En pleine crise porcine, le président de la Fédération nationale porcine (FNP) Paul Auffray plaide pour plus de segmentation du marché français du porc. La FNP opère un tournant idéologique. Pour elle, les demandes de baisse des charges et d’étiquetage porc français sont nécessaires, mais ne sont plus suffisantes pour sortir les éleveurs de la crise. Pour la FNP, produire au cours mondial est devenu « mission impossible ».
Que reprochez-vous au président des groupements (UPGVB) qui a demandé la fin du fameux 1,40 €/kg, autrement dit la fin du soutien des prix par la grande distribution ? Il souhaitait, comme vous, éviter que le cadran ne disparaisse. Est-ce qu’il n’a pas fait le sale boulot pour la filière ?
Il fallait le faire autrement. Nous savions que le 1,40 n’était pas un objectif en soi, et que la situation allait être difficile à gérer à l’automne. Mais se faire le porte-parole des abattoirs, je n’ai jamais vu ça ! Il fallait reprendre les discussions dans la filière, et demander des contreparties à la distribution. L’union des groupements a cassé tout le travail syndical que nous avons fait cet hiver, auprès de la grande distribution et des industriels.
Vous avez dénoncé cette semaine au Mans le « conservatisme du microcosme porcin français ». De qui s’agit-il, et en quoi consiste ce conservatisme ?
Le microcosme, c’est celui qui compose la filière porcine, où chaque famille reste campée sur ses certitudes. Actuellement, les représentants économiques axent toute leur stratégie sur la baisse des charges et l’étiquetage. Je pense que c’est utile, mais pas suffisant. L’environnement économique a beaucoup évolué depuis 10-15 ans. Elargissement européen, dérégulation, mondialisation et bientôt négociations transatlantiques. Il y a tous les ingrédients pour déstabiliser l’élevage français.
Vous plaidez notamment pour la segmentation du marché du porc. Quelles sont les pistes à explorer selon vous ?
Produire au cours mondial en France, c’est devenu mission impossible. Il faut segmenter d’avantage, faire valoir ce que l’on sait faire. La démarche de Terrena est symptomatique. C’est vers ce type de réflexion que nous devons aller dans toute la filière : plutôt que de pousser des cochons sur le quai et de les vendre à n’importe quel prix, réfléchir à son marché, aux consommateurs. Je pense que c’est l’une des seules stratégies pour sortir du marasme. Il faut changer d’état d’esprit, mettre sur la table tous les éléments de notre production : bien-être, démédication… La segmentation ne veut pas forcément dire Bio : cela veut dire reconquérir naturellement le marché français à partir de nos savoir-faire. Revendiquer l’origine sans espèce de différenciation va être difficile à moyen terme.
Le cadran assure un même prix de base pour tous, quel que soit l’abattoir, et représente une forme d’équité entre éleveurs – on voit d’ailleurs qu’en son absence, les prix « maison » mettent à mal la solidarité entre éleveurs et groupements. En prônant la contractualisation, est-ce que vous ne prônez pas aussi la fin d’une forme d’équité, le prix unique ?
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Il faut déjà constater que même avec le cadran, deux éleveurs de la même commune livrant à deux abattoirs différents ne sont pas toujours payés au même prix : en fonction de démarches qualités ou d’orientations commerciales différentes. Nous défendons un prix de référence pour tous, mais nous ne revendiquons pas un prix identique pour tous – je n’y crois pas. C’est une erreur que d’opposer le cadran et les autres démarches. Le cadran doit être le socle de toute démarche commerciale et contractuelle ; contractualiser, ce n’est pas tourner le dos au cadran. Aujourd’hui je ne suis pas certain que tous les abattoirs soient capables de payer au même prix. S’ils ont des marchés différents, pourquoi paieraient-ils au même prix ?
Votre analyse sur la filière porcine bretonne s’applique-t-elle à d’autres filières typiques du modèle breton, comme le poulet export, le lait, les légumes ?
Je ne sais pas exactement de quoi on parle avec le modèle breton. Moi je vois des élevages de toutes tailles, des gens qui sont restés travailler au pays. Il est vrai que toutes les productions bretonnes se trouvent un peu face à un mur. On l’a vu dans la filière volailles ; certaines entreprises ont réagi tôt et se sont reconcentrées sur le marché intérieur. À l’inverse, d’autres sont restées sur les marchés export à base de restitutions : on voit le résultat, des éleveurs en moins. Éliminer les éleveurs, c’est tellement facile.
Marché du porc breton : un projet de convention pour réformer le cadran
Après de nombreuses réunions entre acheteurs et groupements sur la réforme du fonctionnement du marché du porc breton (MPB), « un projet de convention est sorti et a été proposé à toutes les entreprises », annonce, le 21 octobre, le président du cadran, François Pot. Le retour des entreprises est attendu sous « une huitaine de jours ». Le président ne souhaite pas encore dévoiler le contenu de la convention. « Il s’agit d’une évolution, pas d’une révolution », estime-t-il. Selon nos informations, les opérateurs s’étaient mis d’accord, la semaine dernière, sur la suppression d’un tour de marché (deux aujourd’hui) et de la barre de retrait en début de séance.
Porc : le président de la FNP dénonce le conservatisme du « microcosme porcin français »
Lors d’une conférence organisée au Mans par l’Aftaa (alimentation animale), le président de la Fédération nationale porcine (FNP) a vivement dénoncé le conservatisme du « microcosme porcin français ». « Dès que vous exprimez une idée nouvelle, vous êtes systématiquement flingué, il va falloir que ça change », souhaite Paul Auffray, notamment au sujet de la contractualisation. « Les groupements sont contre les démarches qualité, les contrats, le fonds porcin, mais quand il faut baisser les prix, ils sont là ! », estime-t-il. Parmi la dizaine de rapports produits sur la filière porcine depuis 2004, « je ne sais même pas si une seule proposition a été retenue », regrette-t-il. « Cela me désespère ! »