L’Anses et Santé publique France ont annoncé le 19 octobre le lancement de l’étude Pestiriv, qui évaluera l’exposition aux pesticides des riverains de parcelles viticoles. Si les résultats de cette analyse ne sont pas attendus avant 2024, son lancement n’a pas manqué de faire réagir tant les producteurs que les associations.
« C’est une enquête qui vise à renseigner l’exposition aux pesticides de personnes vivant à proximité de parcelles viticoles et à la comparer au reste de la population », résume Sébastien Denys, directeur sante-environnement de travail chez Santé Publique France, à l’occasion du lancement officiel de Pestiriv le 19 octobre 2021.
Cette étude suivra près de 3 350 participants volontaires dans 250 zones d’étude et six régions (1). Les cheveux et urines des participants seront recueillis sur deux campagnes. Une première phase d’ici février 2022, « lorsque les traitements des vignes avec des produits phytopharmaceutiques sont les moins fréquents », et une seconde phase de mars à août 2022, en période de traitement.
« Il s’agit de relier les niveaux d’imprégnation aux différentes voies et sources d’exposition », explique Ohri Yamada, chef d’unité pharmacovigilance au sein de l’Anses. Des mesures environnementales, détaille-t-il, seront réalisées dans les maisons et les jardins, avec des questionnaires pour comprendre les habitudes des familles en matière d’alimentation ou de produits ménagers. « Nous sommes aussi en échange avec les différents acteurs de la filière viticole et agricole pour savoir comment collecter le plus fidèlement possible les données d’utilisations de produits pharmaceutiques », précise-t-il.
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Les molécules les plus courantes, et les plus toxiques
L’étude serait inédite, au moins au niveau européen, tant par son ampleur que par ses choix méthodologiques. « Ce qui est novateur, c’est de coupler mesures biologiques et mesures environnementales », assure Sébastien Denys. Folpel, glyphosate, boscalid : « Nous avons restreint les analyses à une cinquantaine de substances en sélectionnant les plus spécifiques à la victiculture, les plus achetées, et les plus toxiques », complète Ohri Yamada. Les molécules interdites mais rémanentes ont en revanche été écartées, puisque « suivies dans d’autres dispositifs », selon Sébastien Denys de l’Anses, citant les programmes nationaux de biosurveillance ou de nutrition-santé.
Si les résultats de cette analyse ne sont pas attendus avant 2024, son lancement n’a pas manqué de faire réagir tant les producteurs que les associations. « Nous ne sommes pas convaincus que l’Anses et Santé Publique France, une fois le travail d’analyse et de diffusion réalisé, feront l’effort de pédagogie et de contradiction nécessaire », s’est ainsi inquiété Bernard Farges, président du CIVB, dans un courrier envoyé à la préfète de la Gironde et dévoilé par le quotidien Le Monde. Alors qu’une réunion de lancement est prévue le 10 novembre dans le Bordelais, le président du CIVB aurait notamment indiqué son refus d’accompagner la démarche « ni auprès des entreprises viticoles girondines ni auprès des maires des communes concernées. »
« Bernard Farges, président du CIVB, cet épidémiologiste incompris », a ironisé sur Twitter la militante Valérie Murat, aux prises avec le milieu du vin bordelais dans le cadre d’une procédure autour de son analyse de pesticides dans des vins HVE. « Que de temps perdu alors que nous sommes nombreux à sonner l’alerte depuis tant d’années ! », a regretté de son côté Générations Futures dans un communiqué du 18 octobre. L’association, qui avait déjà mené des analyses sur des cheveux et urines de riverains dans le Médoc en 2013 précise qu’elle lancera dès 2021 « sa propre campagne indépendante d’analyses de pesticides dans l’air chez des riverains de zones cultivées ».