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Allied Domecq : accord au sommet entre Pernod et Diageo Pernod Ricard écarte la menace d’une contre-offre

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Pernod Ricard a pris les devants. Face aux menaces que faisaient peser une éventuelle contre-offre, lancée à l’initiative de Constellation Brands, et le chantage de Diageo, le groupe français vient de s’entendre avec ce dernier. Le directeur général du groupe britannique, numéro un mondial des spiritueux, propriétaire de la vodka Smirnoff, du whisky Johnnie Walker et de la bière Guinness, avait indiqué la semaine dernière que son groupe était tout disposé à cofinancer une reprise d’Allied Domecq, à condition de pouvoir mettre la main sur des marques, sans préciser lesquelles précisément. En marge de la conférence annuelle de la fondation Wine and Spirit Eduction, le 1er juin , Paul Walsh avait en effet confirmé l’ « intérêt extrême » qu’il prendrait à la consolidation du secteur, se disant prêt à en discuter avec Pernod Ricard ou avec le consortium emmené par l’américain Constellation Brands, leader mondial du vin.

Ce consortium, qui inclut le groupe américain de spiritueux Brown Forman et les fonds d’investissement Blackstone et Lion Capital, a jusqu’au 29 juin pour lancer une éventuelle contre-offre formelle. Jusqu’à récemment, seule une « offre indicative », jugée « hautement conditionnelle » par Allied Domecq, avait été faite. Selon un article publié par le Financial Times du 3 juin dernier citant des sources proches du dossier, Constellation Brands aurait engagé les banques Citigroup, Merrill Lynch et Bank of America pour financer une offre à hauteur de 14 milliards de dollars. Le premier négociant en vins du monde aurait ainsi approché le groupe Allied Domecq , mais sans lancer d’offre formelle contrairement à Pernod Ricard, dont l’offre a été approuvée par la direction du groupe convoité. A taux de change actuels, l’offre de Constellation Brads s’élève à 11,4 milliards d’euros, contre 10,9 milliards d’euros pour le groupe français, associé avec Fortune Brands. Dans la foulée de la tactique opportuniste de Diageo, cette effet d’annonce a-t-il fini de convaincre Pernod Ricard qu’il fallait à tout prix s’assurer le soutien de Diageo pour garantir le succès de son offre ?

Diageo récupèrerait la marque challenger de whisky écossais

Parvenant à ses fins, Diageo a passé des accords avec Pernod Ricard pour récupérer deux marques dans le cadre du rachat d’Allied Domecq. A condition que l’offre du Français réussisse, Diageo achètera au groupe français, pour 200 millions de livres (environ 297 M EUR), le whisky irlandais Bushmills, un créneau dont le groupe britannique était jusqu’à présent absent. Vieux de presque quatre siècles, le whisky Bushmills est le plus vendu au monde derrière le Jameson. « Nous dominons très largement le marché mondial des whiskies irlandais, expliquait-on au sein du groupe français pour justifier ce choix. Céder à un bon prix Bushmills, qui ne représente que 15 % du marché mondial, constitue plutôt une opportunité ». Pernod Ricard conserverait en effet la mainmise sur le marché du whisky irlandais avec les marques Jameson, Paddy et Powers, soit plus de 50 % du marché.

Pernod Ricard concèderait 4 millions de caisses de vins

Le groupe britannique s’est vu accorder également une option d’achat exclusive et gratuite sur les vins néo-zélandais Montana d’Allied Domecq, pour 320 millions de livres (476 M EUR), à l’exception des marques Corbans, Stoneleigh et Church Road. Sans les marques qu’il consent à céder, Pernod Ricard engrangerait 8 millions de caisses de 9 litres de vin, contre les 12 millions initialement prévus. Diageo a indiqué qu’il exercerait son option d’achat une fois qu’il aura déterminé si l’acquisition sera synonyme de gains de croissance et de revenus accrus pour les actionnaires. Ces deux acquisitions sont vouées à être finalisées à la fin 2005 ou début 2006. En contrepartie, Diageo a accepté « de cesser toutes discussions avec une quelconque tierce partie relatives à des actifs actuellement détenus par Allied Domecq », et s’est engagé à « ne pas acquérir ou céder d’actions Allied Domecq sans l’accord de Pernod ». Pour le français, c’ est « la preuve de sa confiance dans notre victoire », a déclaré un porte-parole du groupe.

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Un calendrier à peine modifié

Afin de se donner plus de temps pour reformuler son offre en tenant compte de cette nouvelle alliance, l’assemblée générale extraordinaire de Pernod Ricard, qui doit approuver l’acquisition d’Allied Domecq, a par conséquent été reportée du 20 au 30 juin. Ce report doit permettre aux actionnaires d’examiner l’offre du groupe britannique Diageo de récupérer deux marques dans le cadre de cette transaction. De leur côté, les actionnaires d’Allied Domecq doivent se prononcer, à une majorité de 75 % des voix, le 4 juillet en assemblée générale sur l’offre de Pernod qui, si elle réussit, devrait être conclue le 26 juillet. Pour lancer une éventuelle contre-offre formelle, le consortium emmené par Constellation Brands a jusqu’au 29 juin, date limité imposée par l’autorité de tutelle britannique. Mais, maintenant écartée toute possibilité de participation de Diageo à l’offre concurrente, le camp adverse perd un allié de taille. Grâce à cet accord commercial hautement stratégique entre Pernod et Diageo, qui rejoint le « camp des gagnants », Pernod Ricard a très certainement tué dans l’œuf la contre-offre et s’assure de mener à bien l’opération.

Une « victoire » assurée

Mardi 7 juin, dès le lendemain, le titre Pernod Ricard était en hausse après l’accord signé avec Diageo, dont l’action grimpait également, tandis que de son côté le titre Allied Domecq cédait du terrain. Les analystes se sont félicités de l’accord. Ainsi WestLB a relevé sa recommandation sur Diageo à « neutre » contre « sous-performance », expliquant que l’accord va augmenter la pénétration de Diageo sur le marché mondial du vin tout en améliorant encore les chances de réussite de l’offre de Pernod sur Allied Domecq. Lehman Brothers a calculé de son côté que la transaction aurait un effet positif d’environ 1 % sur le bénéfice par action de Diageo, et un effet dilutif d’autour de 3,5 % pour Pernod. La maison de courtage estime ainsi à près de 75 % la probabilité que Pernod Ricard rachète Allied au prix prévu, à 20 % celle qu’il doive effectivement subir une contre-offre et à 5 % qu’il renonce à l’acquisition. Pas de doute, avec cet accord au sommet, Pernod Ricard s’est vraisemblablement offert la victoire.