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Pesticides : des études non transmises à l’UE sur la toxicité

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Plusieurs fabricants de pesticides ont soustrait aux autorités européennes des résultats de tests qui mettraient en évidence les effets néfastes de leurs substances sur le cerveau d’animaux de laboratoire exposés in utero, selon une étude publiée le 1er juin.

Dans une étude publiée le 1er juin par la revue Environnmental Health, le chimiste Axel Mie et la toxicologue Christina Rudén montrent que plusieurs fabricants de pesticides ont soustrait aux autorités européennes des résultats défavorables de tests de toxicité pour le neurodéveloppement fœtal menés entre 2001 et 2007. Selon le Monde, ces tests mettaient en évidence les effets délétères de leurs substances sur des animaux de laboratoire exposés in utero.

Pour parvenir à ces résultats, les deux scientifiques suédois ont comparé les données transmises par les fabricants de pesticides aux autorités américaines, d’une part, et européennes, d’autres part. Ils ont ainsi pu identifier neuf pesticides* pour lesquels plusieurs industriels – dont Bayer et Syngenta – ont réalisé et soumis des études de neurotoxicité développementale à l’Environment Protection Agency (EPA) américaine, mais pas à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).

Un biais dans l’évaluation des risques

« Sans un accès complet à toutes les études de toxicité réalisées, il ne peut y avoir d’évaluation fiable de la sécurité des pesticides par les autorités de l’UE », commentent les deux chercheurs dans leur étude. Selon eux, le fait de ne pas avoir soumis ces études à l’Efsa a eu des implications sur l’autorisation de mise sur le marché trois de ces neuf molécules. Pour quatre d’entre elles, ils considèrent que c’est potentiellement le cas, rapporte Le Monde.

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Les industriels interrogés par le Monde assurent avoir scrupuleusement suivi la réglementation européenne. Selon eux, elle n’exigeait pas d’études de neurotoxicité développementale dans les dossiers réglementaires au moment des faits. Reste qu’à la Commission européenne, on rappelle que les firmes « doivent notifier aux États membres la découverte d’effets indésirables [de leurs produits] », souligne Le Monde.

Dans leur étude, Axel Mie et Christina Rudén suggèrent de modifier les règles pour que les études soient commandées par les autorités publiques plutôt que par les entreprises. « Cela éviterait que l’intérêt économique de l’entreprise n’influence la conception, la réalisation, la communication et la diffusion des études », soulignent-ils. Et d’ajouter que « les règles devraient également être révisées pour garantir que la non-divulgation des études de toxicité comporte un risque juridique important pour les entreprises de pesticides ». À ce jour, quatre produits n’ont pas été renouvelés, quatre sont en cours de réexamen, seule l’abamectine s’étant vue réautorisée en 2023.

Elles révéleraient des effets néfastes pour le neurodéveloppement