Dans un entretien à Agra industrie, Pascale Keppenne, responsable de la représentation bruxelloise des industries transformatrices de fruits et légumes, se dit plus inquiète des conséquences des négociations EU-Mercosur que de l’élargissement. Elle plaide pour le maintien de règles de « concurrence loyale », en matière d’hygiène et de sécurité sanitaire des aliments en particulier.
Agra Industrie : Vous avez annoncé des perspectives de transformation peu importantes dans le secteur des légumes surgelés. Les fruits et légumes transformés ne bénéficient donc pas des politiques nutritionnelles ?
Pascale Keppenne : Pour l’année 2004, nous sommes prudents. La consommation des légumes est globalement stable. Trop souvent, les politiques nutritionnelles et les prescripteurs orientent les consommateurs vers les fruits et légumes frais. Or, nous savons que dans l’assiette, au moment de la consommation, les apports nutritionnels des fruits et légumes transformés sont au moins équivalents à ceux des fruits et légumes frais. Le message doit donc être rendu plus clair. Nous envisageons de travailler avec la Commission européenne sur un programme de promotion qui pourrait bénéficier aux fruits et légumes transformés.
A.I. : Les délocalisations se multiplient dans l’agroalimentaire. Avec l’élargissement, le processus va-t-il s’accélérer ?
Pascale Keppenne : Des problèmes de compétitivité ne sont pas à exclure. Toutefois, le niveau de vie dans les nouveaux pays membres va s’accroître de même que la fiscalité. Pour ces raisons, les risques de délocalisation sont réduits. D’autant que les grandes entreprises qui s’y implantent complètent leur gamme. S’installer à l’Est leur permet de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier d’un point du vue du risque climatique, par exemple. Par ailleurs, sur ces marchés à fort potentiel de croissance, elles se positionnent pour alimenter les marchés locaux et exporter vers la Russie. En Europe occidentale, les entreprises qui fabriquent des produits élaborés ne vont pas abandonner la première transformation, ne serait-ce que pour garder le contrôle de la fabrication des produits de base.
A.I. : Par quoi sont alors justifiées vos craintes de l’élargissement ?
Pascale Keppenne : Notre préoccupation majeure est celle de la sécurité et de la qualité des produits. Cela a un coût et demande des efforts ainsi qu’une vigilance constante. Nous devons travailler dans des conditions de concurrence loyale. Parvenir à un niveau de sécurité alimentaire uniforme est fondamental car, si un pays européen est touché par un incident, aussi mineur soit-il, tous les produits du secteur affecté s’en ressentent quelle que soit leur origine.
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A.I. : Les grandes restructurations dans le secteur arrivent donc à leur terme ?
Pascale Keppenne : Certains changements vont continuer de s’opérer, mais ils seront sans doute de moindre envergure que par le passé. Cela dépendra essentiellement de la concurrence des pays tiers (hors UE) et des négociations bilatérales que la Commission européenne mène tous azimuts. Les protections douanières sont déjà très basses, si on les diminue encore, que va-t-il rester ? Pourra-t-on encore parler de concurrence loyale ? Qu’en sera-t-il des paramètres de qualité et de sécurité homogènes lorsque l’on sait que le Mercosur réclame – dans le cadre de la négociation en vue d’un accord commercial bilatéral – des aménagements aux contraintes phytosanitaires de l’UE ?
AI. La Commission européenne revoit actuellement la réglementation sur les résidus de pesticides dans les aliments (LMR) et la liste des produits phytosanitaires autorisés pour vos fournisseurs. Y êtes-vous favorable ?
Pascale Keppenne : Nous sommes pour une approche systématique et européenne sur ce dossier. L’harmonisation de la liste communautaire des produits autorisés et des LMR doit être la priorité. De plus, il faut qu’à l’avenir l’AESA Autorité européenne pour la sécurité des aliment ait un rôle de surveillance et de contrôle réel.
(1) Organisation européenne des industries transformatrices de fruits et légumes