Un chiffre d'affaires 2003 consolidé hors taxes vins et spiritueux de 3,419 milliards d'euros, une croissance interne à + 8,1 %, malgré un impact des changes de -8,3 % permettent au groupe Pernod Ricard d'envisager les résultats financiers en nette progression pour un exercice marqué par un recentrage sur les vins et spiritueux.
Contrastée, l'année 2003 aura été un bon cru pour Pernod Ricard. Malgré la guerre en Irak, la canicule en France et en Europe, le SRAS en Asie, la baisse du trafic aérien et des achats en duty-free, le chiffre d'affaires consolidé hors taxe du groupe de vins et spiritueux a enregistré une croissance interne de 8,1 % sur l'exercice 2003 (contre 4,1 % en 2002) à 3,408 milliards d'euros. L'effet dollar et, plus généralement, les variations de taux de change ont eu un impact de -8,3 % sur le chiffre d'affaires du groupe français. Son CA total s'est élevé à 3,534 milliards d'euros contre 4,836 milliards d'euros l'année précédente – le 1,302 milliard manquant représente les activités cédées en 2002 dans le cadre du recentrage du groupe sur les vins et spiritueux.
Développement « prometteur » en Russie
Pernod Ricard se présente volontiers comme un groupe mondial qui sait s'adapter aux particularités locales des pays où il est implanté et, de fait, il commercialise plusieurs centaines de marques dont les réseaux de distribution constituent des actifs non négligeables qui facilitent une rapide implantation de ses marques-phares. Ainsi, seules quelques marques mondiales contribuent vraiment à la marge du groupe. Une douzaine, même, lui rapporte 63 % de son CA et 29,4 % des volumes (voir tableau). Au deuxième semestre dernier, celles-ci ont enregistré une croissance en pleine accélération (+6,4 %) par rapport aux premiers six mois de l'année (+0,2 %).
Parmi ces marques, Chivas (+7%) et Martell (+8%), rachetées auprès de Seagram, font bonne figure. Quelque peu délaissées par le groupe canado-américain, l'une et l'autre ont renoué avec la croissance. L'Asie est ainsi devenu le premier marché du scotch Chivas, grâce à sa progression en Chine, où la marque est la quatrième du marché, à Taiwan, en Malaisie et à Hong Kong. La Russie est le deuxième marché de Chivas. Des progressions « prometteuses » ont également été enregistrées en Espagne (+11 %) et en Grèce (+23 %). En revanche, les volumes sont restés « stables » aux Etats-Unis. En Amérique latine, l'année a été « difficile » (-4 %) malgré un « vif rebond » au quatrième trimestre. La Chine est devenu le premier marché de Martell Cordon Bleu. La marque de cognac a également enregistré une forte croissance au Royaume-Uni et un développement « prometteur » en Russie et en Irlande. Cependant, elle a connu une baisse sur l'ensemble de l'exercice aux Etats-Unis.
« Effet Sarkozy »
Au total, la croissance interne du groupe a surtout été tirée par les Amériques (+12,4%) et l'Asie (+17,9%). Mais si l'Asie permet au groupe d'enregistrer ses meilleures performances, c'est avec un basculement du Japon sur la Chine, la Malaisie et Taiwan. Malgré les difficultés liées à la conjoncture économique, l'Amérique latine a connu un retournement au dernier trimestre 2003 tandis que l'Amérique du Nord a enregistré une croissance interne soutenue sur l'ensemble de l'année aux Etats-Unis (+5,7 % au premier semestre et +7,2 % au second), avec des chiffres spectaculaires pour le whiskey irlandais Jameson (+18 %) et la marque de vin australien Jacob's Creek (+7,2 %).
