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Jean-Michel Lemétayer « Pas question d’accepter le modèle agricole brésilien »

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« Je tourne sans regret la page de 2005 », a lancé le président de la FNSEA Jean-Michel Lemetayer en présentant le 4 janvier ses vœux à la presse. Il n’en a pas moins expliqué à quel point l’année qui s’ouvre est pleine de périls : la mise en application de la réforme de la Pac (politique agricole commune), les suites de la conférence de Hong Kong avec la réduction des aides à l’export ; les discussions prochaines à Genève sur les tarifs douaniers, les relations avec la grande distribution, les coûts énergétiques, etc. Autant d’aléas qui péseront sur l’avenir des exploitations. « Il n’est pas question d’accepter le modèle agricole brésilien », a résumé le leader syndical. Autrement dit, l’agriculture française doit rester à taille humaine avec un engagement de l’Etat pour sa pérénnité. Pour s’assurer de cet engagement, J.-M. Lemétayer a demandé un rendez-vous avec le Premier ministre.

Même si c’est difficile à expliquer sur le terrain, les contraintes internationales doivent être tenues pour extrêmement importantes, a expliqué en substance Jean-Michel Lemétayer le 4 janvier à l’occasion de la présentation de ses vœux, entouré de ses secrétaires généraux et de Christiane Lambert. Ainsi, pour 2006, les discussions à Genève sur les droits de douane vont être déterminantes pour la préférence communautaire.

Les conséquences de Hong Kong

Une discussion d’autant plus importante qu’elle suit une promesse de l’Europe, à Hong Kong, de démanteler les subventions à l’exportation pour 2013 et ceci « sans parallèlisme obtenu de la part des Etats-Unis». L’Europe, et la France en particulier va-t-elle être obligée de recevoir tous les produits agricoles du sud de la planète ? Le président de la FNSEA craint qu’on en prenne le chemin, alors que « on ne peut pas être ouvert à tout ! Le Brésil et l’Argentine ne sont pas des pays en voie de développement sur le plan agricole».

Ne pas payer les DPU !

Autre aléa pour 2006, la mise en application de la réforme de la Pac. « Avec le découplage, on a encore du mal à faire de la prospective», affirme Jean-Michel Lemétayer qui s’interroge sur les implications économiques de la nouvelle Pac.

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Ce qui est sûr, en revanche, c’est ce qui se passe dès aujourd’hui sur le terrain. « Nous sommes en phase de paperasserie», dit-il. Cette paperasserie consiste à signer des clauses de transfert de DPU (droit à paiement unique) lorsque des terres ont été cédées entre 2000 et 2003. Or, certains cédants seraient tentés de monnayer ces DPU. « Il n’est pas question d’accepter de payer pour récupérer des DPU », clame Jean-Michel Lemétayer : « S’il y en a qui veulent les faire payer, il faudra qu’ils s’expliquent devant les CDOA ».

Alléger les charges

De fait, la lutte est plutôt aujourd’hui à l’allègement des charges, compte tenu d’un contexte qui ne s’y prête pas : les coûts de l’énergie sont à la hausse tandis que la pression des grandes surfaces reste aussi forte. « Nous ne voulons pas faire les frais de l’opposition entre les grandes surfaces et leurs fournisseurs de l’agroalimentaire », déclarait le président de la FNSEA. Il a été échaudé l’an dernier par la baisse des revenus agricoles qui ne lui fait pas « regretter de tourner la page de 2005 ».

Autant de sujets d’inquiétude qui devraient être exposés au Premier ministre si celui-ci accepte de recevoir prochainement la FNSEA. J.M. Lemétayer compte également lui demander de bien concrétiser les promesses faites en matière de biocarburant, de continuer à étoffer le plan bâtiment d’élevage, de relancer la promotion des produits agricoles à l’étranger mais aussi de s’engager sur le développement rural qui risque d’être mis à mal par les perspectives budgétaires européennes.