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Conjoncture Peste porcine africaine : les inquiétudes des industriels de la charcuterie

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L’épidémie de peste porcine africaine n’est pas encore arrivée en France, mais sa présence avérée en Belgique sur des sangliers questionne les industriels français de la charcuterie. Si jamais elle était identifiée en France, ou en Allemagne, et que les élevages de porcs étaient touchés, toute la filière française serait perturbée, dans ses approvisionnements ou ses débouchés. Les exportations seraient durement touchées sachant que nombre de pays n’appliquent pas le principe de régionalisation.

L’épidémie de peste porcine africaine n’est pas encore arrivée en France, mais sa présence avérée en Belgique sur des sangliers questionne les industriels français de la charcuterie. Si jamais elle était identifiée en France, ou en Allemagne, et que les élevages de porcs étaient touchés, toute la filière française serait perturbée, dans ses approvisionnements ou ses débouchés. Les exportations seraient durement touchées sachant que nombre de pays n’appliquent pas le principe de régionalisation.

En cet automne 2018, à quelques jours du lancement du Sial à Paris, une manifestation synonyme de développement des exportations pour de nombreux opérateurs, le secteur de la charcuterie industrielle s’interroge sur son avenir. Le climat n’est pas des plus sereins alors que l’épidémie de peste porcine africaine (PPA) est aux portes de la France. Cela fait des années que l’épidémie est en Europe, que les pays luttent avec plus ou moins de succès contre son extension vers l’ouest, mais la situation s’est accélérée à la fin de cet été avec son arrivée en Belgique. Alors que la PPA était présente en Pologne avec certitude, on s’attendait à son irruption plutôt en Allemagne dans le sillage de sangliers infectés qui auraient franchi la frontière, mais c’est en Belgique qu’elle a été identifiée début septembre.

Ce « surgissement » de l’épidémie a immédiatement entraîné la mise en place d’une zone de restriction, entourée d’une zone de surveillance autour des régions belges où les sangliers infectés ont été retrouvés. Rien d’étonnant à cela car il s’agit de la procédure habituelle. Comme le rappelle Bernard Vallat, président de la Fict, fin connaisseur de la question des épizooties en tant qu’ancien DG de l’Office international des épizooties (OIE), « la mise en place d’une zone de restriction et d’une zone de surveillance est la norme mondiale ratifiée par 180 pays membres de l’OIE et reconnue par l’OMC. » Et d’ajouter : « Les pays qui ne l’ont pas appliquée ont été lourdement condamnés, y compris en appel », rappelle-t-il.

Appliquer la régionalisation

En mettant en place une zone de restriction, les produits issus de cette zone ne peuvent plus circuler. C’est justement la position de la Fict : « Nous soutenons l’application de cette norme, l’UE la respecte, mais ce n’est pas le cas de tous les pays. » En effet, la Chine, et plusieurs autres pays d’Asie, ne tiennent pas compte du principe de régionalisation, utilisant la non-application comme une arme au service du protectionnisme. C’est justement ce qui s’est passé dans le cas de la Belgique. Immédiatement après avoir révélé la présence du virus, six pays, dont la Chine et la Corée du Sud, ont suspendu leurs importations de viande de porc de Belgique au mépris du principe de régionalisation et alors même que seuls des sangliers sont infectés, pas les porcs d’élevage. "Tous les pays tiers (hors-UE, ndlr) d’exportation se sont fermés, la Belgique exportait 100 000 tonnes, c’est énorme !", s’est exclamé Paul Rouche, directeur délégué de Culture Viande, le 4 octobre.

Si jamais le virus apparaissait en France, ce qui est une hypothèse sérieusement envisagée aujourd’hui sachant que le virus a été identifié à une dizaine de kilomètres de la frontière française, plusieurs marchés du grand export se fermeraient immédiatement. « Sur les 6 à 7 % des charcuteries françaises exportées, 80 % sont destinés à l’Europe, mais 20 % sont expédiés dans le reste du monde », souligne Bernard Vallat. Certes, les charcuteries thermisées sont indemnes de PPA car en étant chauffé, le virus disparaît. Mais ce n’est pas le cas des salaisons où la PPA subsiste. « Les conséquences d’une fermeture des marchés seraient particulièrement lourdes pour les salaisons », souligne Bernard Vallat. En 2017, les exportations chinoises ont été marginales, mais d’autres pays représentent des débouchés importants et valorisés, comme la Corée du Sud, le Japon ou encore les Philippines. Certains pays servent aussi de plateforme de réexpédition vers d’autres marchés, et sont stratégiques dans l’architecture des exportations.

