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Gaz à effet de serre Pas si simple, l’équation viande/réchauffement climatique

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Paul McCartney peut se vanter d’avoir provoqué l’émotion dans la filière viande. Le 3 décembre, l’ex-Beatles a en effet plaidé en faveur d’une journée sans viande au Parlement européen. Une intervention qui a suscité la colère des acteurs de la filière viande. Mais la complexité de cette polémique rend impossible un débat manichéen qui consisterait à savoir si l’élevage a un effet positif ou négatif sur l’environnement. A ce jour, aucune solution miracle n’a émergé. Seules des prises de positions continuent de nourrir la controverse.

Une journée sans viande pour réduire l’impact de l’élevage, c’est ce qu’a proposé l’ex-Beatles, lors de son intervention au Parlement européen le 3 décembre 2009. Une thèse soutenue par l’expert mondial du climat Rajendra Pachauri qui a cité le célèbre rapport de la FAO L’ombre de l’élevage : « Dégradation des sols, pénuries en eau, impact énorme sur le changement du climat, pollution de l’atmosphère, pertes de biodiversité : l’élevage est l’un des deux ou trois plus grands contributeurs aux problèmes environnementaux. » Or, cette affirmation est contredite par les chiffres du Citepa (Centre interprofessionnel technique de l’étude de la pollution atmosphérique) selon lesquels les émissions de gaz à effet de serre imputables à l’élevage en France sont de 11%, contre 27% pour les transports, 21% pour l’industrie et 20% pour le logement, etc...

Un menu végétarien controversé
Sans aller jusqu’à prôner une suppression complète de la consommation de viande, certaines associations plaident néanmoins en faveur de sa diminution afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est notamment le cas de Réseau action Climat France qui a publié un document intitulé Des Gaz à effets de serre dans mon assiette avec le soutien de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et du ministère de l’Ecologie et du Développement durable. Dans son fascicule, l’association appelle à réduire la consommation de viande, considérée comme « très émettrice de gaz à effet de serre ». Elle explique que la production des aliments du bétail utilise des engrais azotés, responsables des émissions de protoxyde d’azote, un des principaux gaz à effet de serre. L’association fait aussi une forte distinction entre les espèces : « Toutes les viandes n’émettent pas la même quantité de gaz à effet de serre et, au final, produire 200g de poulet émet dix fois moins de gaz à effet de serre que produire la même quantité de bœuf », explique le document de Réseau action Climat France.

Les bovins produisent du lait
Or, pour les professionnels de la viande, les leviers d’action ne se situent bien évidemment pas au niveau de la consommation de produits carnés. Louis Orenga, président du CIV (Centre d’information des viandes), a réagi à l’intervention du chanteur : « C’est people ! C’est comme si on me demandait d’aller parler des droits d’auteur au Parlement européen. Si on n’abat pas les bovins pour consommer de la viande, on va augmenter les gaz à effets de serre. Il y a là une contradiction. Et puis les végétariens consomment du lait. Or en Europe, les deux tiers des vaches sont laitières. La viande est un sous-produit laitier. » Il ajoute : « Laisser penser qu’une augmentation de la consommation de viande va augmenter les gaz à effet de serre, c’est de la désinformation. Le cheptel bovin européen baisse depuis une dizaine d’années. En France aussi. C’est donc faux de dire que nous contribuons de plus en plus au réchauffement climatique. »

Selon les milieux
Mais cette question dépasse le simple clivage « pour ou contre l’élevage ». Lionel Vilain, de l’association France Nature Environnement explique la complexité du débat : « Dans certains milieux, l’élevage est indispensable parce qu’il constitue le seul ou principal moyen de valoriser l’espace en ressources alimentaires. » Il précise ensuite son propos en donnant un cas caractéristique, celui du régime carnivore des Esquimaux (phoque, baleine, poisson) commandé par des nécessités écologiques. « On ne peut donc assimiler ce type de consommation aux feed-lots de plus de 10 000 têtes. Comme le rendement métabolique de la transformation des protéines végétales en protéines animales est désastreux, il se traduit inévitablement par des problèmes de pollutions locales », explique-t-il, ajoutant qu’ « à l’inverse, en montagnes françaises par exemple, l’élevage valorise l’espace en aliments, produit des paysages, de l’eau et une biodiversité de qualité. La consommation de lait ou de viande qui en découle forcément en est donc une conséquence directe. »

L’intensif peut être plus écologique
Quant au calcul de l’impact réel de l’élevage sur l’augmentation des gaz à effet de serre, il intègre une multitude d’autres éléments à part la seule émission de méthane. Patrick Veysset, ingénieur de recherche au sein de l’Unité de Recherche sur les Herbivores à l’INRA de Clermont-Theix explique : « si on se focalise juste sur les émissions de méthane, la facture environnementale est lourde, c’est certain. » Le chercheur pointe du doigt un autre aspect fondamental : « Si l’on considère uniquement les émissions brutes, c’est-à-dire les gaz à effet de serre émis par l’acte de production d’une tonne de viande (intégrant les émissions liées à la fabrication, le transport et l’utilisation des intrants, matériels et bâtiments), elles sont moindres dans un système de production intensif que dans un système extensif. Mais si l’on considère cette fois les émissions nettes, celles prenant en compte le stockage de carbone dans les prairies, on n’a plus du tout les mêmes chiffres : selon la part de prairies dans le système de production, le stockage de carbone permet de compenser 5 à 50 % des émissions brutes. »
D’autres arguments peuvent aussi se greffer sur ce discours scientifique. « Les bilans ne sont pas simples », explique Lionel Vilain qui évoque l’érosion induite par le surpâturage éventuel mais également l’entretien du milieu, la lutte permanente contre l’embroussaillement et les risques d’incendie comme externalités positives. « La qualité des paysages induit également une activité économique indirecte via le tourisme de nature qui n’existerait pas dans un milieu totalement embroussaillé et reforesté », note-t-il, en concluant que « tout l’élevage de montagne n’est pas obligatoirement vertueux (beaucoup d’éleveurs achètent des aliments du bétail issus des plaines et du Brésil), mais pourtant, les systèmes herbagers de montagnes sont globalement soutenables sur le plan écologique. »
Autant d’élements à prendre en compte dans la mise au point d’outils de calcul plus objectifs, destinés à apporter des réponses à un problème qui concerne tant notre assiette que notre planète. Paul McCartney aurait pu en tenir compte avant de lancer son slogan.

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