile (+77,5 %) sont encore en forte progression. L’e-commerce représente désormais 10,6 % des ventes de produits de grande consommation et de frais libre-service. Sa part de marché était de 6,1 % début février. Les magasins de proximité développent également leur vente. À l’inverse, les hypermarchés sont boudés par les consommateurs (-13,4 % pour ceux de plus de 3 500 m2). Au sein des linéaires, ce sont les surgelés, tant salés (+32 %) que sucrés (+17 %), qui ont été fortement plébiscités. Viennent ensuite les rayons crémerie (+17 %), épicerie salée (+14 %), puis épicerie sucrée (+9 %). Parmi les rayons alimentaires, seuls les alcools ont connu une baisse des ventes (-8 %).