Dans un contexte de crise aiguë chez les producteurs, le président de la Fédération nationale porcine (FNP), Paul Auffray appelle au développement d'outils de sécurisation des revenus, comme la contractualisation ou la couverture sur les marchés à terme. Durant l'assemblée générale de la FNP, le 12 juin, le ministre de l'Agriculture devrait annoncer des mesures d'encadrement des promotions.
Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a demandé, le 31 mars dernier, à l'interprofession porcine de trouver un accord sur l'encadrement des promotions, sans quoi il interviendra lui-même par arrêté ministériel. Où en êtes vous ?
Si nous ne trouvons pas d'accord interprofessionnel la semaine prochaine, on se dirige probablement vers un arrêté du ministère. Le projet d'arrêté paraît d'ailleurs plus ambitieux que notre projet d'accord interprofessionnel, notamment sur la question de l'amplitude des prix. Ce que nous voulons in fine, c'est un encadrement des périodes et des prix.
Comment illustrer l'ampleur de la crise que traverse actuellement la production porcine française ? Quelles sont les solutions que vous préconisez pour relancer la production?
C'est une crise d'une ampleur jamais connue. Les éleveurs sont en mode survie, nous avons affaire à une situation explosive. Nous pouvons tout faire péter d'ici la fin de l'année. Et c'est toute la filière qui se dirige vers un mur. Nous militons depuis longtemps pour plus de compétitivité, de stabilité réglementaire pour permettre aux éleveurs d'investir, de travailler sur les coûts et les charges. Mais nous constatons que la situation est la même que l'année dernière. Même en faisant des efforts de compétitivité, le marché actuel ne rétribue plus les éleveurs français. Il rétribue peut-être nos voisins européens, mais pas nous.
Justement, l'Espagne et l'Europe du nord, dont les productions progressent, ont tablé pour un système intégré. La France doit-elle aussi changer de modèle ?
Collectivement, nous n'avons pas la volonté de copier bêtement les modèles qui nous entourent. Nous n'avons pas en France la culture de l'intégration verticale, mais nous voulons trouver des relations commerciales qui permettent à chaque maillon de vivre. Nous avons axé l'assemblée générale sur la contractualisation. Elle ne pourra pas se faire sans l'aval. Nous sommes à 1,40 euro le kilo payé net au producteur, et à 6 à 8 euro le kilo en magasin.
« Les éleveurs sont en mode survie, nous avons affaire à une situation explosive. »
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Dans les systèmes d'intégration, il y a forcément des arbitrages entre maillons. En France, la production est laissée de côté. Toute la logique économique de la filière est supportée par l'amont, cela ne peut pas continuer.
Le rôle du marché du porc breton (MPB) doit-il évoluer ? Faut-il développer les marchés à terme dans le secteur ?
On lui fait porter beaucoup trop de responsabilités. Le marché au cadran a une vertu, c 'est de fixer une cotation transparente, et de commercialiser une quantité significative de lots. C'est une pierre angulaire, mais on doit y ajouter la contractualisation. On peut imaginer qu'un producteur vende une partie de ses porcs en spot, et une partie en contrat. Aujourd'hui, il n'y a aucun filet de sécurité. Il est grand temps que l'on apporte des éléments de sécurité aux producteurs, qui doivent supporter des investissements de plus en plus importants. Il n'y a pas de raisons que l'on ne mette pas en place dans la filière porcine des outils pour gérer la volatilité.
Quel bilan faites-vous de la démarche Porc français ? Doit-elle évoluer ?
Nous militons pour développer sa notoriété, mais il faudra développer des éléments qualitatifs, l'adosser à un cahier des charges – depuis plusieurs années, il n'est plus adossé au cahier des charges QT. Nous avons sur ce point une fin de non-recevoir de la part des abatteurs. Certains acteurs de la filière réfléchissent même à faire du porc français une origine premium – qui concernerait toutefois la quasi-totalité du porc français.
Finalement vous pensez, comme les producteurs de Terrena, que les producteurs de porcs français ne seront jamais concurrentiels avec les Espagnols sur les produits standard, et qu'il faut se différencier ?
On le dit différemment, mais cela revient au même.