Dans l’impasse depuis près de dix ans, les ministres de l’Agriculture sont finalement tombés d’accord sur un niveau acceptable de mortalité des colonies d’abeilles de 10 % pour évaluer les risques des pesticides. La Commission européenne va pouvoir préparer une proposition législative.
Pesticides : les Vingt-sept s’accordent sur un niveau de protection des abeilles
Dans l’impasse depuis près de dix ans, les ministres de l’Agriculture sont finalement tombés d’accord sur un niveau acceptable de mortalité des colonies d’abeilles de 10 % pour évaluer les risques des pesticides. La Commission européenne va pouvoir préparer une proposition législative.
Les efforts du Parlement européen pour que soit mené au niveau ministériel le débat sur le niveau de protection des abeilles vis-à-vis des pesticides ont porté leurs fruits. Les ministres de l’Agriculture de l’UE, réunis le 28 juin à Luxembourg, ont dans leur grande majorité soutenu la suggestion de la Commission européenne d’avancer vers la fixation d’un taux acceptable de mortalité des abeilles en lien avec les pesticides de 10 %. Actuellement un taux compris entre 20 et 25 % est appliqué pour l’évaluation des produits phytosanitaires. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) dans ses lignes directrices en 2013 avait proposé de fixer ce taux à 7 %. Un chiffre qu’avaient repoussé les États membres, ce qui avait conduit le Parlement européen en 2019 à bloquer l’adoption de critères jugés trop laxistes.
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Plusieurs pays, dont la France, l’Italie, les Pays-Bas ou la Slovénie, ont d’ailleurs indiqué préférer un niveau de 7 %. Le ministre français, Julien Denormandie, a indiqué être prêt à accepter 10 %, si cela favorise un accord rapide. « Je ne peux pas accepter la proposition de la Commission », a par contre indiqué la ministre néerlandaise Carola Schouten. Quelques-uns se sont quand même prononcés pour des critères moins ambitieux : la Finlande a préconisé un niveau de protection de 8 %, la Bulgarie de 12 %, la Grèce de 23 %. De nombreux ministres ont également demandé à la Commission européenne que l’évaluation des risques pour les abeilles sauvages et les bourdons soit également incluse dans l’objectif de protection dès que possible et ont appelé la Commission à accélérer ses travaux sur l’outil Apis-RAM qui permettra une évaluation globale des risques pour les abeilles en milieu naturel.
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Sortir de l’impasse
À l’issue du débat la commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, s’est félicitée de ce consensus qui va permettre de sortir de « l’impasse dans laquelle nous étions enfermés depuis des années ». La Commission présentera donc prochainement une proposition formelle aux experts des États membres sur un niveau acceptable de réduction des colonies d’abeilles de 10 % sur la base de laquelle l’Autorité européenne de sécurité des aliments pourra finaliser ses lignes directrices précisant l’ensemble de la méthodologie. Celles-ci pourraient s’appliquer à partir de 2025. Comme souvent avec ce type de dossier, c’est dans les détails du dispositif que sa réelle portée pourra être mesurée.
Pour l’eurodéputé et président de la commission de l’Environnement du Parlement européen, Pascal Canfin, le résultat de cette discussion est un « succès ». L’ONG Pesticide Action Network Europe se montre beaucoup moins enthousiaste. Elle a fustigé cet accord, estimant qu’il continuera à nuire aux pollinisateurs européens et aux insectes en général, au mépris de la stratégie de l’UE pour la biodiversité. L’ONG demandait une réduction acceptable de 5 % maximum pour tenir compte des nombreuses lacunes de l’évaluation des risques liés à la toxicité des pesticides pour les abeilles.