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Paul Lê, co-fondateur et co-CEO de la Belle Vie : « Le business model de la Belle Vie fonctionne »

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Paul Lê, con fondateur et co CEO de la Belle Vie Crédits : © la belle vie

Les sociétés de livraison de courses alimentaires à domicile ont connu une forte activité pendant les périodes de confinement. Elles sont maintenant durablement installées dans le paysage, mais seules les mieux organisées s’en sortiront. La Belle Vie, seul pure player en Europe à maîtriser un catalogue de 17 000 produits frais et d’épicerie, livrés en 1 à 3 heures aux clients, affiche un business plan rentable. La société vient de lever 25 millions d’euros pour poursuivre son développement dans les grandes agglomérations françaises, tout en déployant son offre de livraison en quinze minutes de produits du quotidien dans Paris.

La Belle Vie vient de lever 25 millions d’euros, dans le cadre d’un financement mené par deux fonds d’envergure internationale, Left Lane et Quadrille Capital. Que peuvent vous apporter ces spécialistes des investissements technologiques ?

Il s’agit de deux fonds assez puissants et spécialistes des entreprises dites « consumer ». Left Lane, un fonds new-yorkais, investit dans des sociétés qui offrent des solutions de commerce électronique et ou de services pour le grand public. Il a énormément de données sur tout ce qui concerne les produits drivés par la data. Et son retour d’expériences sera très utile au développement de la Belle Vie. Quant à Quadrille Capital, une société d’investissement indépendante spécialisée dans la technologie et la santé aux États-Unis, en Europe et en Chine, elle dispose du savoir-faire pour aider les entreprises à « scaler », c’est-à-dire se développer à l’échelle jusqu’à devenir des structures très importantes, ce que deviendra un jour, peut-être, la Belle Vie. En tout cas, Alban Wienkoop, mon associé, et moi nous donnons les moyens d’y arriver.

Il est dit que la Belle Vie a construit son succès et sa croissance sur un choix de produits frais et du quotidien tout à fait inédit dans le secteur. En quoi votre offre est-elle inédite ?

Nous proposons un grand catalogue de 17 000 produits, dont 800 fruits et légumes, mais aussi de la fromagerie, de la viande, du poisson frais… des vins et spiritueux, avec des spécificités uniques, qui sont livrés aux clients en une à trois heures. Et nous sommes les seuls à proposer cela en France. En plus, nous couplons ce service avec une nouvelle offre de Quick Commerce capable de livrer en quinze minutes plus de 2 500 produits du quotidien dans tout Paris, baptisée Bam Courses. En fait, la Belle Vie est le premier pure player en Europe à maîtriser un aussi grand catalogue et une livraison aussi rapide. Un service que nous n’assurons pour le moment qu’à Paris, mais qui va rapidement se développer sur le territoire et, pourquoi pas, un jour à l’international, avec l’appui de nos actionnaires.

D’autres services de livraison ne proposent-ils pas eux aussi ce genre de services ? Et des spécialistes comme Amazon ne sont-ils pas de sérieux concurrents ?

Nous ne sommes pas sur le même segment. Les services de livraison de courses existants aujourd’hui en France ont des catalogues de produits beaucoup plus limités, autour de 2000 références, qui s’apparentent plus à des livraisons de première nécessité ou de confort. Si je devais utiliser une image en termes de positionnement, je dirais que la Belle Vie s’apparente à un Monoprix, quand les autres sont plus proches d’un Franprix. La Belle Vie se positionne plutôt comme la nouvelle génération des services de retailers de type Hourra (groupe Cora, ndlr), dont certains existent depuis une vingtaine d’années, avant même internet.

Quant à la concurrence d’Amazon, le groupe a arrêté en mars dernier son service de livraison « prime now » après cinq ans d’existence, sans doute pour des questions de rentabilité. La Belle Vie a trouvé la bonne formule.

Comment réussissez-vous à assurer des livraisons aussi variées en un laps de temps aussi court ?

