Les attentes des consommateurs vers plus de naturel et de qualité sont incompatibles avec l’image persistante – et injuste - d’une agriculture dopée aux pesticides, constataient les membres de l’Association nationale des expéditeurs et exportateurs de fruits et de légumes, réunis en assemblée générale le 11 mars. Leurs solutions : la recherche scientifique et l’occupation du paysage médiatique.
Si le sujet de l’assemblée générale de l’Association nationale des expéditeurs et exportateurs de fruits et de légumes (Aneefel), qui se tenait le 11 mars, était pluriel – « les tendances et défis de demain » - un mot a monopolisé les débats : « pesticides ». La filière veut en effet trouver un moyen de mettre un terme à ce cliché de fruits et légumes « bourrés de pesticides » lorsque les consommateurs font part de leur volonté de « consommer mieux », c’est-à-dire « consommer de manière responsable » et « retrouver un lien social authentique » notamment, expliquait Valérie Sené, directrice marketing et communication d’Interfel.
Soutenir la recherche…
Pour Alain Vernède, président du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), « il est possible de produire sans produits chimiques ». Encore faut-il avoir des solutions de substitution. Il faudrait des variétés plus résistantes, des alternatives aux pesticides… Mais la recherche, qui coûte cher, nécessite des soutiens politiques, estiment les acteurs de la filière. Ainsi, certains ont suggéré que la Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) vienne financer la recherche plutôt que le budget de la Sécurité sociale. D’autres ont rappelé la préconisation du rapport du député Dominique Potier sur le financement de la recherche pour les usages orphelins. Car les firmes ne se bousculent pas pour investir dans la filière fruits et légumes, trop peu intéressante économiquement, a rappelé Alain Vernède. qui a cependant insisté sur le rôle du CTIFL, nouvellement financé par une CVO. Celui d’assurer « du matériel de base sain », autrement dit, des variétés innovantes exemptes de maladies.
… et contrer les attaques médiatiques…
« La filière fruits et légumes a plein d’histoires à raconter pour rassurer le consommateur »
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La recherche scientifique ne résoudra pas tous les problèmes, selon les membres de l’Aneefel. Revenant sur l’émission télé Cash investigation ou brandissant des articles de presse généraliste, les acteurs de la filière fruits et légumes se sont dits « lassés de ce tapage médiatique ». « Il va falloir occuper l’espace médiatique sur le sujet » s’exclamaient certains. Valérie Sené résumait la chose ainsi : « communiquer est dangereux, mais ne rien dire l’est encore plus ». La solution, dictée par Louis Orenga, directeur d’Interfel : « orchestrer les éléments de discours » et organiser « des prises de paroles polyphoniques plutôt que cacophoniques ». Interfel n’en doute pas, « la filière fruits et légumes a plein d’histoires à raconter pour rassurer le consommateur ».
…pour assurer un avenir radieux aux expéditeurs et exportateurs
Unir les forces et actionner de multiples leviers pourraient ainsi permettre à la filière fruits et légumes d’être compétitive. C’est ce que veut croire Sabine Alary, membre du conseil d’administration de l’Aneefel, qui résumait, en conclusion, un futur idéal. « Pour demain, je rêve d’un plant d’abricotiers certifié par le CTIFL avant l’AMM, exempt de maladie, dont les fruits seraient bicolores pour mes clients et se conserveraient minimum 21 jours après conditionnement pour mes expéditeurs et des barrières douanières supprimées pour exporter aux États-Unis ».
Exportations de fruits et légumes : la France négocie pour ouvrir de nouveaux marchés
Invités à l’assemblée générale de l’Aneefel) le 11 mars, les représentants de FranceAgriMer ont fait le point sur les marchés à l’exportation pour les fruits et légumes français. Des négociations sont en cours pour ouvrir l’exportation de pommes vers l’Afrique du Sud et l’Australie, de kiwis vers le Vietnam et le Japon, de baby kiwis vers les États-Unis, la Chine et le Japon, et des échalotes vers le Brésil, l’Australie et la Chine. François Blanc, chargé des questions européennes et internationales chez FranceAgriMer, a fait part de la difficulté à mener les négociations avec des États qui mettent des barrières sanitaires et phytosanitaires. « Il faut dix ans pour ouvrir un marché et une nuit pour le refermer » a-t-il résumé. D’ailleurs, les négociations se poursuivent pour rouvrir les marchés vers l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande et la Tunisie pour les pommes, ainsi que vers la Russie. Les exportations de fruits et légumes représentent 5 milliards € de chiffre d’affaires pour la France.