À quelques jours d’écart, l’agglomération de La Rochelle et les ONG ont dénoncé le rôle des pesticides dans les cancers infantiles recensés en Nouvelle-Aquitaine. Si la collectivité demande un moratoire sur le prosulfocarbe, les ONG veulent plus largement donner accès aux données d’épandage, et augmenter les distances par rapport aux riverains.
« L’Assemblée nationale devra légiférer, mais en attendant nous allons agir au niveau local », tranche Marc Maigné, médecin et élu à la communauté de communes de La Rochelle, interrogé par nos confrères de RMC. À l’origine de l’ire des élus rochelais, une étude présentée par l’association Atmo France Nouvelle-Aquitaine lors d’un conseil de l’agglomération le 7 juillet. Selon ce rapport, les concentrations en prosulfocarbe dans la plaine agricole d’Aunis, à l’ouest de la Rochelle, atteindraient 5 ng/m3 en moyenne annuelle, un niveau bien supérieur aux autres sites de mesure de la région, comme le Cognaçais (0,1 ng/m3).
Or, une étude publiée par l’Inserm et le registre des cancers de Poitou-Charentes en 2020 avait comptabilisé six cancers chez des enfants et adolescents dans deux villages situés dans cette plaine. Un chiffre alarmant qui avait encouragé les élus à lancer cette campagne de mesure des pesticides dans l’air. Dans une motion adoptée le 7 juillet, l’agglomération de La Rochelle demande donc « un moratoire sur l’utilisation du prosulfocarbe » sur son territoire. Le ministère de l’Agriculture aurait par ailleurs confirmé à RMC qu’un « travail d’analyse démarre » avec la préfecture.
Un lien entre leucémies et expositions maternelles
Sur Twitter, certains n’hésitent pas à évoquer des « concentrations records » d’herbicide dans l’air. Dans son rapport, Atmo Nouvelle-Aquitaine souligne pourtant que « des niveaux de concentrations en prosulfocarbe du même ordre de grandeur ont pu être observés dans les plaines céréalières françaises telles que dans les régions Centre-Val de Loire, Hauts-de-France et Grand Est ». D’après la campagne exploratoire menée en 2019 par l’ensemble des associations de surveillance de l’air, les zones de grandes cultures présenteraient d’ailleurs 4,3 ng/m3 de prosulfocarbe dans l’air en moyenne, avec un maximum relevé de 13 ng/m3. S’il est avéré, le rôle du prosulfocarbe dans ces cancers infantiles pourrait donc être un enjeu national.
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Dans son expertise de 2021, l’Inserm estime cependant que la présomption scientifique est « moyenne » concernant le lien entre les leucémies chez les professionnels et l’exposition aux herbicides de la famille des thiocarbamates – celle du prosulfocarbe. Mais, de manière plus générale, les scientifiques soulignent dans le même rapport une présomption « forte » concernant les expositions maternelles professionnelles aux pesticides dans leur ensemble, et le risque de leucémies infantiles, sur la base de près de neuf études distinctes et d'une méta-analyse.
Les ONG veulent l'accès aux registres d'épandage
Des résultats présentés lors de la restitution de l’étude Géocap-Agri au ministère de la Santé le 29 juin semblent confirmer ces éléments. Selon un communiqué de la Confédération paysanne, de FNE et de Générations futures, les travaux des scientifiques seraient « clairs ». « Le risque de développement de leucémies aiguës pour un enfant augmente à chaque augmentation de la proportion de surface en vigne de 10 % dans un rayon de 1 000 mètres autour du domicile des enfants », résume le communiqué.
Alors que le dispositif sur les zones de non-traitement (ZNT) prévoit des distances d’épandage de 5 à 10 m en vigne, « c’est dans un rayon de 1 000 m que vient d’être mis en évidence cette augmentation de risque de leucémies », insistent les militants. En plus de l’augmentation des distances de traitement, les organisations demandent donc de rendre accessibles « les registres d’épandage donnant connaissance des molécules utilisées à la parcelle et de leurs quantités ». Une mesure qui, poursuivent-ils, devra s’accompagner d’« un vaste plan de conversion de notre agriculture vers un modèle agricole vraiment durable, tel que l’agriculture biologique ».