Ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on fait baisser la fièvre. C’est pourtant ce qu’est en train de faire la Commission européenne, dénoncent plusieurs ONG. Selon elles, l’indicateur de risque harmonisé utilisé pour suivre les objectifs de réduction de l’utilisation des pesticides est « trompeur ».
L’indicateur de risque harmonisé (HRI) qu’utilise la Commission européenne pour suivre les objectifs de réduction de l’utilisation des pesticides est « trompeur », dénoncent plusieurs ONG (Global 2000, PAN Europe, IFOAM). Elles ont publié le 16 octobre une vidéo détaillant les failles de cet HRI qui sape, selon elles, la crédibilité de la proposition de règlement sur l’utilisation durable de pesticides en cours de négociations. La baisse affichée par l’indicateur sur ces dernières années n’est pas, selon Helmut Burtscher-Schaden de l’ONG autrichienne Global 2000 et organisateur de l’initiative citoyenne européenne « Sauvons les abeilles », le résultat d’un recul de l’utilisation de produits phytosanitaires dans les champs mais seulement lié au non-renouvellement de l’autorisation de certaines molécules dont le facteur de risque est artificiellement rehaussé.
Autre critique : l’indicateur pénalise les produits à faible risque utilisés en volume important, en agriculture biologique notamment. Helmut Burtscher-Schaden propose de mieux prendre en compte les surfaces traitées plutôt que les seuls volumes utilisés afin de « rééquilibrer les risques entre les molécules à faible risque et celles à haut risque ». Selon lui, la Commission européenne est particulièrement réticente à l’idée de revenir sur l’indicateur de risque.
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Discussions en cours
En 2019, après de longues discussions, les États membres ont convenu de la mise en place de deux indicateurs de risques harmonisés (HRI-1 et HRI-2) pour le suivi des progrès réalisés dans l’UE en matière d’utilisation de pesticides. La période de référence a été fixée à 2011-2013, car il s’agit de la première période de trois ans pour laquelle des données ont été collectées par la Commission européenne. Le HRI-1 est calculé en multipliant les quantités de substances actives mises sur le marché par un facteur de pondération en fonction de la catégorie de la molécule (faible risque, risque "normal", risque élevé et molécules interdites). En 2021, le HRI-1 a montré une diminution de 38 % depuis la période de référence en 2011-2013 et une baisse de 6 % par rapport à 2020.
Les experts des États membres ont commencé à aborder le sujet, dans le cadre d’un groupe de travail le 16 octobre. Et cette question devrait aussi être discutée lors de l’adoption, prévue le 24 octobre, de la position de la commission de l’Environnement du Parlement européen sur le règlement Pesticides. Le risque, souligne François Veillerette de Générations Futures, est que l’indicateur Nodu utilisé en France soit supplanté par ce nouvel indicateur ce qui constituerait « un retour en arrière ».