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Charcuterie-salaison Paul Prédault recherche repreneur désespérément

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Les petits actionnaires de Paul Prédault doivent en perdre leur latin. Ils étaient sortis quelque peu rassérénés de la récente assemblée générale du groupe après les paroles optimistes que leur avait prodiguées le p.-d.g., Alain Prédo, tant sur le redressement de l’entreprise que sur le savoir-faire commercial de Monique Piffaut, présentée alors comme la future propriétaire . Or, après la rupture intervenue entre le groupe et le holding Turenne Lafayette cet été, tout reste à refaire.

Alain Prédo et Monique Piffaut, dirigeants des deux parties, se renvoient dos à dos la responsabilité de la rupture. Le premier a indiqué dans un avis financier que l’acquéreur n’a « pas obtenu à la date d’échéance, le 15 juillet 2003, la confirmation des concours bancaires nécessaires à cette acquisition ». La seconde fait valoir que « certains points du protocole n’ont pas été remplis par Paul Prédault». « Les banques nous ont donné leur accord, affirme Monique Piffaut, mais nous avons demandé un audit supplémentaire », qui a été refusé. « Certaines questions sont restées sans réponse et cela est d’autant plus regrettable que nous avons ramené des marchés à Paul Prédault, qui se retrouve d’aplomb au niveau des référencements», assure la présidente de Turenne Lafayette, qui garde malgré tout espoir de parvenir à un rapprochement.

Vicissitudes

Il faut dire que les deux dirigeants semblaient attendre beaucoup de l’opération. Pour Alain Prédo, à raison de 6,364 euros par action, la prime atteignait 82 % par rapport au dernier cours coté avant la suspension, soit une valeur globale de 22 millions d’euros pour le groupe. L’on était sans doute très loin du prix qu’avait pu proposer en son temps l’américain Sara Lee, mais depuis lors, le groupe a subi nombre de vicissitudes qui pèsent lourdement sur ses comptes depuis 1998. En 2002 encore, après quatre années de pertes, l’entreprise a affiché un déficit de 5,2 millions d’euros, divisé par deux par rapport à l’année précédente.

Pour Monique Piffaut, qui convoitait Paul Prédault depuis quelque temps déjà, il s’agissait d’acquérir une marque notoire, qui viendrait, comme William Saurin, contrebalancer le poids des marques de distributeurs dans son portefeuille, et renforcer une activité charcuterie déjà développée à travers Henri Antoine, Le Vexin et les Salaisons des Mont d’Arrée. Le chiffre d’affaires net net de ce pôle d’activité atteint aujourd’hui 119 millions d’euros, mais, assure la dirigeante, il pourrait dépasser les 152 millions, avec un dispositif industriel adéquat.

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Porte pas close

Interrogés, nombre de nos interlocuteurs se montrent perplexes. Sans doute, la responsabilité dans la non-concrétisation de l’accord est-elle partagée, conjecture un observateur. Peut-être Monique Piffaut, escomptait-elle trouver « plus de gras » dans l’entreprise, s’interroge-t-il, posant la question du devenir de l’immobilier. En tout cas, une chose est sûre : Alain Prédo souhaite vendre. Si la porte de Turenne Lafayette ne semble pas fermée, peut-être travaille-t-il à réactiver les deux autres marques d’intérêt qui lui avaient été adressées naguère, comme il l’a déclaré devant ses actionnaires.

A cet effet, il pourra arguer d’une note positive : la croissance de 9,2 % des ventes du groupe au second trimestre 2003, après une chute de 11,9 % au cours des trois premiers mois de l’année. Il est vrai que, pour l’ensemble des opérateurs, le début de l’année s’est révélé maussade pour la consommation de charcuteries, tendance qui s’est inversée par la suite, avec des mois d’été tout à fait satisfaisants, selon les premières constatations. Et si les cours du porc ont bondi subitement de 20 % à la mi-juillet, cette flambée s’est au final réduite à un feu de paille.