Nous sommes propriétaires de nos propres entrepôts de marchandises, avec des salariés en CDI, qui assurent la réception et l’organisation des commandes. Nous disposons de sept entrepôts à Paris actuellement et notre partenariat avec Super U nous permet de bénéficier de meilleures conditions d’achat auprès de sa centrale d’achat. Et surtout, notre logiciel interne est capable d’orchestrer la gestion du catalogue de produits tout en maîtrisant la commande et le process logistique. Aujourd’hui, 90 % environ de nos livraisons sont sous-traitées auprès de huit sociétés spécialisées. Mais à terme, nous n’excluons pas d’internaliser ces livraisons.

Auprès de combien de fournisseurs vous approvisionnez-vous ?

Tout confondu, nous comptons 600 fournisseurs différents, petits et gros, avec lesquels nous travaillons, parfois pour de petites quantités et sur des produits que les consommateurs ne trouvent pas dans la grande distribution.

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À quoi comptez-vous utiliser les fonds levés ?

Ces fonds vont nous permettre d’accélérer notre croissance en prenant des parts de marché en France et de doper notre R & D pour poursuivre le développement de notre logiciel. Notre but est d’installer la Belle Vie sur l’ensemble du territoire. Notre objectif est de dupliquer ce que nous avons fait à Paris dans une dizaine de grandes agglomérations comme Lille, Lyon, Bordeaux, Toulouse ou Marseille et ce, dès le début de l’année. Et nous comptons également poursuivre le développement de notre offre Quick Commerce. De 550 salariés actuellement, nous pourrions arriver ainsi à 1 000 collaborateurs avec ces déploiements.

L’activité de la Belle Vie est-elle rentable et quel est le niveau du résultat d’exploitation ?

Nous ne donnons pas ce chiffre, mais aujourd’hui le modèle de l’entreprise est rentable, il l’a d’ailleurs été très rapidement. Et c’est probablement ce qui nous différencie de la grande majorité des foodtech aujourd’hui. Nous nous sommes toujours attelés à surveiller très finement nos marges et internaliser tous nos process..  Le business model de la Belle Vie fonctionne.

La société devrait terminer l’exercice 2021 sur un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros, contre 25 millions en 2020. Et en 2022, l’activité ne devrait pas doubler, mais nous devrions réaliser une croissance des ventes d’au moins 50 à 70 %.

Comment se répartit le capital de la Belle Vie ?

Nous comptons une trentaine d’investisseurs, dont aucun ne détient la majorité. Mais mon associé et moi faisons partie ensemble des plus gros actionnaires.

"Notre logiciel interne est capable d’orchestrer la gestion du catalogue de produits tout en maîtrisant la commande et le process logistique"

"Notre objectif est de dupliquer ce que nous avons fait à Paris dans une dizaine de grandes agglomérations" sur le territoire

Un marché en pleine évolution

Dans une étude récente sur le marché des courses en ligne, intitulée « Les nouveaux business models du e-commerce alimentaire - Quick commerce, drives piéton, plateformes, marketplaces : quelles opportunités pour la grande distribution ? », Xerfi Precepta a fait le tour des différents acteurs, petits et gros. Si les courses alimentaires en ligne tous circuits confondus, « représentent désormais 13 milliards d’euros dont 85 % entre les mains de la grande distribution », les géants de la GMS sont talonnés par « de nouveaux agitateurs », constate Xerfi. Des start-up de la livraison qui pour poursuivre leur développement « ont levé pas moins de 3 milliards d’euros en 2021 », rappelle encore l’expert. Selon lui, « les pure players spécialisés dans l’alimentaire vont continuer de se démarquer en raison de leur forte capacité d’innovation sur des segments, voire des niches comme le bio sur abonnement ». Xerfi Precepta estime également que ces pure players « constituent des proies potentielles pour les acteurs de la grande distribution qui procèdent par croissance externe ». Une consolidation du marché déjà à l’œuvre qui devrait se poursuivre, sachant que la recherche de la rentabilité, pas facile à trouver, reste l’un des freins majeurs dans l’accélération des stratégies e-commerce.

Après un bond en avant de 40 % des ventes en ligne des GMS en 2020 en France, Xerfi Precepta estime que « les achats alimentaires en ligne devraient ainsi gagner plus de deux points par rapport à la période d’avant-crise pour représenter 10,5 % des ventes de PGC et FLS (produits de grande consommation et frais libre-service) en 2023 ».