L’Asie est justement un axe de développement important. La Fict y mène depuis plusieurs années des actions de promotions, et certains industriels ont obtenu des agréments de leurs équipements pour exporter vers ces marchés, à l’issue de procédures particulièrement longues.

Désorganisation de la production en Europe

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Plus près de chez nous, en Europe, les conséquences d’une extension de l’épizootie, si elle devait toucher l’Allemagne pourraient être particulièrement lourdes. « L’Allemagne exporte 800 000 tonnes de porc vers la Chine, et si ce marché se fermait, ces volumes seraient immédiatement déversés sur les marchés européens, avec une baisse des prix générale qui toucheraient notamment les producteurs français », explique le président de la Fict. C’est donc tout le marché européen qui en subirait les conséquences. Le phénomène s’est déjà produit à plus petite échelle après la fermeture aux produits charcutiers belges : "Les prix intérieurs ont baissé de 24 centimes en quelques semaines, de 1,40 euro le kilo payé au producteur, à moins de 1,20 euro", selon Paul Rouche.

Autre source d’inquiétude sur le marché intra-européen : une remise en cause du principe de régionalisation. Ainsi le 28 septembre, les autorités vétérinaires tchèques ont-elles fait savoir que des « contrôles » seraient introduits à compter du 2 octobre sur la viande de porc importée des pays touchés par la PPA. Il s’agit de huit pays (Belgique, Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne et Roumanie) où l’épizootie a été confirmée, a indiqué l’administration vétérinaire sur son site web. Le ministre tchèque de l’Agriculture Miroslav Toman s’est même justifié dans un communiqué : « Considérant la situation en Europe, nous devons protéger nos élevages de porcs, ainsi que le marché, contre une extension potentielle de l’infection. »

Les consommateurs pourraient aussi se détourner de la consommation de charcuteries, dont le marché est déjà en petite forme. Certes, la PPA n’est pas transmissible à l’homme, mais une information incomplète du grand public pourrait contribuer à créer une confusion dans les esprits, voire à instiller le doute quant à la salubrité des produits.

Les filières porcines demandent des clôtures

Dans l’immédiat, les organisations professionnelles font monter la pression pour demander que tout soit mis en œuvre pour bloquer l’arrivée du virus en France. « La pose de clôtures autour de la zone géographique infectée définie par les autorités belges semble la seule solution, à l’instar de ce qu’ont fait les autorités tchèques », a expliqué Inaporc le 8 octobre. L’interprofession porcine partage la même demande avec ses homologues d’Allemagne, de Belgique, du Danemark, d’Espagne et des Pays-Bas. Selon elles, il y a urgence, et elles sont même prêtes à participer financièrement à leur installation. « La mise en place de dispositifs visant à prévenir les mouvements de sangliers depuis la zone infectée belge vers le territoire national est en cours d’étude », avait indiqué le ministre Stéphane Travert le 2 octobre, écartant la mise en place de clôtures.

Les organisations européennes estiment qu’il est « indispensable de redéfinir les règles qui régissent les relations commerciales internationales. Il est notamment nécessaire d’intégrer les normes de l’OIE dans les protocoles sanitaires et de différencier la situation sanitaire des sangliers de la faune sauvage de celle des porcs d’élevage ». La filière demande aussi la régionalisation vis-à-vis de certains pays, un problème qualifié de « politique et non technique » par Bernard Vallat pour souligner la difficulté à le surmonter. Mais tout espoir n’est pas écarté. Selon Culture Viande, la régionalisation a pu être obtenue des autorités japonaises après un cas de peste porcine classique dans les Ardennes.

Nouvelles mesures de prévention en France

Deux arrêtés du 8 octobre 2018, publiés le 9 octobre et d’application immédiate, visent à harmoniser, préciser et renforcer les mesures de surveillance ou de prévention de la peste porcine africaine (PPA) dans les zones d'observation (ZO : Ardennes, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle) et dans les zones d'observation renforcée (ZOR : 134 communes dans 3 des 4 départements, hors Moselle). Le premier arrêté interdit toute forme de chasse et tout agrainage du gibier en ZOR. Le second arrêté concerne les «mesures de prévention et de surveillance dans les exploitations de suidés». Les mesures de biosécurité à mettre en œuvre de façon obligatoire en ZO sont précisées. En particulier, «des doubles clôtures sont exigées dans tous les élevages plein air», souligne le ministère. Ce texte impose également un «nettoyage-désinfection complet» des camions transportant des suidés. Il prévoit aussi des «audits de biosécurité qui seront réalisés par des vétérinaires mandatés par les services de l’État.