En Europe, l'environnement s'est révélé « difficile », notamment en France, en Irlande et en Pologne. La France, qui ne représente plus que 17% du chiffre d'affaires total en 2003, a vu ses ventes tituber en 2003. La conjoncture économique, la canicule, les mesures anti-alcool au volant ont eu un fort impact sur les ventes (-1%) en 2003. « L'“effet Sarkozy” a continué de jouer à plein, nous nous sommes contentés de défendre nos parts de marché», a déploré Patrick Ricard, p.-d.g. du groupe. Bien qu'en amélioration sur le second semestre, les volumes des marques de pastis Ricard (-5%), Pastis 51 (-7%) et de scotch Clan Campbell (-5%) ont reculé.
Autres marchés difficiles en Europe, l'Irlande et la Pologne. En Irlande, le groupe a dû faire face à une augmentation des taxes de 42 % fin 2002. « Sachant que les Irlandais dépensent 11 % de leur budget en boissons, nous ne pouvons pas espérer une amélioration de la situation », a expliqué Patrick Ricard. En Pologne, c'est encore une augmentation du prix de vente qui est à l'origine des mauvais résultats du groupe mais les raisons en sont tout autres. « Les taxes ont fortement baissé en Pologne car le gouvernement s'est aperçu que leur très haut niveau favorisait une fraude très importante, a déclaré le p.-d.g. du groupe français. Mais en raison de l'entrée de la Pologne dans l'Union européenne, nous avons été amenés à augmenter le prix de la vodka Wyborowa afin d'éviter des transferts sur d'autres marchés. »
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Hors France, la croissance interne en Europe (+4,7 %) est surtout due aux marchés de l'Europe du Sud (Italie, Grèce), au Royaume-Uni ainsi qu'au fort développement à l'Est (République tchèque et Russie). L 'Espagne a été marquée par une stabilité des volumes et des performances « contrastées » selon les segments ; le gin Larios poursuit ainsi son déclin, à -5 %.
Acquisition aux Etats-Unis
L'année 2003 a été bonne « aussi bien sur le plan financier que sur le plan commercial ». Patrick Ricard a annoncé une progression du bénéfice courant, avant plus-values et éléments exceptionnels, d'environ 5% par rapport à celui de 2002 (597 millions d'euros). Hors effets de change et éléments exceptionnels, cette hausse sera « au-dessus » de la prévision de +15% effectuée le 25 septembre dernier et de +10% en mai dernier. Les résultats financiers du groupe pour 2003 seront annoncés le 18 mars prochain.
Pernod Ricard, qui a fortement réduit son endettement au cours du deuxième trimestre de l'exercice 2003, endettement qui avait correspondu à l'acquisition des marques Seagram, est toujours à la recherche d'une acquisition aux Etats-Unis, pays où il occupe encore un rang mineur. « Alors qu'on nous classe au 2e-3e rang mondial, nous sommes 7e aux Etats-Unis », a expliqué Patrick Ricard. « Si des choses se présentent, nous les regarderons et si rien ne se fait, c'est que rien ne se sera présenté. Nous trouverons quelque chose mais à des conditions qui nous conviennent », a-t-il précisé.
Parmi les nouveaux produits qui doivent être lancés cette année : la petite bouteille de pastis Ricard « ready-to-drink » introduite en grande distribution, Havana Loco en cocktails aux fruits de la passion et au citron, également en « ready-to-drink », Bushmills en Cream au Royaume-Uni… « Si la croissance est au rendez-vous, nous aurons en 2004 une croissance comparable à 2003, a annoncé Patrick Ricard, espérons que 2004 soit un été normal… ni trop chaud ni trop frais, et quant à l'alcool au volant, nous pensons que les consommateurs sauront s'organiser, ce qui nous fait espérer une petite reprise en France.»
Au total, la croissance interne du groupe a surtout été tirée par les Amériques (+12,4%) et l'Asie (+17,9%) « En raison de l'entrée de la Pologne dans l'Union européenne, nous avons été amenés à augmenter le prix de la vodka Wyborowa afin d'éviter des transferts sur d'autres marchés »