L’acquisition d’Allied Domecq devait être une très bonne affaire pour Pernod Ricard, mais il fallait disposer des résultats du premier semestre pour le vérifier. Avec un chiffre d’affaires grossi comme prévu de 66,7 %, le groupe français engrange déjà les bénéfices d’une intégration réussie plus vite qu’annoncé : son résultat opérationnel courant a bondi de 70 % à 767 millions d’euros et son résultat net a progressé de plus de 50 % à 488 M EUR. Pour autant, le groupe se donne le temps de parachever cette intégration et son désendettement avant de penser à de nouvelles croissances externes.
Patrick Ricard peut se flatter d’avoir dissipé toutes les craintes des investisseurs en promettant même que le résultat net courant par action progresserait sur l’ensemble de l’exercice de 15 % plutôt que de 10 % qui était le bas de la fourchette annoncée en juillet.
Dynamisme des marques historiques
Pour les six mois se terminant fin décembre, le chiffre d’affaires hors droits et taxes de Pernod Ricard s’est élevé à 3,268 milliards d’euros, en hausse de 66,7 %, a annoncé le numéro 2 mondial des vins et spiritueux. Aux Amériques, il progresse de 117,4 % (895 M EUR), en Asie et dans le reste du monde de 76,1 % (881 millions) et en Europe de 50,4 % à 1,1 milliard. En France, l’augmentation de l’activité est nettement moins importante avec +21,4% à 357 M EUR.
Le semestre a été marqué par le dynamisme des marques historiques du groupe puisque sa croissance interne a atteint 4,5 %, essentiellement grâce à la contribution des quatre marques Chivas (+13 %), Jameson (+12 %), The Glenlivet (+10 %) et Martell (+9 %). La forte rentabilité de ces marques a permis de faire passer le taux de marge brute de 60,1 % à 61,3 %. Grâce à leur profitabilité accrue, l’effort publi-promotionnel a pu être très soutenu (+11 % pour les marques clés). Au total, la contribution après publi-promo des marques historiques atteint 815 M EUR (croissance interne de +5 %).
L’Amérique premier contributeur
Les marques acquises auprès du groupe Allied Domecq ont contribué pour 1 milliard d’euros au chiffre d’affaires. Pourtant, certaines ont souffert d’opérations de déstockage comme le whisky Ballantine’s et le gin Beefeater, dont les ventes ont reculé respectivement de 11 % et 7 %. Mais le rhum Malibu a déjà progressé de 3 % et la vodka Stolichnaya, qui doit devenir « l’alternative à la vodka suédoise Absolut » de 10 %.
L’intégration réussie des marques du britannique sur cinq mois est conforme aux attentes du groupe et reflète une profitabilité comparable (486 M EUR de contribution après publi-promo) à celle du portefeuille historique.
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La mise en œuvre rapide de l’intégration et des synergies de coûts a généré une économie correspondant dès ces six premiers mois à 40% de l’objectif final fixé à 300 M EUR dont 270 M au niveau administratif à l’horizon du second semestre et à 30 M au plan industriel courant 2007 (essentiellement dans l’embouteillage en Ecosse).
Les frais de structure s’élèvent ainsi à 534 M EUR, soit 16,3 % du chiffre d’affaires, contre 17 % un an plus tôt. Ceci, combiné à la rentabilité du nouveau portefeuille, a généré une forte croissance du résultat opérationnel courant à 767 M EUR (+70 %) et une amélioration immédiate du taux de marge opérationnelle de Pernod Ricard qui passe de 23 à 23,5 %. C’est dans les Amériques que la croissance du résultat opérationnel courant est la plus spectaculaire avec +134,3 % (248 MEUR). Signe de l’internationalisation complète du groupe, il réalise plus de la moitié de ce résultat avec l’Amérique et l’Asie. Plus précisément, le résultat a augmenté en Asie et dans le reste du monde de 57,3 % à 159 MEUR et en Europe, il a augmenté de 58,4 % à 291 M EUR. Et en France de seulement 13,3% à 70 M EUR. Sur le marché français, l’apport des marques d’Allied est moins décisif qu’ailleurs, mais Ballantine’s, Malibu ou Mumm constituent de bons relais de croissance susceptibles de compenser l’érosion des anisés.
Au niveau des éléments non courants, les plus-values sur cessions d’actifs (Bushmills, Seagrams Vodka,…) ont compensé les charges de restructuration ainsi que diverses charges non récurrentes liées à l’opération de rachat d’Allied Domecq.
Au total, le résultat net part du groupe s’élève pour ce semestre à 488 M EUR, en croissance de 51 %. Au 31 décembre, Pernod Ricard avait réduit sa dette de plus d’un milliard d’euros depuis l’acquisition d’Allied Domecq qui l’avait fait monter fin juillet à 8,774 Mds d’euros. La cession de Dunkin’Brands, Glen Grant, Old Smuggler et Braemar au premier trimestre 2006 pour un montant net d’impôt d’environ 1,5 Md devrait encore accélérer le désendettement.