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Sécurité alimentaire Pascal Lamy évoque un problème d’équilibre entre production et commerce

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Concentration de la production et des échanges agricoles, assurés par quelques pays, casse-tête africain, travail inachevé à l’OMC : le directeur général de l’OMC estime qu’il faut « se poser les bonnes questions » et « trouver le bon équilibre politique en matière de production alimentaire et de commerce international »

«Est-il prudent que la production agroalimentaire mondiale reste concentrée dans une poignée de pays seulement ? », a demandé Pascal Lamy dans un discours prononcé lors d’une conférence organisée le 8 février à Genève par The Economist sur le thème « Nourrir le monde ». Aujourd’hui, a précisé le directeur général de l’OMC, « cinq pays produisent 70 % du riz mondial, trois 80 % de notre soja, cinq 70 % de notre maïs ». « Et cette concentration de la production est reflétée, voire accentuée, dans les échanges internationaux, a-t-il poursuivi. Par exemple, 85 % de tout le soja sur le marché international est exporté par seulement deux pays. De toute évidence, nous jouons avec notre avenir si nous n’améliorons pas les politiques agricoles qui empêchent ce secteur de décoller dans les autres coins du globe ».

L’Afrique, « pièce manquante du puzzle »

M. Lamy a ensuite souligné que le continent africain représentait « 1/7e de la population mondiale, mais 1/4 de sa sous-alimentation ». « L’Afrique est une des régions du monde avec les niveaux les plus bas de commerce intra-régional dans le domaine alimentaire, a-t-il constaté. Quand l’Afrique a besoin de nourriture, seulement 10 % de celle-ci provient d’autres pays africains, et le reste doit venir d’ailleurs ».
Selon le directeur général de l’OMC, « l’Afrique est la pièce manquante du puzzle de la sécurité alimentaire. C’’est le continent avec la plus grande superficie de terres arables en jachère. Si l’Afrique est considérée aujourd’hui comme un problème pour la sécurité alimentaire, elle peut très bien en détenir la clef demain ».

L’Uruguay Round, « travail inachevé »

Abordant la question des échanges de produits agricoles, qui représentent « seulement 7 % du commerce mondial », M. Lamy a rappelé que « les deux tiers des pays sont, dans le monde d’aujourd’hui, importateurs nets dans le domaine alimentaire, et seulement un tiers exportateurs nets ». De plus, a-t-il ajouté, « les échanges de produits alimentaires sont plus sophistiqués aujourd’hui, les deux tiers environ portant sur des produits transformés ». « 70 % du commerce de l’Europe se fait au sein de l’Europe, pas seulement pour l’alimentation mais pour tous les produits, tandis que 50 % du commerce de l’Amérique du nord et de l’Asie est intra-régional. 25 % dans le cas de l’Amérique latine », a expliqué le directeur général de l’OMC. « L’Afrique, comme je l’ai dit plus tôt, se distingue à cet égard ».
Sur la plan multilatéral, « la conclusion de l’Accord sur l’agriculture lors de l’Uruguay Round en 1994 a été un événement historique, sans aucun doute, (...) mais ce fut toutefois un travail inachevé », a estimé par ailleurs M. Lamy.
« Aujourd’hui, des subventions élevées qui faussent la concurrence persistent dans beaucoup de pays développés, a-t-il averti. C’est ce qui a conduit à la formation de la coalition du G20 entre pays en développement exportateurs agricoles à l’OMC. Ils veulent rétablir le déséquilibre qui perdure dans les règles de l’OMC ».
« Pour résumer, trouvons le bon équilibre politique en matière de production alimentaire et de commerce international », a conclu l’ancien commissaire européen au commerce, jugeant nécessaire de « se poser les bonnes questions ».

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